Alain Madgin, nouveau VP principal de Citoyen Optimum à Québec
Alain Madgin, nouveau VP principal de Citoyen Optimum à Québec
Ça le fait sourire qu’on l’appelle « Maître ». S’il est toujours inscrit au Barreau, et ce depuis 1991, il y a bien longtemps qu’Alain Madgin, le nouveau VP principal de Citoyen Optimum à Québec, n’a pas pratiqué.

Lorsqu’il gradue à la fin des années 80 et obtient son barreau deux ans plus tard, en 1991, c’est la récession. « Il y avait beaucoup d’appelés et peu d’élus », se souvient-il. Après son stage, le cabinet lui fait savoir qu’il n’y a pas de poste pour lui. « Découragé », il chemine introspectivement et demande à un ami de lui prêter un coin de bureau pour faire des affaires. « Bon..., je ne savais pas encore quelles affaires… » Aujourd’hui, l’idée le fait rire.

Les jeux sportifs, dont il fut l’un des organisateurs à titre de président de l’association des étudiants en droit de Laval, lui ont donné le goût d’organiser des événements. « Je suis parti à mon compte, et j’ai fait ça pendant cinq ans », évoque Me Madgin. En 1996, il obtient son premier mandat de relation gouvernementale.

Droit-inc : Comment avez-vous décroché un mandat de ce type?

Me Alain Madgin : J’étais lobbyiste depuis déjà plusieurs années. À l’époque, il n’y avait pas de registre. Je connaissais le fonctionnement gouvernemental pour avoir travaillé comme douanier pour le gouvernement durant mes études. C’était le gouvernement fédéral mais ça me donnait une bonne idée du fonctionnement interne. En 1996, je me suis joint au cabinet à Québec et ma carrière a pris de l’ampleur.

Mais ensuite vous avez été recruté par l’industrie pharmaceutique?

Oui, absolument! J’ai été recruté aux affaires gouvernementales et j’y ai travaillé de 1998 à 2007. J’ai eu la chance de développer une expertise rare, le market access, qui correspond au remboursement des médicaments dans les provinces. J’aide les entreprises à faire en sorte que leurs médicaments soient remboursés. J’avais déjà travaillé un peu dans le domaine avant, en faisant des mandats pour Roussel-Uclaf, le laboratoire français devenu Sanofi Aventis.

Vous n’aviez pas prévu de vous orienter vers cette industrie...

Non, c’est quand on regarde en arrière qu’on voit où le hasard nous a mené! J’ai toujours saisi les opportunités sans trop me poser de questions. Et ça m’a servi! Ou, en tout cas,ça ne m’a jamais desservi (il sourit). J’ai toujours eu beaucoup de plaisir dans les différents postes que j’ai occupés.

PDG de l’association des brasseurs du Québec, puis retour dans le secteur de la santé, avant de redevenir finalement consultant pour Citoyen Optimum, pourquoi avoir fait ce choix?

Être consultant me manquait, j’aime la diversité de mandats. Aujourd’hui, j’ai travaillé dans le secteur de la santé, puis de la chimie, j’ai parlé à un bureau d’avocats, puis au sujet d’un stationnement et il n’est que 11h13! J’aime ce sentiment de savoir qu’on peut aider les gens. Je pense que c’est ma formation en droit qui m’a prédisposé à faire ce métier là aussi.

Justement, que vous a apporté le droit dans votre carrière ?

Ça m’a apporté toute la connaissance du processus législatif et réglementaire. À ceux qui forment les juristes aujourd’hui, je leur dis que la profession de lobbyiste devrait être réservée aux avocats, je sais que c’est extrême mais c’est que c’est tellement une bonne formation pour cette profession! Comprendre le fonctionnement du gouvernement, le processus législatif. Tout ça est normé. Je pense vraiment être un meilleur lobbyiste grâce à ma formation. On y apprend une façon de réfléchir, à étudier et analyser des dossiers de la bonne façon. Bien que je n’ai pas été en pratique privée, le droit a eu une grande influence sur ma carrière.

Quels sont vos mandats comme VP principal de Citoyen Optimum?

Citoyen Optimum, c’est un cabinet qui a 35 ans aujourd’hui. Il a été fondé avec Cossette communication. Je dirige celui de Québec, où la société a été fondée en 1981. Mon mandat est principalement le développement des affaires, de la pratique des relations gouvernementales au Canada, notamment dans le domaine de la santé. C’est un mandat très intéressant!

Votre carrière reflète-t-elle les compétences que vous avez accumulées au fur et à mesure?

Oui, je pense. L’industrie pharmaceutique, c’est la science, la recherche. L’association des brasseurs, c’était plutôt commercial, environnemental. Alors en retournant dans le domaine de la santé, j’ai fait plutôt du commercial… L’expertise vient avec l’expérience, et l’expérience vient avec l’âge (rires). Avec le temps, on a une perspective plus globale. On entreprend nos conversations autrement. Je trouve ma vie est plus simple avec l’expérience que j’ai. On nous offre des postes de vice-présidents principaux, et de transmettre notre expérience, de la partager. Moi il y a des gens qui m’ont montré, c’est à mon tour de montrer à des gens.

Que sont les défis d’un lobbyiste?

Ce qui est difficile, c’est le continuel renouvellement des équipes. C’est une tâche monumental de suivre l’évolution des responsables administratifs et politiques. On doit toujours être au fait de ce qui se passe. De même, ce n’est pas facile d’être en affaires. Entre 1991 et 2016, la façon de faire des affaires a beaucoup évolué, chaque dollar dépensé est mieux dépensé qu’avant, les gens investissent dans des consultants par nécessité, il faut livrer la marchandise. En 1991, il n’y avait pas non plus beaucoup de lobbyistes. Maintenant, il y a une compétition. Elle est très professionnelle mais je suis content d’être un lobbyiste de 25 ans aujourd’hui (rires).

Quel regard portez-vous sur votre carrière?

Je pense avoir accompli jusqu’à maintenant une belle carrière. Je pensais faire du droit. En 1986, quand je suis arrivé dans mon cours de droit, j’étais très heureux, j’avais 19 ans. Je pensais devenir avocat. Je ne savais pas vraiment ce que ça signifiait, personne ne faisait ça dans ma famille. Mais quand je vois les anciens de mon cabinet d’avocats où j’ai fait mon stage, je les remercie de ne pas m’avoir offert de poste,. J’étais bien découragé à l’époque mais ça m’a obligé à trouver une carrière. J’étais un précurseur des relations gouvernementales au Québec. C’est devenu une profession légitime, légitimée par nos actes.