Question

Bonjour Caroline,

J'ai travaillé 5 ans en grand bureau. J'ai aujourd'hui envie de prendre un an sabbatique pour voyager voire m'engager dans l'humanitaire. Est-ce un peu ou beaucoup risqué, ou complètement suicidaire ?

Réponse

Bonjour Cher lecteur,

Quel beau projet! Je suis certaine que votre question rejoint plusieurs lecteurs qui, eux aussi, ont une envie secrète de prendre une sabbatique...

C'est difficile de mesurer l'impact d'un tel projet sans avoir en main tous les détails quant à votre profil ni savoir quelles sont vos aspirations professionnelles.

Ces détails sont importants pour déterminer si votre projet est: un peu ou beaucoup risqué, ou complètement suicidaire comme vous le dites.

Pour répondre d'avance à mes détracteurs habituels, il ne s'agit pas d'une tactique pour éviter de répondre à la question, ces éléments sont bel et bien importants...

Vous avez 5 ans d'expérience, mais en quoi?

Par exemple, vous travaillez dans un secteur où il y a pénurie d'avocats spécialisés de votre niveau d'expérience.

Vous annoncez à votre cabinet que vous souhaitez quitter pour une période de quelques mois, voire même de 1 an.

Que se passera-t-il alors?

Beaucoup de cabinets vont vous proposer de revenir au bureau.

On organisera le travail et on gérera la situation comme on le fait dans les cas d'absence pour "prêt de services", maîtrise ou congé de maternité.

Par contre, il y a des risques: plus la durée de votre absence est longue et plus la quantité de travail est critique, plus grandes sont les chances qu'on tente de vous remplacer ne pouvant pas attendre jusqu'à votre retour.

Consolation: on ne vous trouvera pas un remplaçant si facilement puisque vous travaillez dans un secteur où il y a pénurie de ressources.

Le risque est mince.

Également, malgré la bonne intention initiale de votre cabinet de vous réembaucher, il peut y avoir une baisse de travail changeant le plan de match en votre absence.

On ne pourra pas vous reprendre tel que prévu.

Dites-vous que la baisse de travail aurait eu lieu de toute façon, en votre présence ou non, et que votre emploi aurait pu disparaître malgré tout.

Aussi, il y a les préjugés, disons-le, et certains bureaux prendront mal qu'on les laisse tomber "pour aller se la couler douce" pendant un an.

Ils ne vous proposeront pas de revenir au bureau.

Tant pis pour eux, vous avez toujours l'option d'aller travailler ailleurs.

Autre exemple, à l'autre bout du spectre: vous travaillez dans un secteur où il y a peu de demande, le travail se fait rare, il y a des mises à pied, et vous quittez pour 1 an.

Que se passera-t-il?

Votre bureau actuel ne tentera pas de vous retenir - vous leur rendez peut-être service.

Ils ne vous laisseront pas miroiter non plus qu'ils pourront vous reprendre à votre retour.

La baisse de travail dans ce secteur peut être permanente, par exemple le type de travail que vous faites ne se fait plus à partir de Montréal; dans ce cas, il sera difficile trouver du travail à votre retour, mais pas impossible.

Si la baisse de travail est temporaire, par exemple à cause de la récession, il se peut qu'à votre retour les choses aillent mieux et qu'il y ait une demande pour votre profil, que ce soit chez votre ancien employeur ou ailleurs.

Qu'en est-il de vos aspirations professionnelles?

Souhaitez-vous rester en grand bureau?

Si à votre retour, il est difficile de trouver du travail dans les grands bureaux, pourquoi ne pas considérer "les autres bureaux" où l'on retrouve également qualité de gens et de dossiers?

La vie ne s'arrête pas aux "grands bureaux".

Souhaitez-vous travailler en contentieux à votre retour?

Votre sabbatique aura peu ou pas d'impact négatif sur une carrière future en contentieux.

Sans allez jusqu'à dire qu'une sabbatique vous ouvrira des portes, si vous possédez l'expérience et les qualités requises, un contentieux vous considérera au même titre que les autres pour le poste convoité.

Peut-être qu'à votre retour, vous souhaiterez considérer les opportunités en milieu coopératif, ou même les options non-traditionnelles en droit? Qui sait.

Je vous dirais que plus le temps avance, plus il sera difficile de prendre une sabbatique tout en voulant limiter les "dégâts".

C'est beaucoup plus facile après 5 ans d'expérience que 8 ans, 12 ans ou même 20 ans.

En conclusion, si vous souhaitez le faire à tout prix, c'est maintenant ou jamais !

Au plaisir.

Caroline Haney


La Question Carrière

Chaque semaine, tour à tour, les recruteurs juridiques Caroline Haney et Jean-François Théorêt répondent à une question posée par vous chers lecteurs.

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