Pour aboutir à cette conclusion, Ronit Dinovitzer, sociologue à l’Université de Toronto a suivi, avec Bryant Garth de l’université Southwestern à Los Angeles, la carrière de 5 000 avocats américains, ayant débuté en 2000.

Clairement, les avocats issus d’universités très prestigieuses s’épanouissent peu dans les grands cabinets d’avocats.

Dans les bureaux de 100 avocats ou plus, seulement 26 % d’entre eux se disent extrêmement satisfaits de leur profession. Ils sont 49 %, parmi ceux issus de formations moins renommées. Autre indice d’insatisfaction : 59 % des avocats en provenance des universités américaines du premier tiers prévoient de changer d’emploi dans les deux ans, contre seulement un quart d’entre eux pour les autres.

Le phénomène s’explique. Les avocats issus des meilleures universités sont plus exigeants et mieux informés que leurs pairs dont le parcours académique est moindre. Ils savent en particulier qu’ils peuvent se tourner vers d’autres carrières aussi lucratives que celle d’avocat, dans les métiers du conseil par exemple.

« Bien que les salaires offerts dans les grands cabinets soient attractifs, ils ne valent pas les heures qu’il faut y passer. Ces avocats savent qu’ils ont d’autres options. Ils ont des amis, encore plus riches qu’eux, qui les ont suivies » analysent les chercheurs.

La sociologue canadienne rêve maintenant dupliquer son étude au Canada. « Pour limiter les coûts de turnover, ça peut être utile pour un gros bureau de savoir sur quel type de profil investir sur le long terme » explique Dinovitzer.

Bémol des cabinets concernés. « Au Canada, l’ordre de sélection des universités n’est pas aussi clairement défini qu’aux Etats-Unis. Nous sommes plus ouverts pour accueillir des personnes provenant d’horizons variés. Cela crée une mentalité différente dans nos bureaux », confiait au Canadian Lawyer Me Norm Letalik, associé responsable de l’excellence professionnelle chez BLG.

Le doyen de la faculté de droit de l’université d’Ontario-Ouest, Ian Holloway, n’est en effet pas convaincu que les résultats de l’étude portant sur les Etats-Unis soient transposables au Canada. Reste qu’il considère que les recruteurs dans les grandes firmes accordent trop d’importance aux résultats académiques, et se privent ainsi de nombreux talents.

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