Le sénateur a tenu ces propos lundi en entrevue à La Presse Canadienne après avoir été invité à répliquer à une lettre du directeur général du Barreau, Claude Provencher.

Celui-ci avait adressé sa missive au sénateur en fin de semaine pour rectifier certains propos tenus par le sénateur lors de son passage à l'émission radio matinale de Radio-Canada.

Selon le Barreau, M. Boisvenu aurait soutenu que les interventions de l'association professionnelle dans le cadre de l'étude du projet de loi omnibus sur la justice criminelle C-10 étaient motivées par des intérêts corporatistes. Il aurait aussi remis en question l'expertise du Barreau puisque, selon le sénateur, 80 pour cent de ses membres sont des criminalistes qui s'opposent forcément aux projets de loi qui affectent leur clientèle.

Le ministre de la Justice Rob Nicholson ne pouvant parler français, M. Boisvenu se trouve à être le porte-parole du gouvernement conservateur pour la plupart des projets de loi en matière de crime et de justice. Son expérience à titre de fondateur de l'Association des familles des personnes assassinées ou disparues n'est évidemment pas étrangère à ce rôle donné par le gouvernement.

Selon le sénateur Boisvenu, on l'attaque parce qu'il est conservateur
Selon le sénateur Boisvenu, on l'attaque parce qu'il est conservateur
Mais le sénateur s'est attiré les foudres de plusieurs depuis sa nomination au Sénat par Stephen Harper, notamment après avoir dit que le Québec était "soft on crime" (mou avec les criminels). Lundi, le sénateur a dit maintenir ce commentaire.

Il affirme que ceux qui le critiquent tirent sur le messager et non pas sur le message, une situation regrettable qui occulte le débat sur le contenu de C-10.

"Il y a quelque chose de plus ou moins sain ici. On est en train de personnaliser le débat autour de Pierre-Hugues Boisvenu alors que c'est un projet de loi du Parti conservateur, mais qui est aussi partagé par des milliers de victimes au Canada", a-t-il dit.

Il a affirmé que le Barreau se prononce contre les projets de loi qui visent à assurer la sécurité du public.

"Leur prise de position m'influence très peu", a-t-il dit en entrevue.

"Le Barreau rejette du revers de la main tout ce qui est contenu dans C-10", a-t-il déclaré, ajoutant que lorsque l'association professionnelle des avocats prend position, c'est pour s'assurer que les lois soient les moins sévères possibles pour les criminels.

Le sénateur n'a cependant pu confirmer s'il avait lu le mémoire du Barreau sur C-10 avant de faire ses déclarations, puisqu'une cinquantaine d'entre eux ont été déposés au Parlement. Pour connaître la position du Barreau, il dit s'être fié aux propos tenus publiquement par ses membres, ainsi qu'aux rapports des médias.

Le projet de loi C-10, surnommé "Projet de loi sur la sécurité des rues et des collectivités", prévoit notamment des peines de prison plus sévères pour les trafiquants de drogue et pour ceux qui commettent des agressions sexuelles sur des enfants. Il inclut aussi des périodes d'incarcération plus longues pour les jeunes contrevenants violents.

Le sénateur Boisvenu a expliqué que sans nier l'expérience du Barreau, il ne veut pas que celui-ci nie celle des associations de victimes. Quant à ses propres paroles dénoncées par le Barreau, il a expliqué qu'il voulait signifier que la plupart des avocats oeuvrent dans d'autres domaines que le droit criminel et que même les criminalistes n'ont pas beaucoup d'expérience de travail auprès des victimes.

Il s'étonne qu'on lui reproche seulement aujourd'hui ses prises de position dures envers les criminels, des propos qu'il dit tenir depuis 2002. Il attribue cette situation au fait qu'il soit un porte-parole pour le Parti conservateur.

"On ne s'attaque pas à Boisvenu, le défenseur des victimes d'actes criminels, on s'attaque à Pierre Boisvenu, sénateur conservateur", a-t-il laissé tomber.

"On m'attaque parce que je suis conservateur. J'en suis convaincu".

Il estime que c'est le cas parce que les attaques contre lui sont ciblées et personnelles.

"J'ai l'impression que tout ce que les conservateurs ont présenté dans le domaine judiciaire est une fin de non-recevoir au Québec."

Sans aller jusqu'à prétendre que le gouvernement du Québec _ qui réclame avec beaucoup de vigueur des amendements à C-10 _ a une dent contre le gouvernement conservateur, il a indiqué "que ça n'a pas été un lit d'amoureux entre les deux gouvernements depuis des années".

Il maintient avoir le soutien des victimes et des citoyens _ qui lui envoient des courriels approbateurs _ pour toutes les modifications souhaitées par le gouvernement au Code criminel.