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Décès d’un grand constitutionnaliste

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Didier Bert

2024-04-02 15:00:53


Benoît Pelletier n'est plus... Source: Facebook
Benoît Pelletier n'est plus... Source: Facebook
L’ancien ministre et professeur de droit Benoît Pelletier n’est plus. Les réactions sont nombreuses…

Benoît Pelletier s’est éteint à l’âge de 64 ans, au Mexique.

Né à Québec en 1960, Benoît Pelletier restera comme un nationaliste québécois fédéraliste avec une tendance autonomiste. Il aura été le constitutionnaliste du Parti libéral du Québec (PLQ) au cours des dernières décennies.

Benoît Pelletier a commencé sa carrière d’avocat comme conseiller juridique au ministère de la Justice à Ottawa de 1983 à 1990. Il devient ensuite professeur à la faculté de droit de l'Université d'Ottawa de 1990 à 1998. Il est nommé doyen adjoint de cette faculté de 1996 à 1998. Il a été le président de l'Association des professeurs de droit du Québec en 1998.

Le professeur de droit se tourne ensuite vers la politique. Il est élu député du Parti libéral du Québec (PLQ) dans Chapleau en 1998, puis réélu en 2003 et en 2007. Il a dirigé la rédaction de la plateforme constitutionnelle du PLQ : Un projet pour le Québec : affirmation, autonomie et leadership.

« C’est Benoît qui a écrit la plateforme du PLQ sur la place du Québec au sein du Canada », rappelle François Rocher, professeur à l’École d'études politiques de l’Université d’Ottawa, en entrevue avec Radio-Canada. « Cette plateforme a été la ligne de conduite du gouvernement Charest. »

Le premier ministre Jean Charest le nomme ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones en 2003. Il se voit ensuite confier la Francophonie canadienne, l’Accord sur le commerce intérieur, et la Réforme des institutions démocratiques et de l'Accès à l’information. En 2006, il obtient une entente avec le gouvernement Harper qui permet au Québec de nommer un représentant permanent au sein de la délégation canadienne à l’UNESCO.

Il est le père du Conseil de la Fédération, qui regroupe les gouvernements de toutes les provinces et territoires du Canada, afin de renforcer leur coopération.

Partisan de la limitation du pouvoir de dépenser d'Ottawa, il a lutté contre le déséquilibre fiscal. Opposé à la réforme du Sénat proposée par le ministre fédéral conservateur Stephen Harper, Benoît Pelletier souhaitait l'abolition de la monarchie.

Benoît Pelletier s'était prononcé pour la rédaction d'une constitution pour le Québec. « Il avait une très grande crédibilité, reconnue et rarement remise en question, à la fois au sein des partis de l’opposition et de ses vis-à-vis au fédéral et au provincial », relève M. Rocher. « Sur la scène publique, il n’était pas arrogant ni condescendant. Ça l’a aidé à être bien perçu par les gens avec qui il devait travailler. »

« Benoît Pelletier a réussi d’une manière exceptionnellement heureuse son passage [de la vie universitaire à la vie publique] », poursuit le professeur Rocher. « Il n’a pas juste une démarche intellectuelle ou académique – et c’est là que ça devient remarquable –, c'est quelqu’un qui n’a jamais hésité à s’engager sur la scène politique. »

En 2008, Benoit Pelletier décide de ne pas se représenter comme député. Il retourne enseigner le droit à l’Université d’Ottawa l'année suivante. Simultanément, il rejoint le cabinet Noël et Associés à Gatineau.

En 2015, le professeur de droit est nommé membre du comité fédéral sur l'aide médicale à mourir.

« Ses vastes connaissances en matière de droit constitutionnel et de politique canadienne faisaient de lui un expert très recherché des médias », souligne le chef d’antenne à Radio-Canada, à Ottawa, Daniel Bouchard, qui ajoute : « Ses interventions médiatiques étaient toujours riches et ont eu un impact certain sur la société. »

En 2021, Benoit Pelletier survit à la Covid-19, après avoir passé 56 jours dans le coma.

Benoît Pelletier est l’auteur de nombreuses publications et conférencier international en droit constitutionnel. Il a publié La modification constitutionnelle au Canada (1996) et Une certaine idée du Québec (2010).

Benoît Pelletier détenait une licence en droit de l'Université Laval, une maîtrise en droit de l'Université d'Ottawa, un doctorat en droit de l'Université Paris I (Panthéon-Sorbonne) en France, et un doctorat en droit de l'Université Aix-Marseille III. Benoît Pelletier était membre du Barreau du Québec depuis 1982.

« Au-delà de ses accomplissements professionnels extraordinaires, Benoît Pelletier est surtout un mari attentionné, un père de famille dévoué, drôle, généreux et à l'écoute et un grand amoureux du Québec et de la langue française », salue sa famille, par communiqué.

« Aujourd'hui, je perds un collègue, un conseiller et un ami. Par sa pensée juridique et son engagement politique, Benoît Pelletier a permis au Québec de faire des gains significatifs au sein de la fédération canadienne et dans le monde. Il représente une formidable source d'inspiration pour quiconque souhaite faire avancer les intérêts de la nation québécoise au Canada et à l'international », rend hommage l’ancien premier ministre Jean Charest, par communiqué.

Benoît Pelletier laisse dans le deuil son épouse Danièle Goulet et ses quatre enfants.

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