Me Paul-Matthieu Grondin se qualifie comme « un petit gars de Québec »
Me Paul-Matthieu Grondin se qualifie comme « un petit gars de Québec »
Me Paul-Matthieu Grondin se qualifie comme « un petit gars de Québec » qui a étudié en région, à Sherbrooke, pour finalement pratiquer à Montréal, se spécialisant en droit du travail. « Côté employés », précise-t-il avec une certaine fierté.

Après avoir travaillé à la Chambre des Communes, puis à la commission d'enquête sur le processus de nomination des juges et à la commission Oliphant, il a créé son bureau, « ce qu’il avait toujours voulu faire ». Jeune candidat à l’élection du bâtonnat, Me Grondin compte réitérer l’exploit de Michel Robert dans les années 70 en devenant bâtonnier à 33 ans. Il se positionne comme un « révolutionnaire tranquille ».

Pourquoi voulez-vous vous présenter au bâtonnat ?

Après mon implication au conseil du Barreau de Montréal, au conseil des sections au conseil d’administration du Barreau du Québec, je considère en savoir assez pour dire que j’ai une vision d’avenir très différente de celle de la bâtonnière actuelle. On ne peut pas continuer comme ça. Je sens un détachement et même une indifférence de la part des membres actuels par rapport au Barreau. Il y a aussi des problématiques importantes, comme la situation des jeunes qui ne sont pas traitées de manière sérieuse, urgente ou prioritaire. C’est la base de mon implication.

Il faut donner la parole aux jeunes alors ?

On nous dit constamment que les jeunes sont capables de tout faire, moi je le crois. Notre génération est prête à prendre des postes d’importance.

Que reprochez-vous exactement à l’actuelle bâtonnière ?

Je ne lui reproche rien personnellement. Elle a près de 30 ans de pratique et elle a débuté à une époque où il y avait beaucoup moins d’avocats sur le marché. Au cours des 20 dernières années, le nombre d’avocats a augmenté de 98% et la population du Québec seulement de 15%. On se retrouve avec un gros problème d’emploi des jeunes et il faut s’en occuper. J’ai vécu cette réalité actuelle en ouvrant mon cabinet en 2008, au pire moment de la crise économique. Au Barreau, on surfe un peu sur une gloire passée de cette profession qui est importante et valorisante, mais ce n’est pas vrai qu’on a encore un revenu et un emploi garanti. Cette réalité, il faut en parler pour pouvoir la changer.

Parle-t-on d’une lutte intergénérationnelle ?

Le mot est très fort. Je pense que notre génération fait face à certains défis, je respecte la génération passée, je l’écoute beaucoup, mais je ne me gêne pas pour dire haut et fort ce qui devait être amélioré pour nous.

Il n’y a que ceux qui vivent cette situation qui peuvent bien en parler d’après vous ?

Bien sûr que non, mais quand on l’a vécue, c’est sûr qu’on est plus proche de la réalité. Le jeune Barreau de Montréal a décidé d’écouter les doléances des jeunes et de faire un rapport sérieux sur la situation. Nous avons mis ce problème à l’avant-scène, mais il reste encore beaucoup de choses à faire.

Ne pensez-vous pas que cette sorte de défiance va vous rapprocher des plus jeunes certes, mais aussi vous éloigner des plus vieux?

Non au contraire, les plus vieux me disent que j’ai raison d’y aller, que je dois foncer.

Vous proposez une baisse importante du salaire du bâtonnier, avez-vous un chiffre en tête ?

Je propose 95 000 $, qui est le salaire médian des avocats, comme point de départ des négociations pour sa valeur symbolique. Actuellement, le salaire du bâtonnier est de 314 000 $, ça n’a pas de sens pour moi, je n’en n’ai pas besoin. Beaucoup disent que c’est une goutte d’eau dans l’océan des finances du Barreau, dont les revenus annuels sont de 30 millions $, mais il faut prendre conscience de la valeur symbolique de ce montant-là.

Est-ce que cela veut dire que le travail du bâtonnier ne vaut pas 314 000 $ ?

Moi en tout cas, je n’ai pas besoin de ce salaire-là.

Une grosse indemnité de départ a été votée il y a peu, quelle était votre position là-dessus ?

Je ne peux pas révéler mon vote, mais je peux vous dire que je n’accepterai pas cette indemnité et je suis prêt à l’abolir dès mon entrée en poste.

Vous proposez de baisser les cotisations, pourquoi et de combien?

On a déjà voté des baisses et d’autres s’en viennent dès l’an prochain. Je ne veux pas promettre de chiffres précis, mais je veux tendre vers une baisse substantielle pour que les membres la ressentent dans leurs poches.

Pourquoi proposez-vous la formation continue gratuite ?

Le Barreau est le plus gros dispensateur de formation continue et nous avons des concurrents qui donnent des formations gratuites. Alors de plus en plus, les gens vont se tourner vers ces autres dispensateurs. On ne peut pas compter sur ces revenus à long terme. Il faut tendre vers la gratuité, même si cela implique moins d’événements grandioses et plus de formations vidéo.

Toutes ces baisses de revenus ne risquent pas d’appauvrir les ressources budgétaires du Barreau ?

On n’est pas une grosse machine, mais on pourrait être une plus petite machine…

Donc faire des économies… Mais sur quoi ?

Baisser les ressources humaines, arrêter de faire appel à certains consultants externes…

Toutes ces propositions ne sont-elles pas un peu populistes ?

Ça peut sonner comme ça, mais il faut en parler et je n’ai pas de problème pour le faire. Je ne pense pas qu’un seul candidat va faire sa campagne sur la hausse du salaire du bâtonnier ou des cotisations.

Que proposez-vous pour les jeunes ?

Par des changements réglementaires, on pourrait offrir des services plus abordables aux citoyens, ce qui permettrait l’ouverture d’un nouveau segment de marché pour les avocats qui sont trop nombreux en ce moment. Mais avant d’en arriver là, on doit devenir une vraie centrale d’information pour expliquer aux jeunes leurs réelles chances de décrocher un emploi.

Dans votre programme, vous proposez la création d’une organisation provinciale, c’est-à-dire ?

C’est une idée déjà dans l’air. Elle pourrait permettre au Barreau de se consacrer pleinement à sa mission première, celle de protéger le public. Une organisation pourrait alors s’occuper de l’intérêt des membres. Le Barreau ne peut pas la créer, mais il peut encourager cette création.

La profession d’avocat est plutôt hétérogène, pensez-vous qu’il est possible de tous les réunir en une seule organisation ?

On a tous la même formation, il n’y a pas de spécialité en droit théoriquement, comme les médecins par exemple, alors je pense que ça peut marcher, surtout si on fait plusieurs sections pour représenter différentes sortes d’avocats.

Y aura-t-il assez de volontaires selon vous ?

Il y a toujours des bénévoles. J’ai confiance dans les membres du Barreau.

Vous prôner une nouvelle ère de transparence, qu’est-ce que cela impliquerait ?

Il y a une déconnexion entre le CA et ses membres. Il en va d’une saine gestion de rendre public les procès verbaux, les votes, les résolutions. Idem pour les salaires de la direction générale. On devrait publier le plus d’informations possibles sur notre gestion. Le but, c’est que le Barreau ne soit pas vu comme ayant quelque chose à cacher.

Un ancien bâtonnier avait proposé d’imposer un moratoire pour que le Barreau ne parle plus à Droit-inc, qu’en pensez-vous ?

La réalité, c’est que Droit-inc est devenu un véhicule d’information incontournable, que les gens l’aiment ou pas. J’ai l’intention de traiter Droit-inc comme n’importe quel autre média.

Que comptez-vous faire pour améliorer l’accès à la justice ?

Il faut réformer notre justice civile pour que ce soit possible d’obtenir des jugements à moindres honoraires, car souvent, on rentre dans un niveau de détails beaucoup trop élevé. Si on acceptait qu’il y ait moins de détails, on aurait des jugements qui coûteraient moins chers. Il faut aussi faire pression sur le ministère de la Justice et le gouvernement pour qu’il y ait plus de juges. Il faut combattre la perception que tous les avocats sont trop chers.

Récemment, la CBC a dénoncé un certain laxisme du Barreau du Québec comparé au Barreau de l’Ontario, êtes-vous d’accord avec cela ?

Il faut combattre cette perception de manque de sévérité des sanctions et cela peut passer par des sanctions plus sévères. L’image qu’on donne au public est importante.

N’avez-vous pas l’impression que votre programme est un copié-collé de celui de Me Khuong ?

Les premières bribes de son programme qui ont été rendues publiques laissent penser qu’on a les mêmes idées, mais le sien n’est pas assez révolutionnaire. Il faut aller plus loin que ce qu’elle propose. Je propose une véritable révolution. Il est temps que notre génération prenne les devants. Mon ambition, ce n’est pas que les gens votent contre un candidat, mais pour un candidat.

Vous avez plusieurs fois parlé de « révolution », ce terme ne risque-t-il pas de faire peur ?

C’est la base de notre slogan. Je propose une sorte de révolution tranquille. « Révolution » car un changement s’impose, mais « tranquille », car il n’est pas nécessaire d’opposer les membres ou d’être trop tranchant sur des sujets qui demandent des nuances.

Qu’adviendra-t-il de votre cabinet ?

Je ne pratiquerai plus dans mon cabinet. Je mettrai mes dossiers en veilleuses. Mon équipe est prête pour cela.

Pour consulter le programme complet de Me Grondin, cliquez ici.