Roy Heenan est mort à l’âge de 81 ans
Roy Heenan est mort à l’âge de 81 ans
Roy Heenan est mort à l’âge de 81 ans, vendredi, des suites d’une longue maladie. La nouvelle a été connue tard hier soir.

« Il a su plaider notamment pour amener la notion d’équité des femmes dans les milieux professionnels, et fait beaucoup avancer le droit à ce sujet », relate Me Pierre-Marc Johnson, de Lavery, qui avait été recruté par Roy Heenan en 1996.

« Il avait même son propre casier à la Cour suprême du Canada, c’est dire comment il était un avocat de renom », dit Me Edward Johnson, qui était jusqu’à tout récemment premier vice-président et conseiller juridique de la Corporation Power.

Me Pierre-Marc Johnson
Me Pierre-Marc Johnson
Jeune avocat qui vient tout juste de fonder Johnston Heenan Blaikie en 1973, Roy Heenan hérite d’un mandat qui fera l’histoire : « il est l’avocat de la partie patronale dans le conflit de la Pratt & Withney (en 1974), une grève qui mènera à l’adoption de la Loi anti-briseurs de grève », explique Me Guy Tremblay, aujourd’hui chez BCF.

Celui qui a été associé-directeur de Heenan Blaikie pendant une douzaine d’années se rappelle de Roy Heenan comme d’un géant du droit du travail. « Ses mérites ont d’ailleurs été reconnus à plusieurs occasions : Il a reçu l’Ordre du Canada et plusieurs reconnaissances du Barreau américain », se souvient Guy Tremblay.

« Une firme plus humaine »

Me Guy Tremblay
Me Guy Tremblay
« C’était un homme qui d’abord et avant tout faisait confiance aux gens et qui valorisait le travail bien fait, selon Pierre-Marc Johnson. Il a su donner une culture d’entreprise exceptionnelle à Heenan Blaikie. »

Selon Me Johnson, c’était ainsi un homme qui faisait appel aux valeurs des personnes. « Il était bien conscient que beaucoup de choses (dans le monde juridique) se règlent avec des rapports de force, c’est u monde où les égos ne manquent pas de volume… pourtant, Me Heenan réussissait à trouver un terrain d’entente. »

Guy Tremblay ajoute : « Ce que j’ai aimé le plus de l’homme c’était qu’il n’avait pas de notion de mercantilisme dans son approche. Il insistait que le cabinet ait une ambiance de famille, où on était reconnu pour son travail. »

Me Tremblay fait d’ailleurs remarquer que sa façon de faire les choses a attiré plusieurs grosses pointures au sein du cabinet : Pierre-Elliot Trudeau, Jean Chrétien, Michel Bastarache, Clément Gascon, Pierre-Marc Johnson… « Des avocats qui ont été premiers ministres du Canada et du Québec, juges à la Cour suprême et au Québec… C’est ça n’avait pas été du panache de Roy, on ne les aurait jamais eu au cabinet. »

« Une force tranquille »

Me Edward Johnson
Me Edward Johnson
Pierre Marc Johnson se souvient d’une mission en Chine, pendant laquelle il accompagnait Me Heenan. « Un conflit a éclaté entre les directions torontoise et montréalaise du bureau : Roy, à 12 000 KM de distance, a su géré le tout au téléphone. » Tout en menant la mission chinoise à bon port…

Edward Johnson, qui a cofondé la Fondation Trudeau avec Roy Heenan, relate l’humilité du géant. « Par exemple, homme très pieux, il s’impliquait beaucoup dans son église à Westmount. Mais il ne le faisait pas pour l’auréole : par exemple, il n’allait pas au service le plus achalandé, mais toujours à l’office du matin, peu fréquenté », explique Me Johnson, selon qui Roy Heenan ne courait pas les mondanités.

« Il avait un défaut mignon, il n’était pas très ponctuel, se rappelle en riant Guy Tremblay. C’est lui qui jouait le rôle de mon père à mon mariage ; et le père avec l’époux qui doivent attendre la mariée habituellement… Eh bien Roy était en retard à mon mariage, et c’est la mariée qui a dû nous attendre ! »

Mécénat et enseignement

Bernard Amyot, qui l’a longtemps fréquenté alors qu’il était associé chez Heenan Blaikie, se rappelle d’un homme qui insistait beaucoup sur la collégialité au sein de son cabinet. « Il était respecté, mettait beaucoup d’accent sur le travail bien fait, et il était chaleureux », dit-il.

Me Amyot louage les nombreux accomplissements de Me Heenan. Ce dernier s’impliquait beaucoup dans le mécénat artistique, alors que sa collection personnelle de tableaux—où se côtoient Chagall, Dalì, Dallaire, Pellan, Fafard et Lemieux--comptait près de 1500 œuvres. « Il était curateur de la galerie BeaverBrook, à Fredericton, notamment. Professeur pendant longtemps à McGill, il était très apprécié de ses étudiants », dit Me Amyot, lui-même un ancien de McGill. « C’était aussi un grand canadien, trilingue, comme l’illustre son projet de la Fondation Trudeau. »

Le doyen actuel de la Faculté de droit de McGill, Robert Leckey, fût l’un des premiers boursiers de cette fondation, mise sur pied pour favoriser la recherche en sciences sociales. « Je ne le connaissais pas personnellement, mais du côté professionnel, j’ai beaucoup bénéficié de son appui », raconte Robert Leckey.

Il dit souvent rencontrer d’ex-étudiants de Me Heenan, qui en parle toujours avec respect, bien des années plus tard.

« On sentait sa présence dans ses cours de droit du travail. Un expert de renommée internationale, on raconte qu’il venait donner son cours entre deux vols, ce qui donnait l’image à ses étudiants d’un homme très dynamique ! » conclut le professeur Leckey.