Après la grève...Quoi dire?

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Marie-christine Demers

2011-02-22 15:00:00

En forçant le retour au travail des procureurs et des juristes de l'État, Québec leur a ôté un puissant moyen de communication : la grève. Comment doivent-ils réagir maintenant pour se faire entendre? Me Marie-Christine Demers a quelques idées pour eux…

En cette journée de loi spéciale, on ne pouvait passer sous silence ce qui a capté l'œil de tous les médias depuis deux semaines : La grève des procureurs et des juristes de l'État.

Ils ont été dans la rue, essayant de faire passer leur message au gouvernement pour faire bouger les choses, statu quo qui perdure depuis trop longtemps.

La grève est certainement un moyen de pression puissant. Si on s'arrête un instant, on réalise qu'une grève, c'est dans les faits un exercice de communication. Un moyen de communiquer quand les canaux ordinaires ne fonctionnent plus. La grève permet de ramener les parties à la table et "forcer" le dialogue.

Or, malgré cet "arsenal de guerre", le gouvernement a convoqué lundi soir à Québec tous les députés pour un vote extraordinaire sur une loi spéciale qui ramènerait au travail tous ces avocats.

La loi a été adoptée ce matin.

Me Marie-Christine Demers
Me Marie-Christine Demers
Face à cette réalité, la mine des procureurs est basse. On parle de démissions. Dans un tel contexte où on se sent incompris, non écoutés, bafoués, comment poursuivre la discussion et faire valoir son point lorsqu'une loi spéciale nous indique de cesser nos moyens de pression ?

Voici quelques suggestions pour ces valeureux collègues - certaines plus sérieuses et réalistes que d'autres:

1- Créer un site web d'appuis (une coalition d'appuis des revendications), de même qu'une plateforme sur Facebook (ou autre) pour centraliser l'info et s'assurer d'avoir un message uniforme - "une voie officielle";

2- Poursuivre les relations avec les médias qui ont couvert la grève et sensibiliser la population avec des exemples concrets des conséquences des échelles salariales plafonnées (ou du nombre de procureurs restreint);

3- Revêtir un signe distinctif en protestation;

4- Se chercher des alliés (autant du milieu juridique que de l'extérieur) et les mobiliser pour que le message soit diffusé largement;

5- Pour les plus courageux, démissionner et partir.

L'idée est de garder en vie et visible le message. Qu'une pression se fasse sentir sous une autre forme.

À l'ère des nouvelles technologies, la grève n'est plus le seul apanage des groupes pour faire passer leur message et convaincre l'autre partie (là où le rapport de force n'est pas le même). Il existe de plus en plus de solutions 2.0 qui peuvent assurer la survie du message dans le temps.

Fait intéressant en terminant: lundi matin, l'ancien ministre, François Legault, et sa Coalition pour l'avenir du Québec présentaient leur manifeste devant les médias. Il est évident que cette nouvelle voie viendra ébranler les partis en place, autant le gouvernement que l'opposition, en venant mêler les cartes.

Il ne faut pas sous-estimer ce contexte particulier dans lequel s'inscrit l'adoption de cette loi spéciale. Dans tous les cas, une bonne stratégie de communication s'inscrit dans un contexte et cherche à utiliser tous les éléments qui peuvent jouer en sa faveur. Y a-t-il quelque élément de "timing" à faire jouer ici ? Probablement.

Qu'en pensez-vous ? Quelle serait votre stratégie ?"

Me Marie-Christine Demers est avocate et conseillère, Communications corporatives et affaires publiques chez Cohn & Wolfe. On peut consulter toutes ses chroniques en cliquant ici.
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