Une juge admet avoir traqué les sources d'un journaliste
Thomas Vernier
2026-01-27 10:15:29

La juge Joëlle Roy de la Cour du Québec a admis vendredi avoir passé des mois à tenter d'identifier les sources du chroniqueur Yves Boisvert, après une chronique critiquant sa compétence, rapporte La Presse.
« J'étais en mode enquête. Je cherchais à savoir », a confié la magistrate devant le Comité d'enquête du Conseil de la magistrature, reconnaissant avoir enfreint son devoir de réserve « à quelques reprises ».
Du printemps à l'automne 2024, la juge Roy a multiplié les conversations avec des avocats du palais de justice de Montréal pour démasquer les sources du journaliste.
Elle a même affirmé à des procureures que l'information « venait du bureau de la Couronne », accusant nommément deux procureurs d'expérience d'avoir « commandé » la chronique — des allégations qu'elle qualifie aujourd'hui d'« erreur », sans preuve pour les étayer.
« Je cherchais la source de ma souffrance », s'est-elle justifiée, retenant des sanglots. « Ça m'a détruite. »
L'affaire remonte à octobre 2023, lorsque la juge avait pris le banc en pleurant le jour de la publication, se comparant à une victime d'inceste. Déjà réprimandée en 2024, elle s'expose à la même sanction, les parties s'entendant sur ce point.
Toutefois, l'avocate du Comité a soulevé que la « sincérité » du témoignage de la juge devrait être « évaluée », suggérant qu'il faudrait « réfléchir » à la destitution en cas de récidive.
« Il me reste cinq ans de banc. Je veux les faire comme mes 10 premières années », a plaidé la magistrate, qui se dit « usée » et « tannée ».
Le Comité a mis l'affaire en délibéré.
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