Maître Jean-Pierre Ménard. Photos : Radio-Canada.
Maître Jean-Pierre Ménard. Photos : Radio-Canada.
Par le Prix de la justice du Québec, le gouvernement entend reconnaître l’apport riche et profond d’un intervenant du système légal qui, par ses engagements et ses actions, favorise une universalisation de l’accès à la justice.

Le lauréat du Prix de la justice du Québec 2018 (toujours remis l’année suivante) est Me Jean-Pierre Ménard.

Il a reçu son prix des mains de la ministre de la Justice et procureure générale du Québec, Mme Sonia LeBel, lors d’une cérémonie tenue à l’hôtel du Parlement à Québec, en présence de l’honorable Nicole Duval Hesler, juge en chef du Québec et présidente du jury de sélection.



« Me Ménard se consacre, depuis près de 40 ans, à faire reconnaître et étendre les droits des personnes victimes du système de santé. Son apport à la société québécoise est exceptionnel ; par ses actions, il a contribué à une justice plus accessible, de qualité et universelle, valeurs représentées par le Prix de la justice du Québec », l’a louangé Sonia LeBel, ministre de la Justice et procureure générale du Québec.

Depuis 1981, Me Ménard se spécialise dans le droit de la santé. Peu connu à l’époque, même inexistant, il en a été un des défricheurs, il s’est consacré à la protection des personnes vulnérables – patients psychiatriques, personnes âgées, personnes atteintes de déficience intellectuelle, etc. – souvent pro bono.

Ses actions et recommandations ont apporté des améliorations notables aux recours qui s’offrent à ceux et celles qui seraient victimes notamment de fautes médicales.

Une longue guerre

Au cours des derniers jours, Me Ménard s’est confié à La Presse dans une entrevue où il a discuté de sa guerre menée contre un lymphome du système nerveux central.

Au départ, l’avocat-patient a longuement hésité avant de se faire traiter au Québec, sachant qu’il allait trouver sur son chemin bon nombre de médecins contre qui il avait mené des poursuites.

« Beaucoup de médecins ont pris une approche très défensive. Parce que j’étais Jean-Pierre Ménard, on multipliait les examens. Je l’ai senti tout le long. À toutes les étapes, on vérifiait le consentement éclairé », a raconté Me Ménard à La Presse.

Le juriste se dit content des services de santé qu’il a reçu, même si son parcours n’a pas été de tout repos.

Saignements au cerveau, paralysie partielle, chimiothérapies agressives et reins endommagés, il en a bavé un coup avant de subir une autogreffe de cellules souches, une opération au terme de laquelle 15% à 20% des patients décèdent.

Mais Me Ménard s’en est sorti. Il a obtenu son congé complet de l'hôpital en octobre dernier, et a débuté des traitements de radiothérapies.

Deux mois plus tard, il était de retour au bureau. Un gros dossier l’attendait : la préparation du procès sur l’aide médicale à mourir.

Toujours debout

Me Ménard avoue à La presse avoir un attachement particulier à cette cause, sur laquelle il oeuvre depuis 2009. Lors du procès, il refuse de parler de son état de santé, de peur que ses adversaires en apprennent sur sa maladie. Mais la réalité, c’est qu’il est en piteux état.

« J’ai fini le procès à moitié mort », admet-il.

La chimiothérapie a touché ses cordes vocales, si bien qu’il a du mal à se faire entendre par le juge. Sa vision est faible, alors on doit lui fournir des notes imprimées en caractères immenses.

Et sa fatigue est démesurée. Demeurer debout pendant des heures est un défi de taille, donc en revenant de la cour, Me Ménard se couche toujours directement, jusqu’à en être épuisé jusqu’au lendemain.

Mais pour lui, il n’était pas question de demander la permission spéciale au juge de s’asseoir pendant le procès.

« La dernière chose qu’on voulait, c’était de projeter une image de faiblesse », insiste-t-il.

Aujourd’hui, la cause est peut-être terminée, mais Me Ménard souhaite poursuivre la pratique du droit. En ce sens les récents honneurs qu’il a reçus l’incitent à poursuivre sa carrière.

« J’ai encore du fun. J’ai encore des affaires à faire ».

Avec Éric Martel