Un cabinet boutique pour muscler les grands projets

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Sonia Semere

Sonia Semere

2026-02-19 14:15:31

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Après dix ans au cœur des mégaprojets, un avocat lance son cabinet pour transformer le juridique en outil stratégique plutôt qu’en centre de coûts. Rencontre…


Xavier Lafontaine - source : LinkedIn


Après dix années passées au sein de l’entreprise en construction EBC, Xavier Lafontaine amorce un nouveau chapitre de sa carrière en lançant son propre cabinet-boutique.

L’avocat, qui a également exercé chez De Grandpré Chait et Clyde & Co, souhaite aujourd’hui mettre à profit ce double parcours, en pratique privée et en entreprise, afin de proposer une approche alternative résolument axée sur la performance.

Fort d’une expérience acquise au cœur de grands projets d’infrastructure, il entend offrir un accompagnement stratégique adapté à la réalité opérationnelle des entrepreneurs. Côté honoraires, l’avocat propose un taux unique et stable de 350 dollars l’heure, avant rabais.

Son ambition est claire : contribuer à transformer le département juridique, souvent perçu comme un centre de coûts, en véritable levier de performance pour les acteurs de l’industrie des infrastructures.

Comment compte-t-il se démarquer dans un marché hautement concurrentiel? Quels services entend-il privilégier? On lui a posé quelques questions…

Après dix années chez EBC, pourquoi était-ce le bon moment pour lancer votre propre cabinet?

Ce n’était ni un coup de tête ni une opportunité imprévue. Il s’agissait plutôt de l’évolution logique de ma carrière. Après dix ans à progresser au sein d’EBC, j’ai ressenti le besoin de relever de nouveaux défis. J’avais développé une expertise très approfondie en droit de la construction, mais je sentais que je pouvais contribuer davantage à l’industrie en accompagnant plusieurs acteurs plutôt qu’un seul.

Quel bilan tirez-vous de ces dix années au sein de l’entreprise?

EBC est l’un des plus importants entrepreneurs en construction au pays et participe à certains des plus grands projets d’infrastructure. Durant mon passage, j’ai eu le privilège d’être exposé à des mandats d’envergure et à des enjeux stratégiques majeurs.

À mon arrivée, j’étais principalement un avocat de litige. Au fil des années, j’ai élargi mon champ de compétences vers le droit contractuel, la gouvernance, la conformité et même certains aspects de la finance d’entreprise.

J’ai également évolué vers un rôle de gestionnaire. L’entreprise a plus que doublé de taille pendant ces années, et l’industrie elle-même s’est transformée de façon spectaculaire. Nous avons aussi vu émerger de nouveaux modes contractuels collaboratifs qui modifient profondément la gestion des risques et les relations entre partenaires.

Vous mentionnez vouloir diversifier votre pratique. Vers quoi souhaitez-vous vous orienter?

Je compare souvent cela aux relations humaines. Travailler pendant dix ans avec un seul client permet d’en comprendre toutes les nuances, mais la diversité enrichit la perspective. Mon créneau naturel demeure les entrepreneurs généraux et spécialisés, car je connais intimement leur réalité.

Toutefois, je souhaite intervenir avec un regard plus stratégique et plus objectif, en accompagnant différents acteurs de l’industrie. Lorsque l’on travaille à l’interne, on défend nécessairement les intérêts d’une seule organisation. En pratique externe, il est possible d’apporter un recul différent, tout en demeurant pleinement engagé envers le client.

Comment comptez-vous vous distinguer dans un marché où il existe déjà de nombreux avocats spécialisés en construction?

Il y a effectivement d’excellents avocats en droit de la construction au Québec et je ne prétends pas être unique. Là où je me distingue, c’est par mon expérience interne de dix ans au sein d’une grande entreprise. Le passage de la pratique privée vers l’entreprise est fréquent, mais l’inverse demeure relativement rare.

Cette expérience me permet de comprendre concrètement les enjeux d’un département juridique interne, les impératifs opérationnels et la gestion quotidienne du risque. Une entreprise ne cherche pas uniquement une opinion juridique, elle cherche une solution à un problème d’affaires.

On parle de plus en plus d’avocats qui se définissent comme des partenaires stratégiques. Vous reconnaissez-vous dans cette description?

Le terme est largement utilisé et il est facile de se qualifier ainsi. Cependant, être un véritable partenaire stratégique ne consiste pas seulement à expliquer le droit. Il faut comprendre l’environnement d’affaires du client et proposer des solutions parfois créatives, qui dépassent le cadre strictement juridique.

Ayant moi-même occupé un poste à l’interne pendant dix ans, je sais que la priorité d’une entreprise n’est pas la production d’une opinion détaillée, mais la résolution efficace et pragmatique d’un problème. Cette compréhension change profondément la façon d’exercer le métier.


À quel type de clientèle souhaitez-vous principalement vous adresser?

Ma niche demeure les grands projets d’infrastructure. Je travaille principalement avec des entrepreneurs généraux, des sous-traitants spécialisés et d’autres acteurs de la construction. J’offre les services traditionnels tels que la révision contractuelle, le litige, la gouvernance et la conformité, mais également une offre plus alternative.

Je propose notamment un modèle de conseiller juridique à temps partiel, parfois appelé « fractional general counsel », destiné aux entreprises qui n’ont pas encore la taille suffisante pour justifier un poste de vice-président juridique à temps plein.

Cette formule permet d’assurer une présence régulière au sein de l’organisation, de participer aux rencontres stratégiques et de développer une connaissance approfondie des opérations.

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années?

À court terme, je me concentre sur la phase d’implantation. La croissance doit être organique et bien maîtrisée. L’objectif est de consolider les relations avec les clients et de bâtir un réseau solide de professionnels spécialisés.

À moyen terme, il deviendra probablement nécessaire d’agrandir l’équipe afin de maintenir un niveau de service optimal. Il ne s’agit pas d’une ambition de croissance à tout prix, mais plutôt d’une question de capacité à bien servir les clients.

Pour finir, quel conseil donneriez-vous à un jeune avocat qui souhaite pratiquer en droit de la construction?

Je crois beaucoup à la formation en cabinet privé, notamment en raison de la diversité des mandats et des situations rencontrées. Un passage en entreprise peut ensuite être extrêmement formateur, à condition d’être prêt à assumer des responsabilités plus larges.

Toutefois, le conseil le plus important demeure la résilience et la stabilité. Il est tentant de changer d’employeur fréquemment, mais rester suffisamment longtemps permet de voir l’aboutissement des projets que l’on a soi-même initiés et d’apprendre de ses erreurs. Cette expérience à long terme est précieuse et contribue à bâtir une expertise solide.

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