Je m’explique. Intriguée par la société lavalloise dont tout le monde parle en ce moment en matière de formation continue et fourniture de services de gestion professionnelle, j’avais contacté Me Gilles Thibault, président d’Edilex. La routine journalistique en quelque sorte.

Mais voilà. Quand on prend rendez-vous avec cet avocat, on rencontre également Denise Trottier, sa conjointe depuis trente ans. Et instantanément, on comprend qu’Edilex, c’est l’histoire de leur vie.

En 1979, Denise est administrative chez la Société d’investissement Desjardins et veut retourner aux études. Mais elle se trouve à remplacer une amie au cabinet de Gilles.

Me Gilles Thibault, 28 ans à l’époque, est un avocat solitaire qui croit dur comme fer que le modèle traditionnel des cabinets d’avocats doit être amélioré.

« Je venais d’une famille d’entrepreneurs et en intégrant la profession d’avocat, j’ai été stupéfait par son coté artisanal, dit-il. Moi, j’étais habitué à vendre des produits, là, je devais vendre des heures qui seraient facturées, qu’elles soient ou non efficaces. »

Pour lui, c’est impensable. Alors il essaye d’adapter un cabinet qui fonctionnerait sur un modèle de développement industriel.

« J’ai commencé à travailler sur mes infrastructures de production. J’ai donc développé des modèles, à commencer pas des modèles de conventions d’actionnaires et je suis allé les proposer aux assureurs et aux comptables agrées. »

Peu à peu, l’avocat développe sa clientèle et se retrouve à embaucher Denise.

La jeune femme de 24 ans est aussitôt embarquée dans le projet de Me Thibaut et s’y consacre au-delà du raisonnable.

« J’ai structuré les modèles en m’inspirant des règles de présentations apprises à l’Académie St-Anne et ensuite fait du vrai copier-coller, avec mon Exacto et ma colle LePage », dit-elle.

En 1980, l’adjointe a réalisé quatre-vingts cartables de modèles d’actes. Elle veut encore aller plus loin et demande à son patron d’investir dans l’informatique quand IBM sort son premier ordinateur, le Système 6.

« J’ai utilisé la machine au maximum de ses capacités, au point de tenir quelques mois la hot line d’IBM. »

Denise est si compétente que Me Thibault, ainsi qu’elle l’appelle encore, l’incite à reprendre ses études.

« Ce n’était pas juste, ni à la hauteur de ses habiletés de la garder », dit-il.

Pas besoin de l’écrire, la suite vous l’avez comprise. Denise ne va pas laisser tomber l’avocat, qu’elle va désormais appeler Gilles.

Devenu un couple parents de petits enfants, Denise et Gilles continuent à travailler ensemble et à chercher dans l’informatique tout ce qui améliore la pratique du droit.

« Quand mes enfants sont nés, j’ai été tiraillée, dit-elle. Jamais je n’ai voulu que le bien de mes enfants soit mis en péril et je m’en suis sortie au prix d’une organisation et d’une discipline sans faille. »

Pour Denise, la solution passe un temps par le travail à la maison, faisant du cabinet de son conjoint le premier cabinet d’avocats en réseau.

Edilex va naître en 1992. Au début, l’entreprise c’est un livre de modèles divisé en seize chapitres qui définissent la vie d’une société. Le livre papier devient vite un livre informatique en 1994. Le premier également au Québec.

« Il a fallu que je trouve un médium, les CD Rom. Ils ne s’achetaient à l’époque qu’aux États-Unis et un seul endroit était capable de les graver à Montréal, dit-elle. Il fallait également travailler sous Acrobat, ce qui était nouveau. Pour mener à bien le projet de livre informatique, j’ai donc acheté un manuel d’utilisation et en une fin de semaine, j’ai encodé et programmé 22 000 hyperliens. »

Avec de telles réalisations, le fait qu’Edilex devienne en 1996 une des premières sociétés à avoir un site internet, qui devient un site marchand dès 2000 semble presque normal, pour poursuivre sa route jusqu’aujourd’hui.

Leur dernier né c’est un outil très prometteur pour gagner du temps data room. Qu’est-ce que c’est ? Je ne vais quand même pas tout vous révéler en une seule fois !

« J’ai toujours eu comme leitmotiv d’aider les gens à mieux travailler et à améliorer leur productivité. Cette recherche nous guide encore aujourd’hui Gilles et moi », dit-elle.

Les deux conjoints ont maintenant embarqué dans l’aventure fils, belle-fille et voisin. Tout un petit monde réparti partout au Canada et aux États-Unis...pas mal pour une success story à la québécoise.

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