Luigi Coretti a harcelé un de ses ex-employés

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Élisabeth Fleury

Élisabeth Fleury

2026-01-26 13:15:34

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Le Tribunal administratif du travail a accueilli une plainte de harcèlement contre l’entreprise de l’homme d’affaires Luigi Coretti…


Luigi Coretti - source : archives


Le Tribunal administratif du travail (TAT) vient de conclure que Luigi Coretti a fait subir du harcèlement psychologique à un de ses ex-employés, Nico Lanni, dont le quotidien chez Transport de valeurs Centurion a été marqué par des insultes, des menaces et un climat de contrôle excessif.

La décision a été rendue le 16 janvier par la juge administrative Marie-Claude Grignon.

C’est Me Gabriel Legendre (CNESST) qui agissait pour le demandeur, Nico Lanni.

Transports de valeur Centurion/Solutions Centurion, la partie défenderesse, était représentée par Me Pierre-Louis Trudeau.

Gabriel Legendre - source : LinkedIn
Le contexte


L’affaire débute en 2020 alors que Nico Lanni, diplômé de l’École nationale de police du Québec, est recruté comme gardien par M. Coretti. Ce qui s’annonçait comme une relation de mentorat prometteuse, agrémentée de promesses d’actions dans l’entreprise, a rapidement dévié vers une dynamique de contrôle absolu.

Entre les appels d’urgence 24 heures sur 24 et une charge de travail démesurée, le lien de confiance s'est transformé en un rapport de domination toxique. Devant la juge Marie-Claude Grignon, le plaignant a décrit un quotidien ponctué de crises de colère violentes de la part de son supérieur.

Le premier incident majeur survient au début de 2022, lorsque M. Lanni refuse de laver le véhicule personnel de Luigi Coretti. La réaction du patron est brutale : insultes hurlées, menaces de congédiement et un contenant projeté en direction de l'employé. « You’re not going to say me no! I own you! » lance alors Luigi Coretti à Nico Lanni, peut-on lire dans la décision.

L’été suivant, la situation dégénère à nouveau. Pour une simple confusion dans l'expédition de colis, Luigi Coretti explose, traitant son employé de « piece of shit » et menaçant de « ruiner sa vie ». Il lance alors une boîte vers lui, forçant le directeur des opérations à s'interposer physiquement pour protéger le salarié de l'agression de son patron.

Malgré les alertes lancées par M. Lanni auprès de la conjointe de M. Coretti, elle aussi dirigeante, rien n'a changé.

À bout de force, Nico Lanni remet sa démission le 2 septembre 2022. Signe du climat toxique régnant au sein de la direction, la conjointe de M. Coretti fond en larmes en apprenant la nouvelle, avouant être surprise qu'il ait tenu bon aussi longtemps.

Même après son départ, l'emprise du dirigeant ne s'est pas estompée immédiatement. Refusant de croire à la fin de leur relation d'emploi, Luigi Coretti a envoyé un ultime message insultant à son ancien protégé, le qualifiant de « cauchemar » et l'avertissant qu'il s'en prenait « au mauvais gars ».

La décision du tribunal

Dans sa décision, la juge Grignon souligne que l'employeur a totalement failli à ses obligations légales. L'entreprise ne possédait aucune politique de prévention du harcèlement, une exigence pourtant obligatoire.

Plus grave encore, le harcèlement émanait du plus haut dirigeant de l'entreprise, rendant toute dénonciation interne illusoire puisque Luigi Coretti était « nécessairement informé de ses propres comportements », souligne la juge administrative.

Le témoignage de Nico Lanni, qualifié de détaillé et crédible, n'a jamais été contredit par la défense, l'employeur ayant choisi de ne présenter aucun témoin pour justifier les agissements de M. Coretti.

« Analysée globalement, la preuve du plaignant permet d’établir, par prépondérance des probabilités, qu’il a fait l’objet d’une véritable conduite vexatoire de la part de monsieur Coretti. Il ne s’agit pas de fausses impressions, comme tente de le faire valoir l’employeur, mais bien d’intimidation, de propos dégradants, de contrôle et d’emprise, d’agressivité, voire même de violence et d’abus d’autorité de manière répétée », conclut la juge Grignon.

« Il s’agit de comportements hostiles et non désirés qui se sont étalés sur plusieurs mois. Toute personne raisonnable placée dans une telle situation ne pourrait que conclure au caractère vexatoire d’une telle conduite », ajoute la juge.

Le TAT a reconnu que le plaignant souffre d'un état d'hypervigilance et de troubles psychologiques sérieux découlant directement de ce traitement dégradant. Il a donc accueilli la plainte, déclarant que M. Lanni a été victime de harcèlement psychologique.

Puisque les parties s'entendent sur l'impossibilité d'une réintégration dans l'entreprise de Luigi Coretti, le TAT se penchera prochainement sur les réparations financières à verser à la victime.

L’avocat de Luigi Coretti a préféré ne pas faire de commentaires, la décision finale n’ayant pas encore été rendue.

Un passé chargé

Cette affaire s'inscrit dans un historique tumultueux pour Luigi Coretti. En octobre 2023, la Cour supérieure a confirmé le refus de la Sûreté du Québec de lui délivrer un permis de port d’arme, une décision motivée par des préoccupations sérieuses quant à la sécurité publique.

Le tribunal a souligné que l’homme d’affaires était lié à plusieurs événements impliquant de l’intimidation, des comportements menaçants et du harcèlement. Luigi Coretti aurait tenté de se faire passer pour un policier à plusieurs reprises, circulant notamment dans un véhicule affichant un logo « police ».

Fondateur de la défunte firme de sécurité BCIA, Luigi Coretti a été au coeur de plusieurs scandales politiques municipaux et provinciaux il y a une douzaine d’années. Son nom est notamment associé au congédiement de l’ex-ministre libéral Tony Tomassi pour une affaire de carte de crédit prépayée, ainsi qu'à l'octroi de contrats de sécurité au SPVM sans processus formel.

L'homme d'affaires a fait face à des accusations de fraude en 2012. On lui reprochait d'avoir gonflé la valeur de certains comptes clients pour obtenir indûment du financement auprès de Desjardins, une manœuvre liée à la faillite de BCIA en 2010 qui s'est soldée par des pertes de plusieurs millions de dollars pour la coopérative. Malgré la gravité des allégations, Luigi Coretti a bénéficié d'un arrêt des procédures judiciaires en 2016, mettant fin à son procès.

En 2019, Luigi Coretti a intenté une poursuite de 9 M$ contre l’État, mais la Cour supérieure l’a rejetée, déclarant qu’il s’agissait d’un abus de procédures.

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