1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession ? Était-ce de famille, une évidence pour vous ou le fruit de longues réflexions ?

Ce n’était pas de famille dans mon cas. En fait, le choix du droit s’est effectué en fonction du fait que je recherchais un travail qui ne soit pas monotone. En effet, le droit amène des défis qui sont chaque jour différents et permet, lorsqu’on travaille en entreprise, de participer aux décisions de la compagnie.

Louis Juneau cherchait un travail qui ne soit pas monotone c'est pour cela qu'il a opté pour le droit
Louis Juneau cherchait un travail qui ne soit pas monotone c'est pour cela qu'il a opté pour le droit
J’ai d’abord fait un baccalauréat en finances, avec l'objectif de pouvoir participer éventuellement aux décisions d’affaires sans risquer d’être exclu des décisions financières. Mon premier baccalauréat a ainsi été complété sachant que viendrait ensuite le droit. Mon objectif était de me doter des meilleurs outils possibles pour faire partie de l’équipe de gestionnaires d’une entreprise, et le droit me paraissait comme une façon tout indiquée d’y parvenir.


2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Je pourrais évidemment répondre à cette question en me référant à un dossier très ponctuel dans le temps ou encore à une acquisition, mais mon plus grand défi est plutôt celui de tous les jours, à savoir de m’assurer que les dirigeants réduisent les risques tout en faisant de "bonnes affaires".

Mon travail implique ainsi au quotidien, de convaincre les gens d’affaires que, même en faisant de bonnes affaires, il est possible d’avoir en main toute la documentation nécessaire pour limiter les risques juridiques. Il est vrai que cela prend parfois un peu plus de temps, mais cela évite bien des problèmes par la suite. Le défi réside dans la capacité de l’avocat de faire partie de la solution plutôt que d’être perçu comme une nuisance ou quelqu’un qui fait retarder les choses. L’objectif est donc de sensibiliser les gestionnaires aux risques que comportent les projets, en leur proposant tout de suite des pistes de solution. L’idée est aussi de savoir leur donner les outils qui leur permettront de se débrouiller seuls ensuite, sans nécessité pour l’avocat de devoir être consulté à chaque nouvelle décision.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

Les avocats sont souvent perçus comme un mal nécessaire ou, à l’occasion, comme des gens qui retardent les projets mis en place par les gestionnaires. Il est donc important de savoir simplifier le processus de règlements de conflits ou la documentation contractuelle en allant à l’essentiel. Je crois d’ailleurs qu’il y a une évolution positive en ce sens actuellement, bien qu’il y ait toujours du progrès à faire pour s’assurer que tous proposent des solutions qui soient imaginatives pour l’entreprise.

Dans mon quotidien, je travaille avec des gens d’affaires qui recherchent la simplicité. Leur proposer des contrats trop volumineux peut retarder indûment le processus, et peut même nuire à son bon déroulement dans le cadre d’une transaction. En effet, il n’est pas rare que les gens avec qui l’on traite soient des entrepreneurs ayant eux-mêmes bâti leur compagnie et faisant la première transaction (de vente) de leur vie : ils doivent pouvoir comprendre facilement les termes du contrat.

Dans le même ordre d’idées, je crois que la collaboration entre confrères pourrait être améliorée. Il existe en effet parfois des demandes qui sont peu pratiques ou inhabituelles ou qui rendent les choses plus compliquées qu’elles ne devraient et pourraient l’être.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis ?

Je crois que la perception est plus positive qu’elle ne l’était à mes débuts. En effet, quand j’ai commencé à pratiquer, le public pensait qu’être avocat se réduisait au fait de travailler en pratique privée ou à ce qu’on en voyait à la télévision.

Le fait que l’on retrouve aujourd’hui des avocats dans bien des sphères d’activités, a habitué le public à voir les avocats à l’œuvre, à démystifier la profession et à améliorer dans une certaine mesure la perception.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et souhaitant accéder comme vous le ferez dans quelques semaines à un poste de vice-président affaires juridiques ?

D’abord, je crois que le fait d’avoir une double formation est important, qu’il s’agisse de combiner le droit aux affaires, à l’ingénierie ou à un autre secteur.

Une fois avocat, il est souhaitable de travailler à une grande variété de dossiers, de savoir se montrer curieux et de ne pas se spécialiser trop tôt.

Enfin l’avocat d’entreprise doit être en mesure de prendre des décisions avec des informations parfois incomplètes en raison de délais trop serrés qui ne permettent pas toujours de "retourner chaque pierre" : il doit donc être très à l’aise avec la gestion du risque pour réussir.

En vrac…

• Le dernier bon livre qu’il a lu : "The secret race" de Tyler Hamilton sur le dopage dans le monde du cyclisme.

• Le dernier bon film qu’il a vu : "Flight" avec Denzel Washington réalisé par Robert Zemeckis.

• Sa chanson fétiche : "One" de U2.

• Son péché mignon : le vin rouge !

• Son restaurant préféré : Villa Massimo sur le boulevard Taschereau, La Prairie.

• Le pays qu’il aimerait visiter : l’Italie, c’est d’ailleurs son plan pour l’été prochain !

• S’il n’était pas avocat, il serait… investment banker!


Bio

Me Louis Juneau s’est joint à Uni-Sélect inc. en 2009 à titre de directeur principal, affaires juridiques. Uni-Sélect Inc., une société publique ayant un chiffre d’affaires de 1,9 milliard de dollars, est le 6ème distributeur en importance aux États-Unis et le plus important distributeur indépendant de peinture pour automobiles et produits connexes. Il occupera à partir du 1er mars prochain le poste de vice-président, affaires juridiques et secrétaire de Uni-Sélect inc. Cette société emploie 6 200 employés et regroupe plus de 2 500 marchands en plus de desservir 3 500 points de vente en Amérique du Nord. Avant son arrivée chez Uni-Sélect inc., Me Juneau a occupé le poste de vice-président, affaires juridiques d’un manufacturier de pièces automobiles québécois et a notamment travaillé chez Stikeman Elliott en fusions & acquisitions ainsi que chez Deloitte en fiscalité internationale. Titulaire d’un Baccalauréat en Administration des Affaires de l’École des Hautes Études Commerciales et d’une licence en droit de l’Université d’Ottawa, Me Juneau est membre du Barreau du Québec depuis 1991.