Manon Poirier, directrice générale de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Photo : Radio-Canada
Manon Poirier, directrice générale de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Photo : Radio-Canada
Employés et employeurs n'ont pas du tout la même vision quant au futur du télétravail lorsque la pandémie de COVID-19 sera derrière nous. Une majorité de travailleurs prônent le maintien du travail à distance ou aimeraient jouir d'une pleine flexibilité, alors que les entreprises penchent davantage vers une solution hybride.

Ces constats se dégagent de deux sondages distincts de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Un premier a été mené par la firme CROP auprès de 450 télétravailleurs, en mai dernier. Selon les données obtenues, pas moins des deux tiers des répondants souhaitaient conserver le télétravail à temps plein (38 %), ou encore la pleine flexibilité (24 %) de choisir entre le boulot à la maison ou au bureau.

Seuls 9 % des employés sondés préféreraient un retour complet sur leurs lieux de travail traditionnels. Finalement, un peu plus du quart des télétravailleurs opteraient pour une présence minimale exigée au bureau, tout en conservant des journées de télétravail.

Contraire chez les employeurs

Un autre sondage mené au cours de la même période, cette fois directement par l'Ordre auprès de ses membres évoluant en entreprise, est arrivé à des conclusions diamétralement opposées.

En effet, des quelque 1060 conseillers qui ont répondu au questionnaire, seuls 1 % ont rapporté que leur employeur était prêt à maintenir le télétravail à temps plein. Par ailleurs, 8 % des entreprises offriraient la pleine flexibilité à leurs employés.

La très grande majorité penche plutôt vers une solution hybride exigeant une présence physique minimale, tout en conservant le travail à distance quelques jours par semaine. Et 6 % des employeurs adopteraient la ligne dure et exigeraient le retour complet au bureau.

Flexibilité et vie personnelle

Manon Poirier, directrice générale de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, explique ces résultats par le fait que les deux groupes sondés n'ont pas tout à fait les mêmes objectifs.

Dans le cas des télétravailleurs, elle estime que la pandémie a inévitablement créé un engouement pour le travail à distance et la flexibilité que cela suppose. « Je pense que beaucoup de gens ont beaucoup apprécié le télétravail », a-t-elle expliqué lundi matin à l'émission Première heure.

Combiné au déconfinement et le retour des activités sociales, la possibilité de travailler de la maison risque d'être encore plus populaire, poursuit-elle. « Un télétravail hors pandémie, on peut avoir des activités sociales, mieux concilier vie personnelle et travail. Les gens économisent du temps dans les transports ».

Culture et sentiment d'appartenance

Les employeurs, par contre, ont des préoccupations sur le sentiment d'appartenance et le développement de la culture d'entreprise. Si les employés ont été productifs « de façon générale », Mme Poirier évoque le concept de « productivité collective », lequel inclut la capacité d'innovation du personnel.

Pour le moment, dit-elle, « ce n'est pas clair » si les employés sont aussi bouillonnants de créativité en réunion virtuelle comparativement aux rencontres en personne. Chose certaine, selon Mme Poirier, il semble y avoir un accord chez les employeurs pour dire qu'il y a « certaines limites à ce que chacun soit chez soi ».

« Il y a l'aspect qu'on sous-estimait de la machine à café, sur l'heure du midi. Il y a quelque chose d'organique », déclare Manon Poirier, directrice générale, Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Elle évoque également le cas des employés qui ont été embauchés durant la pandémie et qui ont été intégrés sans entrer en contact direct avec les collègues. « Les personnes intégrées à distance vont dire que c'est difficile de connecter avec l'organisation ».

Manon Poirier soutient que les rencontres en personne permettent « de mieux comprendre, sentir les autres ». Elle croit donc que les employeurs voient « un avantage au présentiel qu'il ne faut pas minimiser ».

Toujours selon l'Ordre, de 10 à 15 % des travailleurs dont l'emploi permet de travailler à distance avaient recours au télétravail de façon occasionnelle avant la pandémie. Le taux a augmenté à 35 % ces derniers mois.

À noter qu'environ 40 % des emplois au Québec peuvent s'exécuter à distance en tout ou en partie.