Jean Charest, Marc Bibeau et Léon Moubayed. Photos : Sites Web de McCarthy Tetrault, de Davies et Twitter
Jean Charest, Marc Bibeau et Léon Moubayed. Photos : Sites Web de McCarthy Tetrault, de Davies et Twitter
De nouveaux documents judiciaires lèvent le voile sur les informations amassées par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) contre l’ex-grand argentier du Parti libéral du Québec (PLQ) Marc Bibeau dans le cadre de l’enquête Mâchurer.

Il s’agit plus précisément de demandes d’ordonnance, de mandats généraux et de dénonciations révélant pourquoi l’UPAC a voulu effectuer une perquisition secrète dans les bureaux des entreprises de Marc Bibeau, situées à Saint-Eustache, en 2016.

L'enquête Mâchurer cherche à établir un lien entre du financement politique illégal et l’octroi de contrats publics par le gouvernement du Québec, alors dirigé par le PLQ de Jean Charest. Aucune accusation n'a été déposée dans ce dossier.

Les documents étaient frappés d’un interdit de publication, puisque M. Bibeau contestait la décision de plusieurs tribunaux de les divulguer, en arguant que cela pourrait nuire à son droit à un procès juste et équitable.

Le refus de la Cour suprême d’entendre cette cause a sonné le glas de cette démarche.

Les documents indiquent que M. Bibeau, décrit par plusieurs témoins comme étant très proche de M. Charest, était visé dans le cadre d'une enquête pour fraude, abus de confiance et pour souscription illégale à une caisse électorale.

On y trouve ensuite des résumés des dépositions faites à l’UPAC par plusieurs personnes qui ont déjà témoigné devant la commission Charbonneau, comme Violette Trépanier, directrice du financement du PLQ, et des dirigeants de firmes de génie ou d’entrepreneurs en construction, dont Lino Zambito.

Les affidavits soumis à l’appui des dénonciations rappellent que Marc Bibeau aurait été responsable du financement sectoriel au PLQ et qu’il aurait établi des objectifs de financement pour les firmes visées.

On y révèle aussi que Marc Bibeau :
  • aurait un lien direct avec le chef de cabinet de M. Charest à l’époque, Daniel Gagner;
  • aurait utilisé son influence pour des enjeux gouvernementaux, par les déclarations d’employés des firmes RSW;
  • détiendrait des informations privilégiées, comme le pointage d’appel d’offres;
  • prétend avoir de l’influence au sein du gouvernement, en suggérant de faire durer les négociations, le temps qu’il convainque le ministre de changer d’idée pour le métro de Laval.

Marc Bibeau n’a jamais été accusé dans le cadre de cette enquête, qui serait toujours ouverte, selon ce qu’a révélé il y a quelques jours Le Journal de Montréal.

Dans une déclaration transmise aux médias après la décision de la Cour suprême, son avocat, Léon Moubayed, soutient qu’il avait saisi la Cour suprême pour préserver ses droits et sa réputation contre une médiatisation d’allégations non vérifiées et basées sur du ouï-dire.

M. Bibeau tient à réaffirmer son intégrité et maintient qu’il continuera à faire valoir ses droits. Son engagement politique s’est toujours fait librement, bénévolement, par conviction personnelle et en conformité avec les lois, ajoute-t-il.

Les multiples démarches juridiques de Marc Bibeau sont l’une des principales raisons qui expliquent pourquoi l’enquête Mâchurer, révélée par Radio-Canada dès novembre 2014, n’a toujours pas abouti.