Maryse Larouche est actuaire et spécialisée dans le domaine juridique chez GML Actuaires.
Maryse Larouche est actuaire et spécialisée dans le domaine juridique chez GML Actuaires.
Un actuaire, ça mange quoi en hiver?

Maryse Larouche, actuaire chez GML Actuaires spécialisée dans le domaine juridique, explique que les actuaires agissent en tant que témoins experts quand il est question de traiter, d’analyser et de présenter des chiffres complexes.

« On ne remplace pas un avocat ou un médiateur, précise-t-elle. Nous n’avons pas d’expertise légale nous permettant de conseiller les parties au niveau juridique. »

Elle indique que pour la plupart, les actuaires ont complété un baccalauréat en sciences actuarielles, mais que d’autres ont étudié en mathématiques ou en finances pour accéder au domaine. Peu importe leur formation, ils ont tous dû réussir les examens de l’Institut canadien des actuaires pour obtenir le titre de Fellow qui leur permet d’exercer.

« Les avocats peuvent suggérer à leur client de recourir à nos services pour tout litige où les parties ne s’entendent pas sur les sommes dues », dit-elle. Elle précise que l’actuaire va strictement analyser les dommages et intérêts objectifs. « On laisse les dommages moraux et la perte de jouissance aux avocats et autres experts. »

En tout temps, l’actuaire demeure neutre et objectif, ajoute la spécialiste. Il ne penche donc pas en faveur de l’une ou l’autre des parties, contrairement à l’avocat.

« Nos normes de pratique sont reconnues : l’objectivité et l’impartialité sont au coeur de notre travail », dit-elle.

Juridiquement parlant...

Mme Larouche affirme que sa spécialité est peu connue. « Il y a même des actuaires qui ne savent pas qu’il existe des actuaires qui font ce que je fais! », lance-t-elle en riant.

Normal, quand on apprend que seulement 1 % des spécialistes en calculs complexes exercent en affaires juridiques et en expertise devant les tribunaux.

Sur le site de l’Institut canadien des actuaires, on compte seulement 22 actuaires spécialisés en litige civil et 11 en divorce et séparation. Rares sont ceux qui ont pignon sur rue, la plupart exerçant en tant que travailleurs autonomes à partir de la maison.

Quand il est question de litige civil, Mme Larouche se penche principalement sur des dossiers d’invalidité, de licenciement injustifié, de préjudice corporel ou de décès, mais il existe d’autres cas complexes où son analyse peut profiter aux avocats. En responsabilité civile, elle soutient qu’il est rare qu’elle doive se présenter devant le tribunal, la plupart des litiges se règlent hors cour.

Du côté du droit familial, la pratique adresse surtout les cas de divorce où l’actuaire effectue tous les calculs nécessaires pour établir la valeur des actifs et comment ils doivent être séparés. On parle entre autres du partage du patrimoine familial et de la pension accumulée pendant les années de mariage. Le témoignage de l’actuaire pour expliquer les chiffres est plus souvent requis devant le tribunal dans cette branche.

Pour un rapport standard en droit familial, la Fellow indique qu’il faut prévoir environ 600 dollars. Cette option peut s’avérer assez économique, considérant qu’elle peut diminuer les rencontres de négociation nécessaires pour parvenir à une entente.

Quant aux rapports de litige, ils sont traités cas par cas, donc les frais varient selon la complexité du dossier.

Mme Larouche propose aux avocats l’idée que leurs clients fassent adresser leur litige par le même actuaire... histoire de partager les frais.

Diplômée de l’Université de Laval en sciences actuarielles (1984), Mme Larouche est une des rares actuaires à s’être associée. Elle a longtemps travaillé aux États-Unis dans la plus grosse branche de l’actuariat, soit en assurance-vie et régime de retraite.

De retour au Canada, elle a repris contact avec M. Guy Martel, un ami de longue date spécialisé en expertise devant les tribunaux. Ensemble, ils ont fondé la firme GML où ils bénéficient du travail d’une diplômée en mathématiques qui obtiendra son titre de Fellow en janvier prochain.