« Cette poursuite ne s'avère qu'une simple mainmise de la part d'un gouvernement provincial qui cherche à se faire du capital politique tout en oubliant qu'il a été un partenaire principal de l'industrie du tabac pendant des décennies », a fait savoir Donald McCarty, vice-président aux affaires juridiques d'Imperial Tobacco Canada.

« Les gouvernements nous ont mis sous licence, ils nous ont taxés, de même que nos consommateurs, et ils nous ont réglementé alors qu'ils étaient pleinement conscients des risques associés à l'usage du tabac », a ajouté M. McCarty.

Imperial Tobacco soutient que son produit est légal et très réglementé. Selon elle, avec les taxes perçues, le gouvernement retire davantage d'argent de la vente de tabac que les compagnies de tabac elles-mêmes.

« Nous sommes stupéfaits par le gaspillage de l'argent des contribuables. Le problème principal de l'industrie du tabac au pays, le tabac illégal, est aux portes du Québec », a déclaré M. McCarty.

« Le gouvernement ne devrait-il pas plutôt se concentrer davantage sur la vente sans licence, non réglementée et non taxée du tabac illégal? »

Réactions positives

Plusieurs organismes de lutte au tabagisme ont aussitôt salué l’initiative du gouvernement québécois annoncée vendredi. La Société canadienne du cancer, division Québec, s’est dite « soulagée que le gouvernement du Québec intente enfin un procès aux fabricants de produits du tabac », soulignant au passage que près du tiers des cancers sont directement liés au tabac.

« Uniquement cette année, plus de 15 000 Québécois vont apprendre qu'ils ont un cancer parce qu'ils auront été accros au tabac », a précisé la société, dans son communiqué, ajoutant que le tabagisme tue plus que les accidents de la route, le sida, la drogue, l'alcool, les incendies, les meurtres et les suicides réunis.

Le Conseil québécois sur le tabac et la santé a rappelé que deux importants procès en recours collectif visant les trois principales compagnies de tabac canadiennes se déroulent depuis le 12 mars dernier au palais de justice de Montréal. Il s’est réjoui que la poursuite du gouvernement québécois s’ajoute à ces actions.

« Notre poursuite et celle du gouvernement permettront - c'est ce que nous souhaitons - d'établir la responsabilité des compagnies de tabac dans les maladies causées par l'usage du tabac », a indiqué le directeur général du conseil, Mario Bujold.

Quant à la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac qui considère cette poursuite comme un pas de plus dans la lutte au tabagisme, elle met en doute certains arguments des fabricants.

« L'industrie se targue de renflouer les coffres de l'État avec les taxes sur les produits du tabac, mais ce sont les fumeurs qui paient ces taxes, pas l'industrie », a affirmé la porte-parole de la coalition, Flory Doucas.