Si Renault-François Lortie était prédestiné à s'orienter vers le droit, il a toutefois hésité avant de prendre sa décision comme il l'explique à Dominique Tardif.

1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier/profession?

Mon père a été procureur de la couronne toute sa carrière, et cela a certainement eu une influence sur moi. Même si j’ai hésité entre le baccalauréat en droit et celui en administration, mon désir de plaider un jour à la Cour, comme lui, m’a fait pencher vers le droit.

Après quelques années de litige, j’ai cependant réalisé que, dans les faits, je ne plaidais pas souvent et que j’étais plus souvent celui qui réglait les litiges hors cour. Le plaisir d’argumenter verbalement en cour n’étant donc pas si présent, j’ai décidé de continuer les études en faisant le MBA, question de voir quelles pourraient être mes autres perspectives de carrière.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi a été de décider de changer de carrière et de quitter un travail que j’aimais bien, pour lequel j’étais très bien rémunéré et qui comportait de bonnes possibilités de carrière à long terme. Il m’a d’abord fallu décider de quitter mon cabinet d’avocats pour débuter des études supérieures à temps plein, pour ensuite décider de ne pas y retourner et de plutôt apprendre un nouveau métier, en tentant ma chance dans un cabinet de consultants en stratégie.

Le plus grand défi de Me Lortie a été de changer de carrière
Le plus grand défi de Me Lortie a été de changer de carrière
J’avais devant moi des obstacles de taille, dont notamment des obstacles de nature technique et informatique au départ: il me fallait par exemple plus de temps à faire des projections financières sur Excel ou à préparer des présentations PowerPoint pour les clients quant à l’analyse de marché. Malgré le MBA, je n’étais pas encore bien outillé du côté informatique, et il me fallait au surplus en apprendre plus sur le monde des affaires. En effet, je devais conseiller des gens d’affaires sans jamais avoir été en affaires moi-même ! Je possédais les bonnes bases théoriques, et il me restait donc à « prendre les bouchées doubles » pour rattraper le manque d’expérience pratique.

3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il? Et, selon vous, quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession, qu’on le veuille ou non?

Si je pouvais changer quelque chose à la pratique du droit, je choisirais certainement d’améliorer l’accessibilité à la justice. C’est un enjeu important. Quant à savoir comment y parvenir, évidemment il est plus difficile de répondre à cette question...

Quant à ce que j’anticipe comme changement dans le milieu des cabinets d’avocats, je suis d’avis que la pression à la baisse qui est faite sur les honoraires va continuer à s’accentuer, et qu’elle poussera possiblement les cabinets à deux choses:
  • Les cabinets en viendront à offrir leurs services dans le cadre d’enveloppes globales (‘packages’ financiers), et à ainsi gérer et assumer eux-mêmes le risque des coûts et taux qu’ils offriront aux clients. S’ensuivra pour eux une plus grande obligation à faire de la gestion de projets, avec pour objectif de respecter leur marge de profit.
  • Par ricochet, et comme ce processus sera susceptible "d’attaquer" ou de réduire leur marge bénéficiaire, ils chercheront possiblement à offrir à leurs clients des services connexes au droit. Pourquoi, en effet et à titre d’exemple, un cabinet ne serait-il pas intéressé à offrir des services de stratégie à ses clients? Cette possibilité leur permettrait d’augmenter l’éventail de services offerts et de proposer des services complémentaires. On voit par exemple déjà des cabinets comptables se doter de petits cabinets d’avocats. Les initiatives pour trouver de nouvelles avenues de croissance de revenus pourront, je crois, aller dans les deux sens, et se voir aussi en cabinet d’avocats.

4. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière?

Aux jeunes avocats en général, je dirais de ne pas hésiter à faire d’autres études; le fait d’avoir des études dans un sujet connexe comme les affaires, l’économie et la politique, même si ces études peuvent être par la suite plus ou moins utilisées, permet de se différencier des autres praticiens. Nous terminons, au Québec, nos études en droit très jeunes : nous avons donc encore la chance et le temps de faire plus, dans le but d’acquérir une autre perspective et d’avoir la possibilité de faire des liens avec d’autres domaines.

Quant à ceux qui voudraient faire une carrière de consultant en stratégie, je conseillerais de…ne pas avoir peur des chiffres (!), même si parfois les avocats ont cette réputation de les craindre. Bien connaître la finance et comprendre les états financiers et les leviers qui sont derrière est essentiel. C’est la meilleure façon de devenir une véritable "trusted advisor" pour ses clients.

En Vrac…

• Dernier bon livre que vous avez lu : « Fin de cycle » de Mathieu Bock-Côté.

• Dernier bon film que vous avez vu : « In a Better World » de la réalisatrice Susanne Bier, Oscar du film étranger de l’an passé

• Restaurant préféré : Le Filet (Avenue Mont Royal)

• Où il veut retourner : à Barcelone

• S’il n’était pas consultant en affaires, il serait… propriétaire d’une boucherie !

Bio

Me Renault-François Lortie est un directeur associé faisant partie de l’équipe de stratégie du bureau de Montréal de SECOR. Depuis qu’il s’est joint à SECOR en 2005, il a centré sa pratique en planification stratégique, analyse de marché, alignement stratégique et gouvernance.
Me Lortie est le leader national du secteur des ressources naturelles et de l’énergie en plus d’être l’associé responsable de toutes les activités de recrutement des bureaux de Québec et Montréal de SECOR. Il a mené plusieurs mandats de planification stratégique et de développement corporatif pour de grandes organisations canadiennes. Ses relations de confiance établies à travers les années avec des chefs de la direction, vice-présidents seniors et membres de conseil d’administration, lui permettent de les accompagner dans le développement de leurs stratégies de croissance, l’alignement stratégique de leurs organisations et leurs systèmes de gouvernance. À travers ces expériences, Me Lortie a développé de fortes compétences dans la préparation et la facilitation de rencontres stratégiques auprès d’importantes compagnies. Il a aussi développé une vision claire des systèmes à déployer afin de bien partager le rôle et les responsabilités de la direction et du conseil d’administration dans la gouvernance de leur organisation. Il joue aussi de plus en plus un rôle de coach auprès de certains jeunes leaders du monde des affaires québécois.
Avant de se joindre à SECOR en 2005, Me Lortie a travaillé comme avocat pour la Commission d’enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires (la "Commission Gomery"). Il a pratiqué le litige bancaire et commercial chez McCarthy Tétrault à Montréal de 2000 à 2003.
Admis au Barreau du Québec en 2000, il est titulaire d’un MBA du HEC Montréal et d’un baccalauréat en droit de l’Université Laval.