Me Paul-Matthieu Grondin, président sortant de l'association qui a fait état des principaux constats de cette étude
Me Paul-Matthieu Grondin, président sortant de l'association qui a fait état des principaux constats de cette étude
C’est vendredi dernier, au Palais des Congrès et devant une salle comble, que le Jeune Barreau de Montréal (JBM) a dévoilé son rapport de 40 pages sur la situation de l’emploi chez les jeunes avocats du Québec lancé en décembre 2014 et analysé par l’économiste Henri Beauregard.

1346 jeunes avocats à travers le Québec, dont 61,7% de femmes et 31,9% d’hommes, ont ainsi répondu aux États généraux du JBM, un questionnaire de 130 questions qui prenait 30 minutes à remplir. 64,1% des répondants sont des employés permanents à temps plein, 14,4% des travailleurs autonomes, 2,7% sont associés et 3% sont sans emploi.

C’est Me Paul-Matthieu Grondin, président sortant de l’association qui a fait état des principaux constats de cette étude devant les membres du JBM et la bâtonnière élue, Me Lu Chan Khuong.

Signaux d’avertissements

Il en ressort qu’en dix ans, 54% d’avocats de plus se retrouvent sans emploi après leur stage. En effet, il y a dix ans, les avocats étaient 11,8% à se retrouver sans emploi au moment de leur inscription au Tableau de l’Ordre. Ils sont 18,2% aujourd’hui.

Pour trouver un emploi, 77,5 % des répondants font appel à leur réseau de contact. 56,7 % cherchent un emploi sur Droit-inc.com, devant le site de la corporation de services du Barreau (53,2%).

« La situation est chiffrée. Tous les signaux d’avertissements sont maintenant allumés. Bien que le portrait soit plutôt sombre, il y a deux bonnes nouvelles par contre. Un, il n’est pas trop tard pour faire quelque chose, mais nous devons nous y mettre rapidement. Deux, nous sentons la volonté des universités et du Barreau de collaborer », a indiqué Me Grondin.

Les stages

Selon le rapport, les salaires hebdomadaires des stagiaires, en dollars ajustés à l’inflation, ont diminué de 16% en dix ans, passant de 647 à 543 dollars. À la question « vos attentes, alors que vous étiez à l’université, étaient-elles réalistes par rapport au marché du travail ? », 40% plus de jeunes avocats en dix ans répondent « non ».

En dix ans également, le nombre de jeunes qui trouvent leur stage avant la fin de la formation professionnelle de l’École du Barreau a diminué de 25%. Il y a dix ans, un stagiaire sur 50 n’était pas rémunéré pour son stage alors qu’aujourd’hui, c’est un stagiaire sur 23, « une hausse du simple au double » souligne le rapport.

Enfin, lorsqu’ils ont terminé leur stage, 12% moins de nouveaux assermentés qu’il y a dix ans se font offrir un emploi chez leur maître de stage.

Le rapport indique également que le milieu juridique se rapproche dangereusement d’un seuil critique du ratio d’avocat par 100 000 habitants qui a été dépassé par l’Ontario et les États-Unis. Si aucun changement n’est apporté, les tendances se maintiendront selon le JBM.

Quelles solutions proposent le JBM ?

1- Le Barreau du Québec doit s’engager à évaluer l’offre et la demande juridiques à l’aide d’outils fiables ;

2- Les étudiants doivent être informés de la réalité du marché du travail, c’est le rôle des universités et du Barreau du Québec de transmettre l’information ;

3- Les universités doivent former les avocats à mieux connaître les réalités économiques de la pratique en petit cabinet. Toutes les universités devraient avoir un processus visant à former les avocats à comprendre les impératifs de gestion d’un cabinet de petite taille ;

4- Les étudiants et les jeunes avocats doivent innover et nous devons les encourager à le faire. Il n’est pas suffisant de numériser les procédures, d’avoir accès plus rapidement au Palais de justice et de pratiquer le droit « sans papier ». Ils doivent « créer leur propre emploi » en faisant preuve d’initiative et de créativité ;

5- Le contingentement, soit à l’entrée de facultés de droit, soit à l’entrée de l’École du Barreau doit être considéré très sérieusement. Le cursus universitaire et la façon de distribuer la théorie et la pratique doivent faire l’objet de la discussion ;

Suite à la présentation du rapport par Me Grondin, les 250 avocats présents ont reçu les réactions d’un panel constitué du doyen de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, M. Sébastien Lebel-Grenier, de Me Dyane Perreault directrice du Service du développement et du soutien à la profession du Barreau du Québec et de Me Dominique Tardif, vice-présidente chez ZSA.

« Malheureusement, je ne suis pas surprise des résultats, a indiqué cette dernière. L’économie québécoise et montréalaise n’est pas à son mieux non plus. De plus en plus d’employeurs cherchent des candidats ayant une formation en droit, mais qui ne sont pas nécessairement avocats. »

Et les jeunes avocates ?

Me Dominique Tardif, vice-présidente chez ZSA n'est pas surprise des résultats
Me Dominique Tardif, vice-présidente chez ZSA n'est pas surprise des résultats
Le rapport s’intéresse de près aux avocates qui forment actuellement une légère majorité puisqu’au 31 mars 2014, 50,4 % des membres du Barreau du Québec étaient des femmes.

Le rapport indique qu’il y a relativement moins d’avocates avec des revenus individuels supérieurs à 90 000 dollars (14,1% contre 19,6% pour les hommes). Aussi, une plus forte proportion d’avocates estiment avoir eu un « mauvais soutien » de l’université quant aux attentes face au marché du travail (22,9% contre 16,9%).

Moins d’avocates ont fait leur stage de formation professionnelle dans les grands cabinets de 100 avocats et plus (6,2% contre 9,6%). Elles sont également moins nombreuses à avoir reçu des offres d’emploi à la fin de leur stage comparativement aux avocats (48,8% contre 40,4%).

« Bien qu’il y ait probablement eu des progrès dans les dernières décennies, on ne peut pas affirmer que tout est maintenant parfaitement égal. Il nous reste du chemin à parcourir », conclut le rapport sur ce sujet.

Pour consultez le rapport, cliquez ici.

Autre chiffres notables…
  • 65,2% des répondants ont vu leurs études financées par leur famille, 63,6% par les aides du gouvernement et 17,3 % grâce à un salaire. 27,4 % ont terminé leurs études en droit sans dette étudiante. 18,5 % avaient entre 10 000 et 19 999 dollars de dettes.
  • 86,8 % veulent un meilleur salaire
  • 42,8 % ne font aucun pro bono. Davantage d’avocats font du pro bono par rapport à leurs homologues féminins.
  • Le paiement de la cotisation professionnelle est pour 70,1 % l’un des avantages de leur condition de travail.
  • Les éléments les plus importants pour les répondants sont à 88,5 % le développement personnel, à 87 % les relations humaines et à 84,6 % le développement de la carrière.
  • À la question : « Pensez-vous qu’un enfant nuise à votre avancement professionnel ? », seulement 10% répondent « Certainement pas » contre 28% qui pensent « Certainement », 37% « Probablement », et 26% « Probablement pas ».