Frédérique Dumas-Joyal. Source: Instagram
Frédérique Dumas-Joyal. Source: Instagram
Vivre un enfer ; sans doute est-ce le sentiment qu’éprouve la diplômée de l’Université Laval, Frédérique Dumas-Joyal, elle qui était jusqu’à récemment une relative inconnue.

Mme Dumas-Joyal est empêtrée dans la polémique de la semaine. Elle est associée aux « Ostrogoths » – pas l’insulte du Capitaine Haddock ni de cette peuplade de la Germanie ancienne – mais bien ce groupe d’« influenceurs » et de participants de téléréalité dénoncé par le premier ministre Justin Trudeau.

Résultat ? Frédérique Dumas-Joyal est maintenant une finissante de l’École du Barreau dans l’embarras. Et une ex-employée de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Elle a été exposée par une story Instagram de la mannequin Rachel Cantin, qui confirme sa présence sur les planches d’un certain hôtel de Tulum, au Mexique, dans le cadre du voyage organisé par le 111 Private Club.

Impossible de juger à distance de sa conduite générale. Disons seulement qu’une vidéo de quelques secondes la montre affublée d'un string au visage. On entend au passage siffler les mots « una piña colada ».

Le porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge, confirme à Droit-inc que Mme Dumas-Joyal a été congédiée. « L’Autorité a appris avec stupéfaction les faits entourant l’une de ses employés. Nous nous dissocions complètement des agissements de cette dernière et déplorons les événements survenus », nous écrit-il.

Questionné à savoir pourquoi l’organisation opte pour un congédiement plutôt que d’autres sanctions, comme une suspension, M. Théberge se contente de préciser que l’étudiante a été congédiée.

L’AMF ajoute qu’elle ne fera « aucun autre commentaire ».

Pas une avocate

Frédérique Dumas-Joyal défraie la chronique de la page OD Scoop depuis maintenant une semaine. Le compte Instagram – administré anonymement par un jeune homme de 33 ans – révèle une panoplie d’informations considérées comme juteuses sur le périple des « influenceurs » à Cancún.

Une fois l’Internet conquis, les médias ont repris les captures d’écran et stories avec pour effet de médiatiser les bévues du groupe de voyageurs – en même temps que de générer, chez certains spectateurs, un sentiment de Schadenfreude.

C’est une autre page Instagram, cette fois nommée Drama Qc – elle aussi administrée anonymement –, qui nous a mis la puce à l’oreille sur les projets de carrière de Frédérique Dumas-Joyal.

Celle qui comptait 6 761 abonnés sur le réseau Instagram avant de suspendre son compte se décrivait comme une « avocate ». Difficile de savoir pendant combien de temps elle s’est attribué ce titre puisque nos demandes d’entrevue sont restées sans réponse.

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Après vérification, Droit-inc constate qu’elle ne figure pas au Bottin des avocats ni au Tableau de l’Ordre du Barreau.

C’est ce que confirme le Barreau du Québec par courriel. « Nous vous confirmons que madame Frédérique Dumas-Joyal ne figure pas au Tableau de l’Ordre du Barreau du Québec. // Comme ordre professionnel, le Barreau du Québec applique son devoir de protection du public en exerçant sa mission de surveillance de la profession en tout temps et en s’assurant que la profession d’avocat soit exercée par des membres en règle au Tableau de l’Ordre. »

Notons que la loi interdit de s’attribuer le titre d’avocat ou encore de « laisser croire » que nous sommes en droit d’exercer la profession d’avocat.

Publication ambiguë

Une publication Facebook du Barreau de Québec a soulevé des questions dans la salle de rédaction de Droit-inc puisqu’elle conférait le titre de maître à Frédérique Dumas-Joyal.

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La publication en question, qui date du 1er décembre dernier, annonçait l’assermentation de nouveaux avocats. « Me » Frédérique Dumas-Joyal était du lot.

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« Était », car la publication a été modifiée hier soir à 23h12, deux heures après un courriel de Droit-inc à la salle de presse du Barreau : la photo et les références à « Me » Dumas-Joyal sont maintenant retirées.

Les aspirants avocats, pour être admis dans la profession, doivent compléter plusieurs étapes : réussir leur stage du Barreau, prêter serment et payer leur cotisation de membre.

Mme Dumas-Joyal semble s'être arrêtée à l'étape de l'assermentation. Elle est au minimum une diplômée de l’École du Barreau. Elle se décrit elle-même comme une étudiante à l’École du Barreau de Québec sur son profil LinkedIn.

Après vérification, Droit-inc confirme que treize des quatorze personnes mentionnées dans la publication du Barreau de Québec sont inscrites au Bottin des avocats.

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Le Barreau indique, dans sa réponse écrite à Droit-inc, suivre « (...) de près le déroulement des événements et de ses répercussions potentielles. Le cas échéant, il agira en vertu du champ de ses compétences.

Un courtier suspendu

Le courtier immobilier Karl Bernard a été suspendu par son employeur, Sutton Québec, pour avoir participé à la fête sur le vol de Sunwing, révèle Le Journal de Montréal. Le quotidien a aussi annoncé en premier le congédiement de Mme Dumas-Joyal.

Il est utile de noter que l’organisateur du voyage, James William Awad, aussi surnommé « Senior », a été sanctionné d’une mise en garde de l’AMF en 2015. Le jeune homme, qui s’appelait à l’époque Kevin Awad, a écopé d’une amende de 2000 $ pour avoir exercé illégalement l’activité de courtier en valeurs mobilières. Il a changé de nom le 30 juillet 2019, comme le confirment les archives du Directeur de l’état civil du Québec.

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M. Awad aurait affirmé sur un forum infiltré par OD Scoop et Drama Qc qu’il n’acceptera jamais le congédiement ou la suspension de ses membres.

« Préparer vous (sic) pour les contre attaque (sic). On acceptera (sic) jamais qu’un membre perde sa job pour avoir voyager (sic) ! », sans préciser s’il réfère à Mme Dumas-Joyal, à M. Bernard ou à chacun d’eux, et sans préciser ce qu'il entend par « contre-attaque ».