Faux avocat : Mario Roy définitivement muselé

Faux avocat : Mario Roy définitivement muselé

Thomas Vernier

2026-03-26 13:15:28

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Neuf ans de bras de fer judiciaire, des condamnations répétées pour outrage au tribunal, des diatribes Facebook incendiaires contre le Barreau…


Mario Roy - source : archives

C'est un jugement qui clôt une saga judiciaire hors normes. Le 18 mars 2026, le juge Enrico Forlini de la Cour supérieure du Québec a prononcé une injonction permanente contre Mario Roy et son organisme, l'Unité Citoyenne d'Enquête Anti-Corruption, leur interdisant définitivement d'exercer des actes réservés aux avocats et de publier des propos diffamatoires contre le Barreau du Québec et ses représentants.

Tout commence en novembre 2016 lorsque le Barreau est informé que Mario Roy, qui se présente comme un « enquêteur privé en corruption judiciaire », a rédigé contre rémunération une requête déposée par des parents devant la Cour du Québec, Chambre de la jeunesse. L'intéressé ne s'en cache pas : interrogé sous serment, il reconnaît les faits sans sourciller.

Roy ne nie rien. Il revendique tout. Convaincu que le réseau de la protection de la jeunesse est gangréné par un système corrompu — avocats, intervenants sociaux et juges confondus — impliqué selon lui dans un réseau d'enlèvement d'enfants et de prostitution juvénile, il se croit investi d'une mission : venir en aide aux familles que le système, à ses yeux, abandonne.

« Jamais je ne vais nier avoir faite des requêtes ! », lance-t-il à l'instruction. Une franchise qui lui coûtera cher.

Enrico Forlini - source : archives
Condamnations en cascade, récidive assumée

Selon le jugement rendu par le juge Forlini, l'escalade judiciaire est vertigineuse. En juillet 2018, la Cour du Québec le déclare coupable de trois chefs d'exercice illégal de la profession d'avocat. Son appel est rejeté sommairement, d'abord par la Cour supérieure en 2019, puis par la Cour d'appel en 2022.

Entre-temps, Roy est déclaré plaideur quérulent — d'abord par la Cour du Québec en 2020, puis par la Cour supérieure en 2023. Il cumule deux condamnations pour outrage au tribunal, en 2019 puis en 2021, pour avoir continué à donner des avis juridiques en vidéo sur Facebook malgré les injonctions de la Cour.

En réponse à la menace de fermeture de son compte Facebook, il déclare publiquement : « D'autres comptes seront ouverts. » La Cour prend note.

La Loi sur la protection de la jeunesse, bouclier mal taillé

Le principal argument de défense de Roy repose sur une interprétation créative de la Loi sur la protection de la jeunesse : l'article 42 impose à tout adulte d'aider un enfant qui souhaite saisir les autorités, et l'article 43 accorde une immunité aux personnes ayant agi de bonne foi dans ce cadre.

Argument ingénieux, mais juridiquement inopérant. Selon le jugement, le libellé même de l'article 132 de la Loi sur le Barreau est sans équivoque : « Nonobstant toute loi contraire », quiconque exerce la profession d'avocat sans être inscrit au Tableau commet une infraction. Le tribunal rappelle que la Loi sur la protection de la jeunesse est une loi de protection de l'enfance, non un cadre d'habilitation professionnelle. Elle ne peut créer une exception aux règles d'ordre public régissant l'exercice du droit.

Quant à la bonne foi invoquée pour l'immunité de l'article 43, le tribunal balaie l'argument : dès 2014, un agent de probation avait fermé la porte aux travaux juridiques; dès 2016 et 2017, le Barreau l'avait formellement averti par écrit. Roy n'ignorait rien de l'illégalité de sa conduite.

Des vidéos Facebook comme preuves à charge

L'aspect diffamatoire du dossier constitue un second volet accablant. Depuis 2017, Roy a publié sur Facebook une série de vidéos dans lesquelles il qualifie le Barreau d'« organisation criminelle », accuse ses membres d'être « des crosseurs » et des « corrompus », et interpelle nommément des avocats et employés du Barreau en termes orduriers et menaçants.


Le tout culmine avec une vidéo Facebook Live diffusée le 4 juillet 2025, à deux mois du procès, dans laquelle Roy s'adresse directement à l'avocat du Barreau, Me Claude G. Leduc, en des termes que le jugement reproduit dans leur intégralité — et qui ne laissent aucun doute sur le niveau du discours.

Le tribunal conclut que Roy et l'Unité ont franchi la ligne entre critique légitime et atteinte fautive à la réputation.

Injonction permanente, mais liberté d'expression préservée


Claude G. Leduc et Bernardo Sunyé

Le juge Forlini accueille partiellement les demandes du Barreau. L'injonction permanente interdit désormais à Roy et à l'Unité de poser tout acte réservé aux avocats et de reproduire ou diffuser des propos du même type que ceux identifiés dans les pièces à conviction.

En revanche, le tribunal refuse d'interdire à Roy l'usage des réseaux sociaux pour une durée de trois ans, comme le réclamait le Barreau. Une telle mesure absolue, note le juge, porterait une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression garantie par la Charte québécoise — un droit qui, rappelle-t-il en citant la Cour suprême, inclut aujourd'hui la pleine participation à la vie démocratique en ligne.

Roy a trente jours pour communiquer au Barreau l'URL du compte Facebook ayant servi à diffuser la vidéo incriminée du 4 juillet 2025. Les frais de justice lui sont imposés.

Les avocats des parties

Me Claude G. Leduc
Me Bernardo Sunyé
ML Kaufman
Avocats du demandeur

M. Mario Roy
Non représenté

L’Unité citoyenne d’enquête anti-corruption
N’a pas répondu à l’assignation et n’est pas représentée

Me Marcio Gutierrez
Bernard, Roy
Avocat du Procureur général du Québec

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