L’avocat de Pacifique Niyokwizera, Fernando Belton (photo), croit que son client a été victime de profilage ethnique. Source: Radio-Canada
L’avocat de Pacifique Niyokwizera, Fernando Belton (photo), croit que son client a été victime de profilage ethnique. Source: Radio-Canada
La « force excessive » employée par des policiers de Québec pour maîtriser Pacifique Niyokwizera, un jeune Noir de 18 ans interpellé à l’extérieur d’un bar du centre-ville dans la nuit de vendredi à samedi, constitue un exemple typique de profilage ethnique, selon son avocat.

« C'est totalement inacceptable que des personnes noires continuent à être traitées de cette façon-là ... Quand on parle de profilage racial, vous avez l'exemple le plus parfait ici », affirme Me Fernando Belton en entrevue à Radio-Canada.

L’avocat reproche aux agents du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) d’avoir utilisé une force « démesurée » et « disproportionnée » à l’encontre de son client lors d’une interpellation qui a dérapé et dont les images circulent abondamment sur les réseaux sociaux.

Sur l’une des vidéos mises en ligne, on aperçoit un policier asséner des coups de poing à Pacifique Niyokwizera alors que ce dernier est plaqué au sol et menotté. Un autre policier projette de la neige au visage du jeune homme à l’aide de son pied.

« On n'a pas besoin d'une analyse en force policière pour nous dire qu'il y a une utilisation de la force qui est beaucoup trop exagérée ici », souligne Me Fernando Belton, avocat de Pacifique Niyokwizera

Les images montrent également des policiers avoir recours à la force pour procéder à l’immobilisation au sol d’une jeune femme qui accompagnait M. Niyokwizera.

Les images montrant des policiers de Québec utiliser la force pour maîtriser deux jeunes issus de la diversité ont provoqué un tollé au cours des derniers jours. Source: Radio-Canada
Les images montrant des policiers de Québec utiliser la force pour maîtriser deux jeunes issus de la diversité ont provoqué un tollé au cours des derniers jours. Source: Radio-Canada
Fernando Belton estime que Carl Girouard, l’auteur présumé de la tuerie survenue dans le Vieux-Québec le soir de l’Halloween 2020, a été traité avec plus d’égard que son client par les policiers du SPVQ. L’avocat y voit la preuve que les personnes noires sont traitées différemment des personnes blanches.

« M.Girouard, qui a été arrêté à Québec pour deux meurtres et cinq tentatives de meurtre ... n'a pas été traité de cette façon-là par la police. Alors, pourquoi la police se permet de pouvoir utiliser autant de force? » s’interroge Fernando Belton. « Quand on parle de traitement différentiel, c'est de ça que je parle. »

Vers une poursuite?

L’avocat ajoute que M. Niyokwizera et sa famille envisagent d’intenter une poursuite contre la Ville de Québec pour la façon dont les policiers du SPVQ ont traité le jeune homme.

Ses proches comptent solliciter des dons sur la plateforme de financement participatif GoFundMe en vue d’un éventuel recours devant les tribunaux.

Pacifique Niyokwizera apparaît sur une vidéo qui a été diffusée lundi sur le compte Instagram de l’humoriste engagé Renzel Dashington. Entouré de ce dernier, de ses proches et de son avocat, il a tenu à remercier les personnes qui ont partagé les vidéos de l’intervention du SPVQ.

« Quand j’ai vu ça, je me suis tout de suite senti rassuré. Je me suis tout de suite dit : « il y a des gens derrière moi, il y des gens qui se disent la même chose que moi, qui se disent que ça devrait arrêter, que ça ne devrait pas continuer ce genre de trucs » », a déclaré le jeune homme.

Il a également mentionné que les messages de soutien qu’il a reçus sur les réseaux sociaux lui avaient donné la force d’envisager des poursuites contre « la police et le gouvernement ».

Tolérance zéro

Le chef du SPVQ, Denis Turcotte, a annoncé au cours de la fin de semaine l’ouverture d’une enquête interne sur l’intervention de ses agents.

« Je ne tolérerai aucune discrimination dans mon service », a-t-il prévenu dimanche, lors d’un point de presse conjoint avec le maire de Québec, Bruno Marchand.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, et le chef du SPVQ, Denis Turcotte, croient qu’une enquête interne est suffisante pour faire la lumière sur les événements du week-end. Source: Radio-Canada
Le maire de Québec, Bruno Marchand, et le chef du SPVQ, Denis Turcotte, croient qu’une enquête interne est suffisante pour faire la lumière sur les événements du week-end. Source: Radio-Canada
De son côté, la cheffe de Transition Québec, Jackie Smith, a réclamé lundi une enquête indépendante sur le profilage ethnique au sein du SPVQ.

« Je trouve que c'est important, avec le nouveau chef de police et la nouvelle administration, de reconnaître qu'il y a un problème de racisme systémique et de profilage racial ... Il faut être capable de nommer le problème ... pour améliorer les relations avec la communauté noire », a fait valoir la conseillère municipale du district de Limoilou.

Enquête en déontologie

En fin de journée, lundi, le Commissaire à la déontologie policière a confirmé qu’il avait été saisi d’une plainte à la suite de l’intervention du SPVQ. Au terme d’un examen préliminaire de la plainte, le Commissaire sera appelé à acheminer le dossier en conciliation, à décréter une enquête ou à clore le dossier.



En entrevue à l’émission Le 15-18, le commissaire Marc-André Dowd a indiqué qu’en raison de la gravité des gestes reprochés aux policiers, la plainte avait de bonnes chances de faire l’objet d’une enquête « en bonne et due forme ».

« On va collecter toute la preuve disponible ... et à la suite de l’analyse de cette preuve-là, un rapport sera préparé et là, je vais devoir décider, comme commissaire, si la preuve recueillie durant l’enquête est suffisante pour citer un ou des policiers devant le comité de déontologie policière », a expliqué M. Dowd.

François Legault s'est dit « troublé » par les images de l'intervention des policiers de Québec. Source: Radio-Canada
François Legault s'est dit « troublé » par les images de l'intervention des policiers de Québec. Source: Radio-Canada
Invité à commenter le dossier, le premier ministre François Legault s’est engagé lundi soir à prendre les mesures nécessaires pour que toute la lumière soit faite sur l’intervention du SPVQ.

« Comme beaucoup de Québécois, j’ai regardé la vidéo puis ça m’a troublé et je veux qu’on aille au fond des choses. Donc, si on est capable de le faire avec une enquête qui vient de l’interne, on fera comme ça. Si c’est nécessaire d’aller plus loin, on ira plus loin », a prévenu le chef du gouvernement.