Question

Bonjour,
Peut-on commencer une carrière d'avocat au Québec même après 40 ans et obtenir du succès?
Merci

Réponse

En théorie, il est possible d’obtenir du succès quelque soit l’âge à laquelle on débute. En pratique, je vous répondrai que les chances sont minces que vos efforts soient couronnés de succès.

Logiquement, les employeurs pourraient voir plusieurs avantages à embaucher un candidat ayant une expérience préalable étendue sur le marché du travail ; une maturité que ne possèdent pas les jeunes avocats, un raisonnement pratique et non simplement théorique, la capacité d’appliquer les enseignements reçus plus efficacement, des aptitudes héritées de la première carrière pouvant être transposées à la pratique du droit, etc.

Cependant, la réalité est autre. Tout est affaire de hiérarchie en cabinet. Les associés seniors délèguent aux associés plus juniors. Ceux-ci font de même avec les avocats salariés seniors qui eux ont une équipe de juniors et de stagiaires. Cette hiérarchie pourrait devenir inconfortable si un stagiaire ou un avocat junior était passablement plus âgé que son donneur d’ouvrage.

De plus, un employeur préfèrera souvent embaucher une personne sans « mauvais plis », quelqu’un qui pourra être formé selon les moules du milieu juridique et du cabinet car ne nous leurrons pas, le milieu juridique est un monde en soi.

Un nouvel avocat doit de plus atteindre ses objectifs de facturation. Un employeur aura tendance, à tort ou a raison, à présumer qu’un avocat plus jeune aura plus à prouver et sera donc plus enclin à « faire les heures ». Aussi, une personne plus jeune aura fréquemment moins de responsabilités familiales et personnelles et pourra donc se concentrer davantage sur l’aspect professionnel de sa vie.

Finalement, il y a la question de la rémunération. Les cabinets d’avocats ont établi des échelles salariales assez strictes de manière à éviter toute iniquité, à tout le moins pour ce qui est de la rémunération des avocats juniors. Il pourrait être un quelque peu délicat de rémunérer une personne de 40 ans avec plus ou moins 15 ans d’expérience sur le marché du travail et l’avocat de 23 qui n’en possède aucune.

Toutes ces raisons pourraient créer certaines tensions ou frustrations, que ce soit du côté de l’employé ou de l’employeur, ce qui nuirait à l’efficacité et la productivité au sein du cabinet. Les employeurs auront alors tendance à se tourner vers les candidatures plus « standard »…

Au plaisir.

Jean-François Théorêt


La Question Carrière

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