Me Caroline Biron. Photo : Archives
Me Caroline Biron. Photo : Archives
Me Caroline Biron de Woods a reçu son invitation à rejoindre le Litigation Counsel of America. Ce club très sélect ne compte que 3500 membres, soit moins de la moitié du 1 pourcent des avocats en litige nord-américains. Droit-inc s’est entretenu avec elle au sujet de cet honneur, mais aussi de la pratique du litige en général.

Comment avez-vous su que vous alliez devenir Fellows du LCA?

Ce sont mes deux associés, James Woods et Patrick Ouellet, qui m’en ont parlé début janvier. Puisqu’ils sont tous deux fellows aussi, le LCA leur a écrit afin de valider avec eux que j’avais ce qu’il faut pour être admise. Ce qu’ils ont fait, évidemment!

J’ai reçu mon invitation officielle par la poste le 8 mars, pile pour la Journée internationale des droits des femmes. J’étais tellement contente! C’est tout un honneur, d’autant que c’est très masculin comme cercle. Je trouve que souvent, les femmes sont moins reconnues, surtout dans ces désignations américaines. Pourtant, on y a notre place.

Qu’est-ce que ça va changer pour vous, plus concrètement?

Comme Fellow, je vais pouvoir proposer de nouvelles nominations, ce que je compte bien faire. Je vais soumettre des candidatures féminines, c’est certain. J’ai des associées qui seraient d’excellentes fellows.

En-dehors de cette opportunité, ce sera surtout une belle occasion de faire du réseautage dans leurs événements, une fois que la pandémie sera terminée. Il y a aussi un outil de référencement. Si, par exemple, une grande société qui ne fait pas habituellement affaire au Québec a un litige ici, ils vont tenter de trouver un Fellow LCA pour les représenter. C’est une façon d’attirer des mandats très intéressants.

Vous avez plaidé devant les plus hauts tribunaux du pays. Était-ce un critère important pour obtenir ce titre?

Je pense que oui. Le fait d’avoir plaidé devant la Cour suprême a certainement joué en ma faveur. En litige commercial, c’est très rare qu’on a cette occasion puisque la cour doit d’abord accepter de nous entendre. Et pour qu’elle accepte, on doit démontrer que notre cause à un intérêt national, donc qui dépasse l’intérêt de notre dossier. Ce n’est pas facile d’avoir un dossier qui réponde à ce critère.

On parle beaucoup des qualités de plaideur. Est-ce la marque d’un grand avocat en litige, d’exceller à l’art de la plaidoirie?

En fait, on va de moins en moins souvent en cour. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’on pouvait gagner un dossier avant même de se rendre à procès. Dans la façon dont on l’a monté, dans la façon dont on a fait nos interrogatoires, dans la façon dont on a usé de stratégie.

Je suis contente d’avoir beaucoup plaidé pendant ma carrière, mais le rôle premier d’un bon avocat est de donner l’heure juste à son client et de lui présenter les opportunités de règlement hors cour quand il y en a. C’est le cas pour la plupart des dossiers. Souvent, l’intérêt de l’entreprise, c’est de trouver une solution, pas d’avoir un jugement.

C’est ce qui différencie les grands avocats des autres. Un grand avocat est toujours capable d’avoir une discussion honnête avec son client, de lui présenter les coûts et les risques liés à un procès.

Quelles sont les qualités que vous jugez essentielles pour devenir un excellent avocat de litige et, éventuellement, avoir la chance d’être admis au LCA?

On utilise souvent le mot passion et il en est un peu galvaudé, mais c’est certain qu’il faut vraiment aimer ce qu’on fait. En litige, il faut aimer les gens, nos clients, leurs histoires. Et s’intéresser aux faits. Quand on s’intéresse vraiment aux histoires des gens, on arrive à mieux se les approprier et donc à mieux les représenter. Les juges apprécient qu’on maîtrise bien nos dossiers. C’est un gage de succès.

Il faut être résilient et comprendre que les victoires comme les défaites font partie de la vie de litige. Pour arriver à bien dormir, on doit être capable de se dire qu’on a tout donné et que le résultat appartient à la Cour.