Me Danièle Roy nous parle de la situation dans les établissements de détention. Photos : Site Web de Roy & Associés et Radio-Canada
Me Danièle Roy nous parle de la situation dans les établissements de détention. Photos : Site Web de Roy & Associés et Radio-Canada
La crise sanitaire a apporté avec elle son lot d’imprévus, ainsi que de nouvelles pratiques, depuis mars. Parmi elles, la visioconférence est probablement la plus importante, alors qu’elle est devenue soudainement un impératif dans à peu près tous les domaines.

Mais disons que les prisons n’étaient peut-être pas prêtes ni outillées pour composer avec un aussi important volume de visioconférences, ce qui a causé de nombreux problèmes, notamment dans les établissements de détention de Montréal (Bordeaux) et de Rivière-des-Prairies.

L’Association des avocats de la défense de Montréal - Laval - Longueuil (AADM) a rencontré des représentants de ces prisons pour trouver des solutions. Droit-inc en a discuté avec Me Danièle Roy, qui a été présidente de l’association pendant cinq ans, et qui y agit à présent à titre de conseillère.

Droit-inc : Quelles sont les principales problématiques qui vont été rapportées?

Danièle Roy : Premièrement, je crois que c'est important de replacer tout ça dans son contexte. Avec la COVID, tout le monde a dû s’ajuster, à la vitesse grand V.

Les prisons, évidemment, ne sont absolument pas équipées pour la distanciation. Bordeaux, c'est une très vieille prison. Les systèmes de ventilation ne sont pas nettoyés, les gardiens ne sont pas formés pour ça.

Il y a eu énormément de problèmes.

Ne serait-ce que, par exemple, ce qui concerne la confidentialité. Quand les individus se retrouvaient en quarantaine pendant 14 jours, s'ils voulaient parler à leur avocat, on leur apportait un téléphone dans la cellule, ce qui ne se fait pas en temps normal. C'est un ajustement qu'on avait fait. Par contre, le gardien restait à côté, donc à portée d’ouïe. Le secret professionnel n'était pas couvert, ça n'avait pas de bon sens. Il y a un tas de problèmes comme ça, qu’on a dû signaler.

Ne serait-ce que des problèmes de confinement... Quand le virus a commencé à se répandre, imaginez-vous ce que ça veut dire comme défi, d'essayer d’isoler quelqu’un. Ç'a mené à des situations complètement loufoques.

Par exemple, il y a des ailes complètes qui ont été confinées pendant 14 jours, parce qu'on voulait pas que le virus commence à se répandre au reste de la prison. Mais ces gens-là ont dû passer 14 jours en cellule, c’est affreux!

On avait beau communiquer avec les autorités, ils nous disaient : « on veut bien, mais on va les mettre où? »

Il y a énormément d'ajustements à faire en cours de route.

Il y a eu beaucoup de problèmes avec les visioconférences, aussi?

Oui. Il faut savoir qu’avant, il y avait des comparutions qui se faisaient en visioconférence, et il y avait aussi quelques avocats qui s'en servait pour faire des rencontres avec leur client. Mais tout d'un coup, c'est devenu tout, ou à peu près, qui se fait par visioconférence. Donc évidemment, des fois, c'est vraiment problématique.

On se faisait dire qu'on avait juste dix minutes pour parler à notre client. Mais quand le client est à la cour cette journée-là, par exemple, s'il comparaît, s'il est question de remise en liberté, dix minutes, ce n'est pas suffisant pour discuter, d'une part, des faits de la cause; d'autre part, est-ce que quelqu'un est prêt à s’engager pour lui, quelles conditions seraient raisonnables…

On comprend qu'ils avaient fait ça pour essayer de laisser du temps à tout le monde, mais bon... Là, il y a des instructions qui ont été données aux agents, pour ne plus limiter le nombre et la durée des appels. Les agents ont été sensibilisés à ça.

Et comment ça s’est passé avec les directions des prisons?

Je tiens à le mentionner : entre autres, à l'établissement de Bordeaux, le directeur est très sensible à nos demandes. Est-ce qu'il arrive toujours à nous satisfaire rapidement? Pas toujours. Comme tout le monde, il fait avec les moyens du bord. Mais au moins, je peux vous dire que quand on communique avec M. Landreville, on a une oreille attentive, de bons échanges. Mais il reste qu'effectivement, les problèmes sont nombreux, c'est une situation qui était imprévue pour tout le monde, et les établissements de détention n’étaient pas équipés pour y faire face.

Et vous diriez qu'en ce moment, c'est mieux qu'il y a trois ou quatre mois?

Chaque jour, il y a une amélioration. Mais… ce n’est pas parfait.

Il se présente des nouvelles situations chaque jour... Des situations, parfois, auxquelles on n’aurait jamais pensé! On essaie de les régler. Les associations (l’AADM et l’AQAD) sont très alertes. Et toutes les demandes venant des détenus, c'est vraiment traité de façon rapide, et le plus efficacement possible.