Me Louise Mailhot est membre du Barreau du Québec depuis 1966
Me Louise Mailhot est membre du Barreau du Québec depuis 1966
Me Louise Mailhot est membre du Barreau du Québec depuis 1966, c’est donc dire qu’en un demi-siècle, elle a vu neiger. L’ ex-juge de la Cour d'appel du Québec et ex-vice-présidente de l'Union internationale des magistrats, aujourd’hui avocate conseil auprès des groupes de pratique Litige et Droit du travail au cabinet de Fasken Martineau, se réjouit d’abord… du nombre d’avocates dans la profession.

« Il y en a beaucoup! Au début de ma carrière, j’étais presque seule à pratiquer en droit du travaill et surtout, en litige, ce qui m’amenait à plaider en cour. C’est quelque chose lorsqu’on se retrouve dans une foule et qu’il n’y a que des hommes.»

Lorsqu’elle est devenue juge, dans les années 80, il n’y avait que 4,5% de femmes dans la magistrature au Canada. Aujourd’hui, elles sont presque le tiers. « Cela fait que le citoyen se sent plus à l’aise, car la magistrature représente mieux la diversité de la société. »

Me Mailhot est de cette génération qui a connu les insultes, et les commentaires condescendants. « Vous êtes la secrétaire de qui ?»

« Il fallait avoir une carapace solide et plein de détermination », dit-elle.

Aujourd’hui, les batailles sont ailleurs.

Éternelle conciliation travail-famille

Louise Mailhot, qui a élevée deux enfants, voit comment les femmes de son bureau court toujours après leur temps. « Une de mes batailles,c’est d’adapter les horaires de travail à la réalité des femmes. Elles accèdent plus lentement et plus péniblement aux rangs d’associés en raison de leur rôle de mère. Je les vois partir, et je trouve ça dommage. Oui le partage se fait de plus en plus, je vois aussi des hommes aller chercher les enfants à la garderie, et quelques-uns prennent des congés parentaux. Mais les femmes sont encore pénalisées dans la maternité. Pourtant, faire des enfants, c’est la responsabilité de toute la société. »

Elle prône des horaires plus flexibles. « Je suis certaine qu’un quatre jours semaines est possible. Surtout qu’on sait que bien des avocats travaillent le soir. Moi, je couchais les enfants et je lisais mes dossiers dans mon lit. Il y a moyen d’arranger ça. »

Malheureusement, dans bien des cabinets, la règle est au présentéisme, même si les technologies d’aujourd’hui permettent de travailler à distance. « On a un mémoire à rédiger, est-ce qu’on a besoin d’être entre les quatre murs d’un bureau pour le faire? Le présentéisme est valorisé par les directeurs associés. ‘Oh, celle-là n’est pas souvent là’ ou ‘celle-là part à 17h’ ! Comme si on ne pouvait pas travailler de la maison. »

Les technologies ont aussi un effet pervers sur la vie familiale. On s’attend à ce que l’avocat soit disponible à tout moment. « C’est une mauvaise culture qui s’installe, dit Louise Mailhot. Moi, je ne travaille jamais le samedi, je ne réponds même pas à mes courriels. L’équilibre de vie est aussi important. »

Cette flexibilité est la seule façon pour les femmes, croit-elle, de devenir associées tout en pouvant s’occuper de leurs enfants ou de leurs parents vieillissants. « Car les femmes aussi aiment ça avoir de l’argent. »

Me Mailhot agit comme mentore auprès des jeunes avocats et avocates du cabinet. « Les jeunes avocates aujourd’hui sont allumées, intelligentes, elles ont confiance en elles », dit-elle. Mais les avancées des femmes restent fragiles, poursuit-elle. « La lutte n’est pas finie! Il n’y a pas assez de femmes associées directrices. Ça évolue lentement, beaucoup trop lentement. Là où est le vrai pouvoir, la porte demeure solidement fermée et elle est difficile à ouvrir. Le plafond de verre, dans les faits, il est plutôt en bois franc! »