Jean-Claude Bernheim, criminologue et président de l'Office des droits des détenus
Jean-Claude Bernheim, criminologue et président de l'Office des droits des détenus
Chacun des 14 745 prisonniers détenus dans les 54 pénitenciers fédéraux coûte maintenant 117 788 $ par année, en moyenne, aux contribuables canadiens. Une somme 46% plus élevée qu'il y a 10 ans.

Voilà ce que rapporte le ministère de la Sécurité publique du Canada dans son analyse statistique, Le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, en 2013, rendue publique la semaine dernière.

On y apprend aussi que les dépenses du gouvernement Harper dans l'ensemble du système correctionnel viennent d'atteindre un sommet de 2,7 milliards $, soit 1,1 milliard $ de plus qu'en 2002-2003.

Plus de détenus

L'augmentation du nombre de détenus purgeant des peines supérieures à deux ans – 2 082 de plus qu'en 2 002 – et l'embauche de 500 agents correctionnels supplémentaires pour en assurer la garde, depuis deux ans, expliquent notamment cette hausse.

«On commence à voir les effets des mesures du gouvernement conservateur, a commenté le criminologue Jean-Claude Bernheim, président de l'Office des droits des détenus. Les peines imposées sont plus longues, le Code criminel prévoit maintenant des peines minimales obligatoires pour plusieurs infractions et, nécessairement, ça va déborder dans les pénitenciers.»

« Max» ET « Club Med »

Pierre-Hugues Boisvenu est un sénateur conservateur
Pierre-Hugues Boisvenu est un sénateur conservateur
Les pires criminels, dans les pénitenciers à sécurité maximale comme ceux de Sainte-Anne-des-Plaines, Donnacona ou Port-Cartier, sont les plus coûteux à garder, à 151 000 $ par an.

Au 14 avril 2013, 579 femmes étaient incarcérées dans des pénitenciers fédéraux, à un coût annuel de 211 618 $ chacune, selon le document.

On en compte 70 au pénitencier de Joliette, que certaines détenues ont déjà qualifié de «Club Med» et leurs cellules, de «condos».

Privatiser ?

M. Bernheim croit qu'Ottawa pourrait songer à privatiser certains de ses pénitenciers, comme dans des États américains, pour contrôler ses dépenses.

«Quand les conservateurs ont pris le pouvoir, ils ont commandé une étude leur suggérant de faire appel au privé. Je crois que c'est ça l'objectif», a-t-il dit, en déplorant que le Ministère ait aussi coupé dans le personnel carcéral de la santé et des programmes de réhabilitation.

En février 2012, le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu avait prédit au Journal que l'augmentation appréhendée de 2 500 détenus d'ici 2013-2014, découlant du train de mesures législatives « tough on crime » de la loi C-10, «ne se produirait pas».

De fait, la hausse s'est limitée à 500 détenus depuis deux ans. En vacances, M. Boisvenu n'a pu commenter ces récentes données et le Ministère s'en est abstenu.