Me Christian Dumoulin. Photo : Site web de Lavery
Me Christian Dumoulin. Photo : Site web de Lavery
Quand il a commencé à travailler pour Heenan Blaikie à Montréal, en 2000, Me Christian Dumoulin a tout de suite réalisé que la vie urbaine ne lui convenait pas. Un an plus tard, le natif de Granby s’installait dans les bureaux de Sherbrooke du grand cabinet et y emmenait une grande partie de sa clientèle métropolitaine.

Quand Heenan Blaikie a été liquidé en 2014, son équipe et lui ont fait le transfert chez Lavery, donnant un pied à terre en Estrie à l’entreprise qui mise plus que jamais sur sa présence physique hors des grands centres.

Alors que la pandémie et le télétravail ont mené plusieurs professionnels à pratiquer de leur résidence secondaire en région, certains songeront peut-être à rendre ces changements plus permanents. On s’est entretenu des avantages d’une telle transition et des conditions nécessaires à son succès avec Me Christian Dumoulin, associé directeur du bureau de Sherbrooke chez Lavery.

Comment s’est passé votre départ pour le cabinet sherbrookois de Heenan Blaikie? Est-ce que ça a été une décision difficile?

Après moins d’un an dans le bureau du centre-ville, c’était déjà évident pour moi que je ne serais jamais un Montréalais. Je devais revenir aux sources. Personnellement, c’est la qualité de vie qui m’a amené à regarder ailleurs. Et en adhérant à une structure comme celle de Heenan à l’époque et de Lavery, à un bureau hyper organisé, ça permet vraiment d’avoir le meilleur des deux mondes.

Et vos clients montréalais vous ont suivi à Sherbrooke?

Absolument. J’avais déjà des clients de Montréal et de la région. Et j’en ai développé d’autres! Ça n’a jamais vraiment été un problème. Au début, les gens posaient un peu plus de questions, trouvaient étrange qu’un Sherbrookois travaille pour des clients de Montréal. Ce n’était pas commun. Aujourd’hui, on n’en parle même plus.

Avec la pandémie et le télétravail, tout se fait très bien, même pour desservir une clientèle de la métropole. Le plus drôle, c’est que des dirigeants d’importantes entreprises ayant pignon sur rue à Montréal ont leur résidence secondaire dans le coin. Cette clientèle est assise à côté de moi, ici en Estrie. Et c’est encore plus vrai avec le télétravail, puisque plusieurs ont fait de leur résidence secondaire leur résidence principale. Ce n’est pas rare de croiser les gens d’affaires du Grand Montréal au centre-ville de Magog ou de North Hatley.

Cette proximité vous a permis de développer une clientèle?

Oui. Le fait d’être bien intégré dans le milieu sherbrookois permet de tisser des relations avec ces gens-là. On les côtoie au quotidien.

Comment est-ce que ça s’organise concrètement dans le quotidien, quand on sert des clients de différentes villes?

Avant la pandémie, j’allais au bureau de Sherbrooke au moins quatre jours par semaine et, à l’occasion, j’avais à me rendre à nos bureaux de Québec ou de Montréal, selon ce qui était nécessaire. Même pour servir ma clientèle montréalaise, à 90 pourcent du temps, je pouvais sans problème travailler du bureau de Sherbrooke. Cela ne faisait aucune différence.

Y a-t-il des désavantages ou des difficultés pour un cabinet quand un de ses avocats décide de pratiquer de la région?

Pas du tout. C’est même le contraire. On a ainsi un plus grand bassin de ressources pour mieux servir nos clients. De plus, les bureaux régionaux permettent d’être très bien implantés dans différents milieux d’affaires. Il y a énormément de grandes entreprises installées ici, qui font affaire avec d’autres entreprises de partout ailleurs. Je ne vois aucun inconvénient, aucun problème à faire fonctionner tout ça.

Comme cabinet, chez Lavery, on continue de croire que c’est important de s’investir dans chacune des communautés où on se trouve. La présence physique de bureaux dans différents marchés fait partie intégrante de cette philosophie.

Quels sont donc les avantages pour un cabinet à avoir pignon sur rue un peu partout au Québec?

Je crois que la pandémie nous a tous fait comprendre que les outils électroniques sont des compléments aux rencontres physiques, pas des substituts. Les échanges face à face resteront toujours essentiels à notre travail et aux affaires de nos clients.

Avoir des places d’affaires dans différents marchés nous permet de tenir des rencontres, des négociations. Ainsi, un client de Montréal qui négocie une entente avec une entreprise de Sherbrooke peut profiter de nos installations pour négocier, par exemple.

Ce qui est intéressant, c’est que, quand on regarde les grands cabinets qui ont un bureau au centre-ville, on est à peu près les seuls chez Lavery à avoir une empreinte géographique à l’extérieur de Montréal et Québec. La pandémie a mis en évidence que c’était très intéressant à exploiter comme avantage.

J’ai un client qui est un important propriétaire foncier de Sherbrooke qui, aujourd’hui, ne fournit pas à la demande de location de bureaux pour de très très grandes entreprises. Ça indique clairement que Sherbrooke, même loin de Montréal, va jouer un rôle important dans le monde des affaires de demain.

Je ne crois pas que ce phénomène va s’estomper à la fin de la pandémie. Les grandes entreprises qui autrefois se seraient installées à Montréal sans se poser la question commencent à regarder ailleurs.

Vous parlez de l’importance pour Lavery d’être implanté partout dans la province. C’est une orientation sur laquelle le cabinet mise?

On a adopté quelques années après un plan stratégique qui comporte un axe majeur au sujet de nos places d’affaires hors Montréal. Je ne peux évidemment pas le détailler publiquement, mais je peux vous dire que c’est clair que la présence de Lavery hors Montréal fait partie de nos priorités. C’était déjà le cas avant la pandémie, mais l’importance de cet avantage vient d’être décuplée.

Y a-t-il des conditions qui doivent être mises en place pour que le travail en région soit un succès?

Je crois qu’à partir du moment où un cabinet a les moyens de se douter d’outils technologiques et informatiques modernes, il n’y a pas vraiment d’obstacle.

Le deuxième facteur important est de réussir à aller chercher des professionnels qui sont bien intégrés dans ces marchés. C’est possible de desservir une clientèle de Montréal à partir de Sherbrooke, mais il faut aussi développer le marché local. On n’ouvrirait pas un bureau en Estrie uniquement pour servir une clientèle de la métropole.

Il existe un préjugé voulant que les meilleurs avocats travaillent tous dans les grands centres et que les avocats en région soient de moins grande envergure. C’est fondé?

Je sais que le préjugé existe, mais je peux vous dire que les avocats qui m’ont donné le plus de misère dans mon travail n’étaient pas tous installés dans les grandes tours de Montréal.

Je dirais qu’on a travaillé très fort pour briser cette image. Après 20 ans à Sherbrooke, je pense que la communauté d’affaires d’ici sait qu’elle peut compter sur des avocats de chez nous qui sont tout aussi compétents que ceux de Montréal.

Avez-vous l’impression que, la pandémie ayant fait découvrir à plusieurs les joies du travail en-dehors de la métropole, ce sera plus facile à l’avenir d’attirer de très grands talents dans les bureaux régionaux?

Je pense que oui. Il y a de grands talents qui sont présentement dans leur résidence secondaire autour de Sherbrooke et qui, une fois la pandémie terminée, vont peut-être y penser à deux fois avant de retourner au centre-ville.

Bien sûr, ce n’est pas si simple de quitter Montréal avec toute la famille et de s’installer à Sherbrooke. Mais c’est possible de le faire. Et, avouons-le, c’est bien agréable de pouvoir sortir du bureau et faire 10 km de jogging ou 40 km de vélo après le travail plutôt que de faire une heure de trafic.

Disons qu’on devient encore plus intéressant maintenant.