Dominique Tardif, vice-présidente du cabinet de recrutement juridique ZSA
Dominique Tardif, vice-présidente du cabinet de recrutement juridique ZSA
Dans le cabinet de recrutement juridique ZSA, Dominique Tardif, vice-présidente, voit passer des avocats mécontents de leurs conditions de travail actuelles. S’il y a « autant de raisons de vouloir changer d’employeur que de juristes », certaines raisons reviennent plus souvent que d’autres, d’après elle.

« Quand un avocat vient nous voir pour partir de son cabinet et se diriger plutôt vers un service juridique d’entreprise, il évoque souvent son sentiment de davantage vendre un service que de pratiquer le droit. Il a l’impression d’être là où il est seulement pour développer une clientèle », explique-t-elle.

Jean-François Gagnon, chef de la direction au cabinet Langlois assure que chez lui, « on a une vision de croissance par la compétence, et pas par le nombre de clients répertoriés dans son agenda. On dit à nos jeunes de ne pas s’en faire pour ça, qu’ils doivent d’abord devenir bons ».

Un meilleur équilibre de vie

Robert Duguay, associé directeur de Boyden
Robert Duguay, associé directeur de Boyden
Les jeunes sont ceux qui ont le plus à cœur d’avoir la possibilité de bien balancer leur vie personnelle et professionnelle. Dominique Tardif confirme : « C’est une préoccupation assez générationnelle. Cela se remarque dans le milieu juridique à cause de la forte présence de femmes. Il faut être honnête, elles ont plus à cœur cet équilibre que les hommes. »

C’est d’ailleurs aussi ce qui peut pousser les avocats à quitter un cabinet pour se diriger vers une compagnie. « Ils pensent qu’ils vont moins travailler. Ce n’est pas toujours vrai. C’est juste qu’en entreprise, il y a plus de prévisibilité dans les horaires de travail », dit Mme Tardif.

Roger Duguay, associé directeur de Boyden, une entreprise de recrutement de cadres supérieurs, va même plus loin : « La nouvelle génération n’a pas les mêmes valeurs que les seniors, il y a un clash générationnel. Les jeunes ne travaillent pas pour les mêmes raisons ».

Retrouver la flamme

Jean-François Gagnon, chef de la direction au cabinet Langlois
Jean-François Gagnon, chef de la direction au cabinet Langlois
Boyden se spécialise cependant dans le recrutement d’avocats seniors, avec une certaine expérience. Son constat de la situation actuelle est sans appel : « beaucoup d’entre eux se remettent en question sur ce qu’ils veulent vraiment faire. Ils essayent de retrouver une flamme, ils se posent des questions existentielles. C’est assez spécifique aux avocats, mais aussi aux conseillers en gestion, aux gens qui font d’énormes sacrifices personnels pour devenir associé. »

D’autres facteurs comme les mauvaises relations avec ses supérieurs, le manque de responsabilités, le déménagement des sièges sociaux qui déplace des fonctions clés, ou la mauvaise ambiance peuvent aussi peser dans la balance. « Les avocats me disent : “je passe plus de temps au bureau qu’à la maison, alors je veux me sentir bien au bureau”. C’est sûr que c’est un facteur important », ajoute Mme Tardif.

Plus que la rémunération en tout cas. « Ça joue, mais c’est un facteur accessoire, sauf si l’écart est très marqué par rapport au marché. Le salaire est souvent une motivation secondaire qui s’ajoute au moteur. Ce n’est pas locomotive », explique-t-elle.

Jean-François Gagnon assure en tout cas faire attention à ce que l’offre salariale de Langlois reste compétitive. D’ailleurs, il dit que le cabinet s’est doté d’une « véritable stratégie d’entreprise » pour garder ses avocats.

« Nous organisons une retraite annuelle pour que la direction et les employés puissent échanger de manière transparente, le directeur général rencontre aussi périodiquement les avocats et me communique les données qui en ressort pour que nous puissions travailler dessus ».

Mais Roger Duguay explique de son côté qu’aujourd’hui, les efforts des cabinets ne sont pas là. « Ils s’emploient surtout à être capables de s’adapter aux pressions sur les honoraires, aux nouveaux besoins de leurs clients et à se différencier des autres. Ils ont donc moins le luxe de s’adonner au bien-être de leurs employés. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est juste un peu les conséquences de la conjoncture actuelle. »