Le procès de Gilbert Rozon en est à sa deuxième journée au palais de justice de Montréal. Photo : Radio-Canada
Le procès de Gilbert Rozon en est à sa deuxième journée au palais de justice de Montréal. Photo : Radio-Canada
Le procès de Gilbert Rozon pour viol et attentat à la pudeur a repris mercredi au palais de justice de Montréal. L'ancien producteur, qui a plaidé non coupable, a pu donner sa version des faits, aux antipodes de celle racontée par la plaignante.

L'ancien producteur, qui était donc à la barre mercredi après-midi, a raconté notamment les circonstances de sa rencontre avec la victime présumée.

« Je la trouvais mignonne. Je pense qu’elle me trouvait mignon aussi. ... C’est probablement moi qui l’ai invitée. »
-Gilbert Rozon

M. Rozon a raconté qu'après une soirée qui s'est déroulée à Saint-Sauveur en 1980, il avait invité la plaignante à poursuivre ce moment dans la maison d'une amie qui était absente ce soir-là. Il a allumé un feu pour créer une ambiance romantique et ils ont commencé à s'embrasser, à se caresser.

Mais à un moment, sentant que la victime présumée n'était plus partante, il est parti se coucher. Quelques heures plus tard, la jeune femme était à califourchon sur lui et c'est « elle qui lui faisait l'amour ».

Un peu plus tôt, la victime présumée, âgée aujourd’hui de 60 ans, a dû répondre aux nombreuses interrogations de la défense.

En effet, les avocats de M. Rozon disaient avoir l’impression que sa version avait évolué au fil des années. D'après eux, il y a 40 ans, elle disait qu’elle n’avait pas le sentiment d’avoir été agressée sexuellement par Gilbert Rozon, car elle n’avait pas exprimé clairement son non-consentement.

Rappelons que la plaignante accuse Gilbert Rozon de l'avoir violée en 1980 alors qu'elle avait 20 ans et lui 25.

Aujourd’hui, elle dit plutôt qu’elle a clairement été victime d’une agression sexuelle et qu’elle avait exprimé son refus d'avoir une relation intime avec le fondateur de Juste pour rire.

La défense pointe des incohérences

La défense a rappelé mercredi matin les mots que la plaignante avait utilisés la veille pour décrire les événements : « oppression », « domination », « pouvoir ».

Des mots qu’elle n’avait pas utilisés lorsqu’elle était allée voir les policiers en 2017, ont rappelé les avocats de la défense. À l’époque, elle leur avait dit qu’elle n’était même pas certaine d’avoir été agressée sexuellement, puisque dans son esprit, elle avait tout simplement lâché prise, en espérant que cela se termine rapidement.

Gilbert Rozon portant un masque dans un couloir du palais de justice de Montréal. Photo : Radio-Canada
Gilbert Rozon portant un masque dans un couloir du palais de justice de Montréal. Photo : Radio-Canada
Pour la défense, le fait que la plaignante dise ne pas se souvenir d'avoir clairement dit « non » fait en sorte que la poursuite ne peut pas prouver hors de tout doute raisonnable que la plaignante a exprimé un non-consentement.

Le juge a finalement résumé la conclusion de la défense : la plaignante a changé sa perception des événements au fil des ans, en raison du mouvement #MoiAussi et après discussions avec son entourage.

La Couronne a présenté un deuxième témoin mercredi. Il s'agit d'une ancienne amie de la plaignante qui travaillait avec elle en 1980. La plaignante lui avait parlé de cette soirée en spécifiant « qu’elle avait eu à se débattre et en avait perdu sa petite culotte ».

Mardi, la journée a été éprouvante pour la victime présumée, qui a évoqué, a-t-elle dit, des souvenirs qu’elle a tenté d’oublier ces quatre dernières décennies.

Elle a rappelé qu’elle avait clairement repoussé M. Rozon deux fois à sa première tentative.

L’avocat criminaliste Charles Côté, en entrevue à l’émission Isabelle Richer, a indiqué que, selon les tribunaux supérieurs, le consentement ne se présume pas. « A contrario, ce n’est pas parce qu’une personne aurait accepté une relation sexuelle avec un individu dans le passé que, naturellement, elle est toujours consentante à avoir une nouvelle relation sexuelle plus tard », a-t-il précisé.

Pour Me Côté, il y a eu manifestation claire, selon le témoignage de la plaignante, de son refus d’avoir une interaction de nature sexuelle avec M. Rozon. « C’était clair la veille et c’est clair quelques heures plus tard. L’accusé aurait donc dû redoubler de prudence et s’assurer du plein consentement de la plaignante. Je pense que ce sera la position que le ministère public va adopter », a ajouté l'avocat.