Marie-Claude Girard, l’auteure des cet article. Source : Site web de RPL
Marie-Claude Girard, l’auteure des cet article. Source : Site web de RPL
L’importance que la nation québécoise accorde à l’égalité entre les femmes et les hommes est l’un des motifs de la Loi sur la laïcité de l’État (« loi 21 »). L’égalité de tous les citoyens et citoyennes fait d’ailleurs partie des principes sur lesquels repose la loi.

Or, les signes religieux sont, à quelques exceptions près, résolument différenciés pour les femmes et pour les hommes et chacun d’entre eux véhicule un statut social, des valeurs, des rôles et des responsabilités distinctes, ce qui exacerbe leur caractère sexiste.

Ainsi, en interdisant l’affichage de signes religieux par les employés de l’État en position d’autorité, la loi 21 s’assure de ne pas promouvoir des signes sexistes, contraires à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Cette vision reflète l’approche féministe universaliste, qui fait habituellement référence à l’égalité réelle entre les femmes (de toutes origines ou conditions) et les hommes. Les « féministes universalistes » s’opposent ainsi à un enfermement dans une catégorie culturelle ou religieuse qui limiterait l’accès à l’émancipation dont peuvent jouir les autres femmes.

C’est le cas, par exemple, de la Canadienne Yasmine Mohammed (auteure de Unveiled : How Western Liberals Empower Radical Islam) et de la Française Rachel Khan (auteure de Racée et lauréate du Prix de la laïcité 2021 du Comité Laïcité République) qui refusent un cloisonnement religieux, culturel ou racial qui, de fait, mine l’accès aux droits universels.

Selon elles, la prise en compte de la culture ou de la religion, lorsqu’il est question des droits des femmes, entraîne l’enfermement de certaines femmes dans un patriarcat religieux, contraire à l’égalité entre les sexes.

Disparité du port de signes religieux entre les sexes

Certaines féministes intersectionnelles, qui tiennent en compte les particularités de toutes les femmes et défendent les choix de chacune, arguent que la loi 21 « pénalise » davantage les femmes que les hommes. Or, c’est plutôt la disparité du port de signes religieux entre les sexes, inhérents aux différentes religions, qui fait en sorte que la loi pourrait avoir un impact différent sur les femmes ou sur les hommes.

Dans la religion musulmane, par exemple, ce sont les femmes qui portent davantage de signes religieux visibles (le hijab, par exemple). Or, ce n’est pas la loi qui discrimine, mais les exigences religieuses sexistes.

Rappelons qu’en adhérant à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes⁠1, le Québec s’est engagé à mettre des mesures en place pour atteindre une égalité de fait entre les femmes et les hommes. Or, le sexisme ordinaire⁠2, soit la banalisation d’attitudes, de comportements ou de symboles qui renforcent des stéréotypes ou infériorisent les femmes est aussi une forme de discrimination à éliminer.

Bien entendu, ce n’est pas le rôle de l’État de réguler les pratiques religieuses sexistes. C’est néanmoins son devoir de veiller à ce que ses institutions soient exemptes de sexisme, puisque contraire à l’atteinte de l’égalité de fait entre les femmes et les hommes.

En ce sens, la Loi sur la laïcité de l’État, qui interdit le port de signes religieux par les employés de l’État en position d’autorité, est résolument une loi féministe !

À propos de l’auteure

Marie-Claude Girard est une retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne.