S'il ne préside plus aujourd'hui à la destinée de Fasken Martineau, Louis Bernier n'en demeure pas moins un des piliers.

1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir une autre profession ?

À l’adolescence, j’étais passionné de politique et d’économie. Puis, vers seize ou dix-sept ans, j’ai lu « Traité de droit constitutionnel », un ouvrage écrit par un grand politologue français du nom de Maurice Duverger. C’est un livre qui décrit les quatre grands systèmes politiques qui existaient à l’époque dans le monde, que j’ai trouvé vraiment fascinant et qui m’a décidé à aller vers la politique. Puis, assez rapidement, je me suis rendu compte que pour faire de la politique, je devais probablement d’abord passer par le droit, les deux milieux étant intimement liés. De là, donc, ma décision !

J’ai ensuite fait une maîtrise en droit public. Le droit constitutionnel et le droit public étaient des matières que je trouvais très intéressantes, et j’en suis finalement venu au droit du travail, qui comprend des aspects statutaires, civils et pénaux, mais qui est aussi avant toute chose une forme de droit public.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Mon plus grand défi professionnel n’a pas en soi trait aux dossiers sur lesquels j’ai travaillés, bien que plusieurs aient été fort intéressants. Mon plus grand défi remonte plutôt à l’époque où j’ai été élu associé-directeur des bureaux de Montréal et Québec, qui totalisaient alors 130 avocats. Le cabinet avait à ce moment une association et une entente de référencement de clients avec Fasken, Campbell, Godfrey. Nous opérions également un bureau à Londres, ayant en 1986 été les premiers canadiens à ouvrir un bureau en sol britannique.

Le plus grand défi de Me Bernier a été dirigé le cabinet qui comptait à l'époque 130 avocats
Le plus grand défi de Me Bernier a été dirigé le cabinet qui comptait à l'époque 130 avocats
Suite à un lac-à-l’épaule tenu au Club St-Denis en mai 1997 et à des discussions sur l’avenir et la vision du cabinet, nous en sommes venus à la conclusion que nous devions devenir un véritable cabinet national. Mon plus grand défi a été celui de réussir, avec l’appui de d’autres évidemment, à convaincre les avocats de croire en ce projet. Il a fallu plus d’un an, soit entre mai 1997 et novembre 1999, pour parvenir à établir le consensus et obtenir l’accord des associés, qui comptaient environ 60-65 personnes. Il fallait absolument que notre vision soit partagée, et que tous, ultimement, y adhèrent. Les gens avaient toutes sortes de craintes et d’hésitations, dont plusieurs forts légitimes, auxquelles il fallait répondre. Nous avons alors ouvert les négociations avec ce qui est aujourd’hui notre cabinet de Toronto, et peu de temps après, ouvert une deuxième vague de pourparlers avec ce qui est devenu notre bureau de Vancouver.

3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il ?

Ce qui me manque le plus aujourd’hui et que l’on fait lorsque l’on agit à titre de gestionnaire, c’est de devoir voir les choses dans leur ensemble, et de s’assurer de très bien comprendre le marché des services juridiques, les grandes tendances économiques & financières, les secteurs de pointe, etc.

C’est cet aspect des choses qui m’a manqué lorsque que je suis retourné à la pratique en 2006, après avoir terminé mon mandat comme associé-directeur national. J’ai alors réalisé, par comparaison, jusqu’à quel point nous sommes, quand nous travaillons en pratique privée et dans de grands cabinets, souvent utilisés pour certains aspects très pointus de dossiers, selon nos champs de spécialisation respectifs. C’est bien sûr dans l’ordre des choses que les clients utilisent les avocats pour des besoins bien précis, notamment compte tenu des coûts élevés.

Cela dit, dans un monde idéal – et peut-être est-il utopique de le penser! -, je crois qu’il serait bénéfique que l’avocat de pratique privée soit encore davantage associé aux affaires de ses clients dans leur ensemble. On fait souvent appel à nous trop tard; les avocats souffrent donc en quelque sorte d’un manque de capacité à être proche des affaires et enjeux de leurs clients, et par ricochet d’une difficulté à les aider autant qu’ils pourraient pourtant le faire. Intervenir plus tôt permet par ailleurs dans bien des cas de prévenir les problèmes.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis ?

Je crois que, de façon générale, nous sommes mieux perçus aujourd’hui, et que la qualité des services, de façon générale, a augmenté. Nous sommes aussi mieux informés et plus spécialisés, et il va sans dire que cela aide considérablement.

Je crois aussi que la société est devenue plus complexe, et que le citoyen moyen, tant à titre d’individu que d’employé d’une organisation corporative, a beaucoup plus d’occasions d’être confronté à un environnement de travail qui implique un tribunal de droit commun. Les citoyens ont beaucoup plus l’occasion d’être mis en contact avec un environnement réglementaire, législatif ou juridique mettant en cause les avocats. Et ce contact fréquent fait en sorte que les avocats sont davantage perçus comme des agents utiles dans la vie quotidienne des individus.

Le métier d’avocat, il y a trente-cinq ou quarante ans, était un peu mythique: l’avocat était considéré comme étant au-dessus de la mêlée, avec sa toge et les plaidoiries devant les tribunaux de droit commun. Aujourd’hui, par exemple en droit de travail, on fait des auditions devant toutes sortes d’organismes et commissions, ce qui fait que les gens ont plusieurs occasions d’être mis en contact avec le milieu juridique. Et je crois que l’effet est positif.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et souhaitant devenir ou avocat de pratique privée, ou gestionnaire comme vous l’avez été ?

Je crois qu’il est important de faire des études supérieures, ou encore de se doter d’une double formation. Cela rend l’individu plus complet et élargit les horizons. La réponse vaut tant pour ceux qui souhaitent devenir avocats que ceux qui cherchent à devenir gestionnaires.

Quant aux qualités à développer, je nommerais la rigueur, la discipline et la créativité. Les avocats qui se démarquent sont ceux qui sont capables de dire à un client : « voici le droit », mais aussi « voici la solution ». Ce que je dis peut sembler banal, mais c’est tellement important. Nous transigeons aujourd’hui avec des clients très sophistiqués; nous faisons souvent affaires avec des conseillers juridiques d’entreprise qui en savent tout autant que nous. Ce qu’ils recherchent, c’est l’accès à une expertise très pointue et à une vision extérieure qui soit détachée des choses. À l’époque, un avocat était un personnage qui avait raison et qui disait quoi faire. Les choses ont changé : ce qu’on requiert de nous est de suggérer un plan A et un plan B, de faire état des plus et des moins, des risques, etc.

Et, peu importe que le jeune décide d’opter pour une carrière d’avocat au sens traditionnel du terme ou pour une carrière de gestionnaire, il doit se trouver un mentor. Il s’agit d’une règle de base que de compter près de soi une personne qui a du métier et qui sait nous guider.

En vrac…

Derniers bons livres qu’il a lus : « Delizia ! Une histoire culinaire de l’Italie » Auteur : John Dickie et « Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle » Auteur : Geert Mak.

Dernier bon film qu’il a vu : « Incendies » Réalisateur : Denis Villeneuve

Restaurant préféré : Européa (rue de la Montagne)

Voyages : L’Italie est un coup de cœur pour lui; il a aussi beaucoup aimé la Turquie.

S’il n’était pas avocat, il serait… probablement reporter international ou correspondant pour couvrir les élections, les crises politiques et l’actualité !

Biographie

Me Louis Bernier se spécialise dans les domaines du droit de l'emploi et du droit du travail. Il agit donc comme conseiller juridique sur toutes les questions en matière d'emploi, y compris les contrats de travail, les conventions collectives, les normes du travail, les mécanismes de résolution de différends, la concurrence déloyale et la rémunération des hauts dirigeants. M. Bernier a également acquis une vaste expérience dans tous les aspects reliés à l'organisation du travail et à la gestion des opérations, y compris à l'occasion de restructurations, de transactions de sous-traitance, de ventes et de fusions. Il conseille fréquemment les administrateurs et dirigeants d'entreprises à propos de questions stratégiques, incluant des questions d'éthique, de déontologie et de gouvernance. M. Bernier est souvent appelé à agir devant différents organismes et tribunaux, et ce, tant dans les champs de juridiction provinciale que fédérale. Il agit également dans des dossiers portant sur les droits de la personne et la protection des renseignements personnels.
M. Bernier a également occupé au cours des dernières années diverses fonctions de gestion au sein de son cabinet, dont les suivantes :
  • président du Conseil des associés de Fasken Martineau de 2006 à 2009
  • associé-directeur national de Fasken Martineau de 2003 à 2006
  • membre du Comité exécutif national de Fasken Martineau de 2000 à 2003
  • associé-directeur des bureaux de Québec et de Montréal de 2000 à 2003
  • associé-directeur de Martineau Walker de 1996 à 2000
  • membre du Conseil d'administration de Martineau Walker de 1994 à 2003
Louis P. Bernier fait régulièrement des présentations et agit comme président de conférence sur différents sujets, incluant le harcèlement psychologique en milieu de travail, l'obligation d'accommodement, l'évolution des relations patronales syndicales, la gestion de la cessation d'emploi d'un employé cadre, la protection des renseignements personnels ainsi que les développements récents en droit de l'emploi et du travail. Il collabore à cet effet avec de nombreuses organisations, y compris l'Association canadienne des avocats d'employeurs. Me Bernier est présentement président du conseil d’administration de la Fédération des chambres de commerce du Québec.