Carrière et Formation

Faut-il parler aux médias?

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Daphnée Hacker-b.

2012-11-28 15:00:00

Comment réagir lorsque les médias s’en mêlent? C’était la question au cœur d’une formation qui a rassemblé hier de grands journalistes, des spécialistes en communication et beaucoup d’avocats…

Les avocats qui se retrouvent quotidiennement sous les projecteurs médiatiques vous le diront, plaider à l’extérieur des prétoires n’apporte pas toujours le succès escompté lors d’une gestion de crise.

C’est justement pour donner des outils aux avocats dont les clients se retrouvent sous les feux de la rampe que Me Marie Cossette, associée chez Lavery et experte en gestion médiatique des dossiers litigieux, a mis sur pied la formation « Gestion de crise : guide de survie du conseiller juridique », présentée par Insight.

Marie Cossette, associée chez Lavery a mis sur pied la formation « Gestion de crise : guide de survie du conseiller juridique »
Marie Cossette, associée chez Lavery a mis sur pied la formation « Gestion de crise : guide de survie du conseiller juridique »
C’est avec Marie Grégoire, ex-politicienne et commentatrice au Club des Ex à RDI, que Me Cossette a eu l’idée de lancer ce projet.

Les deux femmes ont ainsi réuni une impressionnante brochette de journalistes, d’avocats et d’experts en communication qui se sont réunis dans une petite salle de l’Hôtel Intercontinental.

Parmi les conférenciers, on comptait Me Michel Décary, de Stikeman, qui est bien occupé ces temps-ci avec la commission Charbonneau mais qui a tout de même trouvé une heure pour venir parler du rôle du CA lors d’une crise, Me Mélanie Joy, qui a fait le point sur la gestion de la crise de la nourriture contaminée de Maple Leaf , Me André Ryan, qui a discuté du rôle que peut jouer l’avocat après une crise, et plusieurs autres…

En matinée, trois présentateurs provenant de trois univers distincts ont offert des points de vue très variés, avec des opinions parfois bien tranchés, sur les méthodes communicationnelles à privilégier en temps de crise.

Le point de vue d’un journaliste

« Les journalistes sont au service du public, ils veillent à l’informer de toutes les histoires, les scandales… mieux vaut leur parler que les ignorer! » a lancé d’entrée de jeu Sébastien Bovet, journaliste et chef du bureau parlementaire à l’Assemblée nationale pour Radio-Canada.

M. Bovet a expliqué que pour avoir l’opinion publique de son côté, mieux vaut faire preuve de transparence et parler régulièrement aux médias.

Sébastien Bovet, journaliste et chef du bureau parlementaire à l’Assemblée nationale pour Radio-Canada
Sébastien Bovet, journaliste et chef du bureau parlementaire à l’Assemblée nationale pour Radio-Canada
Lors d’une situation aussi dramatique que celle de la crise du verglas, qu’il a pris en exemple, « le public s’attend à avoir des réponses et il les veut de la bouche du responsable, de la personne qui est imputable de la gestion de cette crise », a-t-il-ajouté.

C’était en 1998, entre le 4 et le 11 janvier, que 1000 pilons se sont écroulés, mettant dans le noir 1 million d’abonnées, dont certains sont demeurés dans cette situation durant plus d’un mois… Et pourtant, en plein milieu de la crise, un sondage du quotidien le Devoir a permis de constater que 97% des sondés se disaient satisfaits de la gestion de la crise.

Pourquoi une telle satisfaction? « Il y a plusieurs éléments à la réponse, mais d’un point de vue médiatique, je crois que les conférences de presse quotidiennes du premier ministre de l’époque, Lucien Bouchard et du PDG d’Hydro-Québec, André Caillé, ont été déterminantes. »

Les conseillers juridiques ne doivent pas constamment encourager leur client à garder le silence, a réitéré M. Bovet. « Nous sommes conscients que vous avez des obligations légales qui vous restreignent, mais en ignorant les médias, vous risquez de vous mettre l’opinion publique, et cela peut avoir de grandes répercussions, tant sociales qu’économiques. »



Le point de vue d’une experte en relation médias

« Les médias sont un outil complexe qu’il faut connaître », a avancé Marie Cossette lors de sa conférence.

Celle qui a travaillé pour des commissions d’enquête médiatisées telles que la commission Gomery, mais aussi pour des firmes de communication et plus récemment comme analyste juridique sur les ondes de RDI, avait beaucoup à dire sur l’important tandem avocat-relationniste lors d’une gestion de crise.

Marie Cossette en compagnie de Marie Grégoire
Marie Cossette en compagnie de Marie Grégoire
Lors de son atelier, elle a entre autres expliqué que le conseiller juridique peut collaborer au travail du responsable aux communications, s’il prend le temps de bien se faire conseiller, tant par un avocat externe qu’un spécialiste des enjeux médiatiques.

« Il faut aider le client à développer des stratégies pour répondre aux questions des médias, sous-peser l’impact de chaque mot. »

Revenant sur les propos du journaliste Sébastien Bovet, Me Cossette a admis que la décision de commenter ou non, de façon quotidienne ou non, devait se faire en cas pas cas. « À chaque crise sa communication », a-t-elle dit.

Mais une chose est sûre selon cette experte, le discours de crise ne se réduit pas à un choix entre l’acceptation et le refus de parler aux médias, mais c’est plutôt une stratégie de communication qui doit être élaborée par un travail rigoureux des avocats, des relationnistes et d’experts externe en communication.

Le point de vue du Syndic

Sur un ton très affirmatif, Patrice F. Guay, du Syndic du Barreau du Québec, a rappelé à ses collègues que l’intérêt de la personne mise en cause doit rester au centre de leurs préoccupations et en dehors de toute improvisation médiatique.

Même lorsque les faits d’une cause sont rendus publiques, la liberté de parole de l’avocat est toujours liée à son devoir de loyauté envers le client.

Patrice F. Guay a rappelé à ses collègues que l’intérêt de la personne mise en cause doit rester au centre de leurs préoccupations
Patrice F. Guay a rappelé à ses collègues que l’intérêt de la personne mise en cause doit rester au centre de leurs préoccupations
« L’avocat ne perd pas complètement sa liberté d’expression par le fait de son appartenance à l’ordre professionnelle, mais évidemment, cette liberté est tamisée par l’intérêt et la réputation de son client », a-t-il renchéri.

Sur un ton un peu plus humoristique, celui-ci a rappelé les nombreux risques que l’avocat prend lorsqu’il se met devant les caméras.

« Rappelez-vous que les juges, le soir, ils regardent aussi les nouvelles! Si vous êtes en train de plaider une cause et que vous dites aux journalistes que vous n’aimez pas le juge… cela risque d’influencer le dossier! »

« Blagues à part, j’ai de la difficulté à savoir dans quel cas c’est réellement une bonne idée pour l’avocat d’intervenir sur la place publique. Dans tous les cas, il faut se rappeler que tout ce que nous faisons est dans l’intérêt du client », a-t-il conclu.
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