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Le droit dans le sang

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Dominique Tardif

2018-11-14 14:15:00

Cette semaine, Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Marie-Josée Crête de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

1- Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? Était-ce de famille, une évidence pour vous ou le fruit de longues réflexions?

Me Marie-Josée Crête, Directrice de la négociation et des affaires juridiques de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires
Me Marie-Josée Crête, Directrice de la négociation et des affaires juridiques de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires
J’ai, en fait, toujours voulu faire mon droit. Ceci dit, j’ai probablement été victime, à ce moment, de la fameuse « cote Z » de notre époque : je n’ai pas été acceptée au premier tour et me suis donc orientée vers les sciences politiques. Étant passionnée par ce que j’étudiais, j’ai décidé de compléter le baccalauréat puis ai ensuite appliqué en droit et été acceptée.

Quant à la raison pour laquelle je voulais faire mon droit, elle était en partie familiale : mon père était notaire, tout comme mon grand-père. J’ai d’ailleurs des souvenirs de mon père, qui m’emmenait dans ce qu’on appelait à l’époque les bureaux d’enregistrements, m’asseyait sur les grands comptoirs, ouvrait les livres et m’expliquait ce qui s’y trouvait. Il était donc naturel pour moi de penser au notariat, mais mon père m’a plutôt convaincue de faire mon Barreau, me disant notamment que j’aurais ainsi plus d’occasions de parler au nom des gens, ce qui lui paraissait être une de mes qualités.

Par ailleurs, j’étais, assez jeune, quelqu’un qui revendiquait déjà ses propres droits. Je me rappelle que nous avions, à la maison, reçu un exemplaire de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne…j’avais souligné l’article voulant que « la demeure est inviolable » et l’avais mis bien en évidence sur ma porte de chambre!, dit-elle en riant.

2- Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi professionnel est, au quotidien, de vulgariser l’information juridique et de faire comprendre dans un langage accessible les enjeux juridiques à mes collègues, aux membres et au conseil d’administration.

Dans ce même ordre d’idées, l’un des événements qui m’a marquée est survenu en 2006. C’était à une époque où le syndic de l’Ordre des pharmaciens du Québec faisait enquête auprès de tous les pharmaciens propriétaires et remettait en question certaines pratiques commerciales.

Les membres de l’AQPP ayant reçu des demandes du syndic, notre rôle était de les mobiliser, de leur expliquer et leur faire comprendre de quoi il s’agissait, en leur recommandant aussi de poser certaines actions.

C’était évidemment une période très médiatisée, mais il s’agissait avant tout d’un moment très émotif pour les pharmaciens propriétaires, comme plusieurs avaient l’impression que le processus remettait leur intégrité professionnelle en jeu. Ultimement, trente-quatre d’entre eux ont été traduits devant le conseil de discipline et reconnus coupables.

Nous avons par la suite entrepris une démarche de conciliation avec le syndic de l’Ordre des pharmaciens du Québec, ce qui a permis de régler certains dossiers. Au-delà de tout cela, le défi consistait à accompagner des pharmaciens qui se sentaient parfois jugés et démunis face à l’envergure de cette problématique.

3- Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, j’améliorerais l’accessibilité à la justice : les délais sont longs, et il faut être très patient. Je constate également que de plus en plus de gens sont privés de moyens pour retenir les services d’un avocat, ce qui fait en sorte que de plus en plus de gens osent se représenter eux-mêmes.

On réalise que c’est, lorsqu’on compare, une dynamique qu’on voit plus rarement dans les autres professions : les gens ne pratiquent pas la médecine d’eux-mêmes ou ne font pas l’arpentage de leur propre terrain. Or, sachant lire et écrire, ils choisissent parfois pourtant de se représenter seuls devant les tribunaux.

Si l’accessibilité était meilleure, je suis convaincue qu’il n’y aurait pas autant de gens contraints de passer à côté des services d’un avocat – des services qui pourraient leur être bénéfiques et leur faire encourir de moins grands risques.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique?

La perception du public est, à mon avis, demeurée sensiblement la même depuis mes débuts en pratique. Évidemment, on brosse souvent le portrait de l’avocat comme étant celui qui se rend au palais de justice, qui fait du litige et qui porte la toge, de sorte que le rôle de conseiller juridique et de négociateur apportant une réelle contribution aux entreprises, lui, est encore souvent mal connu.

5- Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant éventuellement être à la tête des services juridiques de son organisation?

Mon premier conseil est d’encourager ceux qui débutent à faire un passage en pratique privée. Je l’ai moi-même fait…assez pour réaliser que ce n’était peut-être pas « ma tasse de thé », mais assez, également, pour me faire comprendre ce en quoi consiste un procès, ce qu’implique d’en préparer un, de gagner une cause que je pensais perdre ou encore de perdre une cause que je pensais gagner. Pour moi, cette expérience et cette familiarité avec le travail des avocats externes me permet aujourd’hui de mieux servir d’intermédiaire entre les avocats externes et mes collègues au sein de mon organisation.

Quant à la première qualité que je cherche à transmettre ou que j’encourage, il s’agit du respect. La condescendance et l’arrogance sont à mon avis les pires ennemis de l’avocat!

Il faut, enfin, écouter, écouter et écouter. On a parfois tendance, en début de carrière, à vouloir répliquer pour démontrer qu’on est à la hauteur…au risque parfois de perdre le message qui est transmis tellement on s’occupe à formuler la réponse!

Le dernier bon livre qu’elle a lu : Le Temps des seigneurs, une autobiographie de Dan Bigras. Elle nous explique être très sensible aux adolescents en difficulté et à ceux « qui se cherchent ». Ayant elle-même un fils en difficulté d’apprentissage, elle est sensibilisée au chemin et à la voie qu’il pourra emprunter, et a aimé lire l’histoire de quelqu’un ayant trouvé la sienne.

Le dernier bon film qu’elle a vu? Imitation Game (réalisateur : Morten Tyldum)

Sa chanson fétiche : Pour les amants, une chanson de Claude Léveillée qui lui fait penser à son père.

On l’entend souvent dire…« Prends-toi une note! »

Son péché mignon : les chocolats de Ricardo, particulièrement le soir avant de se coucher!

Son restaurant préféré : L’Ancien Chablis (St-Lambert)

Elle aimerait visiter … le Groenland.

Un personnage historique qu’elle admire: Marie-Antoinette, une femme extravagante dans tout, qui faisait en sorte que ses relations l’étaient aussi, comme mère, comme épouse, etc.

Si elle n’était pas avocate, elle serait probablement enseignante ou journaliste, aimant communiquer l’information et s’exprimer!

Me Marie-Josée Crête s’est jointe à l’équipe de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (« AQPP ») en 2004, d’abord à titre de conseillère à la négociation. C’est en 2006 qu’elle devient directrice de la négociation et des affaires juridiques, poste qu’elle occupe encore à ce jour.

Me Crête a débuté sa carrière en œuvrant au sein d’un cabinet privé. Préalablement à son arrivée à l’AQPP, elle a œuvré au sein de diverses organisations de professionnels, dont un syndicat et un ordre professionnel.
Titulaire d’un baccalauréat ès sciences en science politique de l’Université de Montréal (B. Sc.) en 1991, elle poursuit ses études pour l’obtention d’une licence en droit civil de l’Université d’Ottawa (LL.L.) et est admise au Barreau en 1995. En novembre 2018, Me Crête a été lauréate du Prix Conseiller juridique, service juridique de petite ou moyenne taille aux Prix ZSA des conseillers juridiques du Québec.
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