Med Jean-François Gagné et Pierre Mayer (à gauche) quittent Deveau en laissant Mes Marc Tremblay, Sylvain Lefebvre et Martin Larocque.
Med Jean-François Gagné et Pierre Mayer (à gauche) quittent Deveau en laissant Mes Marc Tremblay, Sylvain Lefebvre et Martin Larocque.
Le torchon brûle chez Deveau : ils sont 35 professionnels, dont au moins 19 avocats confirmés, à avoir claqué la porte de Deveau Avocats pour se joindre au cabinet Trivium.

À l’origine de cette géante migration : une « dissociation » convenue autour d’une table le 7 janvier dernier par les 5 associés en chicane, déchirés par une « vision d’affaires différente ».

Me Jean-François Gagné et Me Pierre Mayer, deux des cinq associés de Deveau quittent le navire.

Les deux hommes rejoignent leurs anciens collègues : Me Marc-Antoine Cloutier, cofondateur de Juripop, et Me Claude Boulanger qui ont lancé Trivium à l’automne passé, en compagnie de Me Félix-Antoine Dumais-Michaud (ex-Melançon Marceau Grenier et Sciortino) dans la foulée de l’acquisition du bureau de Deveau Avocats de Brossard.

Les trois autres associés principaux de Deveau - Mes Marc Tremblay, Martin Larocque et Sylvain Lefebvre, demeurent au sein d’un Deveau éventré.

Dans un courriel envoyé à l’interne, le trio a déclaré vouloir poursuivre leur pratique au sein d’une société qui continuera l'utilisation de la raison sociale Deveau Avocats. Mais rien n’est encore officiellement signé.

Mais qu’est-ce qui a déchiré la direction de Deveau?

Une vision d’affaires différente

Marc-Antoine Cloutier évoque une « vision d’affaires différente » pour expliquer la séparation.

«Je pense que ce qui a séduit les gens jusqu’à maintenant, c’est la manière dont on approche la relation avec le client, notamment la dimension de la pression de la facturation à l’heure, indique-t-il. Dans les cabinets traditionnels, tout est calculé sur la productivité horaire des avocats, jusqu’au salaire de la secrétaire à l’accueil. »

Marc-Antoine Cloutier évoque une « vision d’affaires différente » pour expliquer la séparation.
Marc-Antoine Cloutier évoque une « vision d’affaires différente » pour expliquer la séparation.
Trivium « n’a pas peur » de prendre des dossiers à plus gros volume avec un modèle de facturation différent, dit-il, comme à pourcentage.

L’avocat veut se concentrer sur deux choses : le futur de la pratique et la responsabilité sociale du cabinet, alors que Deveau n’était qu’au début des réflexions quant à certains virages de la pratique.

« Nous avons un positionnement différent en matière de recours collectif, poursuit-il. Nous voulons prendre des dossiers qui donnent du sens à la pratique, qui ont un impact, qui changent les mentalités.»

C’est ça leur vision du futur : instaurer des politiques d’implication dans les cabinets, ne pas avoir peur de prendre l’espace public pour communiquer leurs idées, ajoute Me Cloutier.

Pour rappel, Trivium avait fait parler de lui notamment en raison de son modèle d’affaires juridique qui souhaite innover en lançant un programme en collaboration avec Desjardins afin d'offrir à sa clientèle, que ce soit des PME ou des particuliers, la possibilité de financer leur recours avec Accord D en répartissant leurs paiements sur plusieurs mois.

Me Larocque a préféré quant à lui ne pas réagir quant à l’origine des chicanes qui secouent l’équipe. D’abord mécontent, il a ensuite rappelé Droit-inc, en se déclarant « très heureux » pour les avocats partis chez Trivium. Il voit toute cette affaire comme quelque chose de très positif puisqu’il va pouvoir poursuivre l’activité du cabinet avec une « vision commune », une « synergie » et un partage de valeurs similaires.

« Je préfère ne pas rentrer dans d’autres précisions, c’est une question d’intimité d’entreprise, de gestion, nous n’avions plus la même vision.»

Une femme à la direction

Me Mélanie St-Onge fait partie de ceux qui ont quitté Deveau, après 18 ans passés au sein du cabinet. La Barreau 1999 devient associée chez Trivium, « une gang dynamique», dit-elle. Elle sera responsable des bureaux de la Rive-Nord mais aussi actionnaire et impliquée au sein du CA.

Pour Me St-Onge, également mère de famille, c’est une grande fierté.

Me Mélanie St-Onge a quitté Deveau après 18 ans passés au cabinet.
Me Mélanie St-Onge a quitté Deveau après 18 ans passés au cabinet.
« Ça reste encore un monde très masculin, et c’est toujours un enjeu pour les femmes de se faire une place au sein des directions. On peut apporter une vision différente de la pratique que ce soit en matière de gestion de personnel ou de développement.»

Bien qu’elle était responsable du bureau de St-Jérôme chez Deveau, ses responsabilités « n’étaient pas à la hauteur de ce que propose Trivium. » «Quand tu n’es pas impliquée au niveau de l’actionnariat, tu n’es pas à la table de décisions donc il peut être plus difficile de faire entendre tes projets, tes idées. Maintenant je vais pouvoir mettre ma couleur, mon grain de sel ici.»

L’associée ne tarit pas d’éloges sur le « vent de fraîcheur et de changement » que fait souffler Trivium, notamment sur la manière de concevoir les ententes d’honoraires avec les clients.

« L’accès à la justice est un enjeu qui m’a toujours préoccupée. C’est une réalité à laquelle le marché s’adapte. Les clients veulent des budgets, des coûts plus fixes. Le modèle de facturation à l’heure n’est pas adapté à tous les dossiers.»

Et les employés?

Une chose est certaine : le Deveau que l’on connaît aujourd’hui n’existera plus. C’est qu’il va bien falloir s’entendre ou racheter ce qui appartient aux 5 professionnels … soit le site web, le logo, les cartes d’affaires, les actifs, les baux, etc.

Pour le moment, tous les employés travaillent encore chez Deveau, même ceux qui quittent pour Trivium. Aucune date n’a encore été fixée quant à la migration, mais vu « l’ambiance pas très sympathique » qui règne dans les bureaux selon nos sources cela devrait se faire rapidement.

Trivium va garder les locaux de Rosemère et de St-Jérôme (après négociation) car les employés y partent en majorité avec eux. Trivium aura aussi un bureau à Laval, qu’il a loué dans le même immeuble que celui de Deveau.

Selon Me Martin Larocque, Deveau souhaite maintenir une place d’affaires à Laval et à Rosemère.
Selon Me Martin Larocque, Deveau souhaite maintenir une place d’affaires à Laval et à Rosemère.
Deveau va garder les locaux situés en Outaouais - Gatineau, Maniwaki - et les îles de la Madeleine. Martin Larocque indique que Deveau souhaite maintenir une place d’affaires à Laval et à Rosemère pour la suite des choses. «Mais rien n’est établi», ajoute-t-il.

Ceux qui partent chez Trivium ont déjà signé leurs contrats de travail, nous a-t-on confirmé. Au total, l’équipe finale sera composée de 53 personnes.

Bien que Me Larocque ait convenu qu’il y aurait une « restructuration au niveau du personnel », il a tenu à rassurer les employés de chez Deveau - « des mères monoparentales et des jeunes avocats » étant dans le lot - refusant tout « état de panique ». «Deveau est là pour rester», dit-il au bout du fil.

Selon la liste de noms envoyée à Droit-inc, 32 avocats ont choisi d’y demeurer.

Bémol du côté de Marc-Antoine Cloutier : les employés restant chez Deveau devraient rapidement demander un contrat de travail dans la nouvelle structure de Deveau, estime-t-il, perplexe face au fait que pour l’instant aucune société n’existe encore sinon celle dont les actifs sont encore à négocier et diviser. « On leur dit : tu restes chez Deveau. Ok mais où? » À la question posée, il confirme que cette promesse n’a aucune valeur juridique.

Parmi les autres avocats migrant chez Trivium, on compte également cinq femmes et 10 hommes.

Voici les noms des confirmés : Me Sylvie Lévesque, Me Anick Travers, Me Judith Chénier, Me Karine Lauzon, Me Mélanie Marcil, mais aussi Me Jean-Pierre St-Amour Ph.D, le bâtonnier Francis Gervais, Me Charles Turcot, Me André Monty, Me Danyel Laporte, Me Philippe L’Ecuyer, Me Benoit Morissette, le stagiaire Marc-Antoine Sylvestre, et les avocats à la retraite Mes Yvon Plante et Gilles Brazzeau.