Réjean Bergevin a reconnu avoir entreposé de façon négligente son arme de chasse et ses munitions.
Réjean Bergevin a reconnu avoir entreposé de façon négligente son arme de chasse et ses munitions.
L’histoire est d’une infinie tristesse: un adolescent de 19 ans, de passage chez son père, dérobe un de ses fusils de chasse et s’enlève la vie.

Mardi, le père, Réjean Bergevin, a reconnu devant le juge Jean Roy, au palais de justice de Laval, avoir entreposé de façon négligente son arme de chasse et ses munitions. Il a écopé d’une probation de deux ans. Il ne sera pas autorisé à conserver d'armes à feu à la maison durant cette période et devra verser 5000 $ à la bourse Oli créée à la mémoire de son fils.

En échange, le ministère public a retiré l'autre accusation, gravissime, qui pesait sur la tête de cet ingénieur de 60 ans: négligence criminelle ayant causé la mort.

Des accusations sans précédent, selon la criminaliste Julie Couture. « Il est surprenant de voir quelqu’un accusé de négligence criminelle ayant causé la mort parce que l’arme était accessible, dit Me Couture. Je n’ai vu aucun autre cas similaire dans la jurisprudence. »

Elle aurait elle-même conseillé à son client de plaider coupable dans pareille circonstance, afin d’éviter un procès de deux semaines à l’issue incertaine. « Le chef d’accusation qui faisait le plus mal, celui de négligence criminelle causant la mort, aurait pu le mener à la prison. »

L’écart marqué

Me Julie Couture est criminaliste
Me Julie Couture est criminaliste
Dans ce cas précis, tout est question d’interprétation, poursuit Me Couture. «Il s’agit de regarder l’écart marqué dans son comportement avec une personne raisonnable. Même si l’accusé n’a pas d’intention criminelle, son comportement se démarque. » Ainsi en a-t-il été de la jeune conductrice dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire des canards »: le fait de s’arrêter sur une autoroute pour laisser passer une famille de canetons a conduit à la mort accidentelle de deux personnes.

Cette fois, l’écart marqué est sans doute moins évident. Le fusil de chasse ne traînait pas sur la table de cuisine. Mais il n'était rangé, comme le père s'était engagé formellement à le faire.

L’adolescent de 19 ans était dépressif et suicidaire. Sa mère avait averti son ex-conjoint de ne pas le laisser seul…

Quoiqu’il en soit, les accusations au criminel lancent un message clair aux détenteurs d’armes à feu, croit l’avocate: « soyez excessivement prudent avec vos armes. Idéalement, sortez-les de la maison!»

Rapport du coroner

Au Québec, un coroner enquête systématiquement lorsqu’un décès survient dans une situation violente. Une suicide avec une arme à feu entre évidemment dans cette catégorie.

Il y a en général moins de suicides par armes à feu au Québec aujourd’hui qu’il y a une décennie. Mais dès qu’il y a une arme à la maison, « les risques de suicides sont cinq fois plus élevés », estime le Conseil canadien de la sécurité.