Carrière et Formation

La jeune et fulgurante ascension d’un avocat

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Camille Dufétel

2024-01-12 15:00:35

Un jeune avocat figure dans le prestigieux classement Forbes 30 Under 30 pour la croissance de son entreprise. Il raconte son histoire à Droit-inc…

Du haut de ses 27 ans, l’avocat québécois Alexis Vertefeuille est loin d’avoir une carrière conventionnelle. Travailler dans un grand cabinet n’est pas précisément ce qui l’intéresse. Si le jeune homme originaire de Gatineau a décidé de passer le Barreau, c’est parce qu’il lui paraissait indispensable de disposer de compétences juridiques dans le cadre de son entreprise.

En mars 2017, il a fondé SiniSTAR, une plateforme qui met en relation des experts en sinistre avec une communauté d’hôtes prêts à accueillir des sinistrés. Le tout en terminant un baccalauréat en administration à l’Université du Québec en Outaouais.

Aujourd’hui, il dit avoir bâti une communauté de plus de 15 000 hôtes partout en Amérique du Nord, avoir relocalisé plus de 10 000 sinistrés et traiter avec une cinquantaine de compagnies d’assurance. Et se retrouve dans le classement Forbes 30 Under 30 Amérique du Nord pour 2024 - Impact Social.

« Tu peux t’imaginer que je ne m’attendais pas à ce que ça finisse de même! » lance l’entrepreneur, tout sourire. Car c’est en voulant aider une connaissance qu’il en est venu à bâtir cette entreprise.

En 2017, cette dernière lui dit qu’elle a été victime d’un incendie et lui explique que depuis deux mois, elle vit à l’hôtel, tandis qu’il reste quatre mois à la reconstruction de son logement.

« La mine basse, elle me dit qu’elle est tannée, qu’elle n’a pas accès à sa cuisine, qu’elle n’est pas dans son milieu de vie, qu’elle ne peut pas avoir son chien à ses côtés puisque les animaux sont interdits à l’hôtel », se souvient-il.

Alexis Vertefeuille, qui connaît quelqu’un dont le logement meublé est disponible, lui propose de s’y installer. Il se met, sans vraiment le vouloir, à faire le pont entre le propriétaire du logement meublé, la sinistrée, et la compagnie d’assurances représentée par un expert en sinistre.

« Je me dis à ce moment-là que ça ne doit pas être la seule sinistrée dans cette mauvaise situation, et que ça ne doit pas être le seul propriétaire de logement qui avait peut-être envie d’aider quelqu’un ».

Créer une communauté

Il décide ainsi de mettre en ligne bénévolement une plateforme, sinistar.ca, permettant aux propriétaires d’un logement meublé et équipé de mettre celui-ci à disposition de personnes sinistrées.

La grande idée derrière cela étant de construire la plus grande communauté dédiée à l’hébergement des gens victimes de sinistres.

« Une communauté qui se tient et se soutient vis-à-vis des sinistres résidentiels classiques, mais aussi en lien avec les changements climatiques, précise-t-il. Beaucoup de gens vont devoir se déplacer, par exemple à cause d’inondations, et ça n’a pas d’allure qu’ils aillent à l’hôtel ou dans des tours de ‘corporate housing’. »

Il souhaite alors démocratiser l’accès aux contrats d’hébergement après sinistre et constate un engouement rapide de personnes souhaitant aider des sinistrés.

Réalisant que beaucoup de monde s'inscrit sur la plateforme, il se dit qu’il faut absolument automatiser quelques-unes des tâches.

« On l’a fait pour l’entièreté du processus de relocalisation après sinistre, puis on est devenu essentiellement une compagnie de technologie qui a automatisé la communication entre l’hôte, le sinistré et la compagnie d’assurances », explique l’entrepreneur.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une plateforme de réservation de logements mais de soumission sur des contrats de relocalisation après sinistre. Au fil du temps, des ingénieurs et des actuaires ont rejoint l’entreprise ainsi qu’un autre avocat.

Devenir avocat

Après son baccalauréat en administration, Alexis Vertefeuille s'inscrit au baccalauréat en droit, cette fois à l’Université Laval.

« J’ai réalisé qu’une entreprise pouvait avoir une responsabilité limitée et ça a piqué ma curiosité, se souvient-il. Je me suis dit que je devais peut-être en savoir plus là-dessus. »

Il en apprend plus sur le droit des affaires, des contrats… « J’ai trouvé ça vraiment utile sur un paquet d’aspects dans l’entreprise, aussi en droit du travail avec les embauches, en fiscalité… Sur tout ce qui peut entourer le démarrage ou la croissance d’une entreprise ».

Il se souvient de l’École du Barreau comme d’un moment assez compliqué étant donné qu’il devait gérer son entreprise en même temps. « Mais la motivation était là. Je me levais et je me lève encore aujourd’hui ainsi que mon équipe en me disant qu’on fait la différence dans la vie de tellement de monde »!

Le Barreau 2020 rappelle que le droit mène à plein de chemins et qu’on peut aussi bien devenir politicien qu’entrepreneur, attaché de presse, diplomate… Il ne s’est pas inscrit en droit dans l’idée de travailler comme avocat dans un cabinet.

Le fait d’être nommé dans le classement de Forbes est pour le fondateur et PDG de SiniSTAR « une belle tape dans le dos pour continuer à bâtir un fleuron québécois, une fierté québécoise ».

« Il faut se rappeler qu’au Québec, surtout à Montréal, l’écosystème technologique, sa qualité et les connaissances qu’on a sont vraiment exceptionnelles », remarque l’avocat, dont l’entreprise compte à ce stade environ 35 employés.

Avoir un impact social et perdurer au Québec

Sa nomination s’inscrit dans la catégorie « Impact social » et Alexis Vertefeuille se l’explique tout simplement parce que son entreprise, dont le siège social est à Montréal, vient en aide à des sinistrés et rend les Canadiens et les Américains plus résilients aux changements climatiques.

« Quand tu es victime d’une inondation, d’un ouragan, d’un sinistre, on te connecte avec la personne dans ton milieu de vie qui est la plus apte à t’accueillir dans un logement temporaire idéal pour toi », fait-il remarquer.

Il ajoute que les grandes valeurs de son entreprise tournent principalement autour de l’entraide, de l’économie de partage et du sentiment de communauté.

Quand on lui demande ce qu’il se souhaite pour l’avenir, il note que pour beaucoup d'entreprises technologiques, la finalité est la vente de l’entreprise le plus rapidement possible.

« Dans notre cas, on veut une entreprise qui reste le plus longtemps possible ‘bootstrap’. On est là pour rester une entreprise québécoise avec du talent québécois, au Québec. Et prendre des parts de marché importantes aux États-Unis et au Canada anglais. »

Aujourd’hui, une grande partie de son rôle est de motiver son équipe et de veiller à l’accomplissement de la mission de son entreprise, tout en respectant ses valeurs. Une autre grande partie concerne les contrats de financement, les contrats de travail, ceux entre chacune des parties, les hôtes, les sinistrés, les compagnies d’assurance…

« Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de contrats à lire, à comprendre, dans des industries différentes… lance l’avocat. Je suis donc très heureux d’avoir une formation juridique. Je pense qu’il y a trois grands axes en affaires à avoir: finance, droit et anglais! »

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