Balarama Holness s'en prend avec véhémence à Projet Montréal qu'il accuse de l'avoir « utilisé » comme minorité visible sans lui donner les moyens d'être élu ou de participer à la nouvelle administration.
Balarama Holness s'en prend avec véhémence à Projet Montréal qu'il accuse de l'avoir « utilisé » comme minorité visible sans lui donner les moyens d'être élu ou de participer à la nouvelle administration.
Balarama Holness s'en prend avec véhémence à Projet Montréal qu'il accuse de l'avoir « utilisé » comme minorité visible sans lui donner les moyens d'être élu ou de participer à la nouvelle administration. L'étudiant en droit à l'Université McGill, et ancien joueur des Alouettes de Montréal, envisage de porter sa cause devant le Tribunal des droits de la personne et la Cour supérieure du Québec.

Les propos de Balarama Holness, sont durs à l'égard de Projet Montréal, dont il défendait les couleurs il y a moins d'un mois : « Ils utilisent des candidats de couleur à leur avantage et ils nous délaissent quand ça ne leur convient pas. ... Les Blancs referment la porte derrière eux quand il s'agit de distribuer les positions de pouvoir. »

L'ex-candidat à la mairie de Montréal-Nord reconnaît que la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, ne pouvait pas offrir de poste sur le comité exécutif à un élu d'une minorité visible puisque son parti n'en a fait élire aucun en position d'y siéger. Mais il croit que le problème est bien plus profond. « C'est la première fois de ma vie que j'ai vécu le racisme systémique », a dit Balarama Holness.

Des courses perdues d'avance?

Balarama Holness, 34 ans, né d'un père jamaïcain et d'une mère québécoise, accuse l'ensemble des partis politiques de placer leurs candidats de couleur dans des courses impossibles à remporter et de ne pas leur donner les moyens de faire campagne.

« On nous a dit que l’imprimante était cassée et on n’a pas eu nos pancartes à temps, raconte celui qui se présentait aux côtés de trois autres candidats noirs dans Montréal-Nord. On n’avait pas de bureau. Valérie Plante n'est venue nous voir que deux ou trois fois. »

Selon lui, Projet Montréal « savait très bien dans quels arrondissements ils allaient gagner et ne pas gagner. Ils savaient qu'ils ne gagneraient pas dans Montréal-Nord. »

« Par contre, quand c’est le temps de faire une promotion, ils nous appellent tous », dit Balarama Holness. L'ex-candidat affirme que, durant la campagne, Projet Montréal a écrit des courriels à tous ses candidats membres de minorités visibles pour les mettre devant les caméras afin de faire la promotion de la campagne de Valérie Plante.

« Si j’étais blanc, est-ce que j’aurais été le maître de cérémonie durant le lancement de la campagne? s'interroge M. Holness. Est-ce que c'est parce que j’étais le nouveau un peu bronzé? Si vous m’utilisez comme ça et qu’après la campagne, vous faites comme si vous ne me connaissiez pas, pour moi, c’est que vous avez utilisé la couleur de ma peau. »

Projet Montréal se défend

Marie Depelteau-Paquette, directrice générale de Projet Montréal
Marie Depelteau-Paquette, directrice générale de Projet Montréal
Le cabinet de la mairesse nous a transmis une réponse de la directrice générale de Projet Montréal, Marie Depelteau-Paquette.

« Projet Montréal a offert un appui logistique et matériel important à l'ensemble de ses 103 candidats, dit-elle, peu importe si les cibles locales de financement étaient atteintes. Malheureusement, malgré notre nouvelle majorité à l'hôtel de ville, nous ne sommes pas parvenus à faire élire un conseil municipal à l'image de la diversité montréalaise. »

Projet Montréal assure qu'il « prendra les actions nécessaires pour parvenir à une meilleure représentativité et une meilleure inclusion au sein de nos instances, tant à l'hôtel de ville qu'au sein du parti ».

Le parti de Valérie Plante estime avoir présenté durant la campagne une équipe « représentative de la diversité montréalaise, constituée à 40 % de personnes issues des minorités visibles, de l'immigration, de la diversité sexuelle et des personnes en situation de handicap ».

Si on analyse les candidatures plus en détail, Projet Montréal a présenté une vingtaine de candidats de minorités visibles à des postes de conseillers, mais un seul a été élu et à un poste de conseiller d'arrondissement ne permettant pas d'obtenir une place sur le comité exécutif.

À Montréal, plus du tiers de la population appartient à une minorité visible, mais parmi les élus du conseil municipal, on n'en retrouve que 7 %.

Pour sa part, Équipe Coderre (qui a refusé de s'exprimer dans le cadre de ce reportage) a présenté à peu près autant de candidats de minorités visibles, mais avec un résultat supérieur : un maire d'arrondissement, quatre conseillers de ville et deux conseillers d'arrondissement appartenant à des minorités visibles ont été élus.

Discrimination difficile à prouver

La démarche judiciaire que Balarama Holness souhaite entreprendre vise d'ailleurs autant Projet Montréal qu'Équipe Coderre et la Ville de Montréal. Seulement 6 % des employés de la Ville sont membres de minorités visibles.

« Le manque de représentation des diverses communautés culturelles à l'hôtel de ville est le résultat du racisme systémique, croit Balarama Holness. On a eu la parité hommes-femmes, mais où sont les femmes noires à l'hôtel de ville? Si les citoyens étaient évalués selon leur éducation et leurs compétences, Montréal serait plus inclusive », dit-il.

Balarama Holness reconnaît que la discrimination, dont il dit avoir été l'objet, sera « très difficile à prouver ». Il croit que le processus judiciaire pourrait prendre 10 ans.

« Je ne veux pas mettre de l’avant des opinions, des perceptions ou des sentiments, dit-il. Je veux que des juges et des professionnels disent si oui ou non, à l’hôtel de ville, il y a du racisme systémique ».

Consultation publique réclamée à Montréal

En plus des poursuites judiciaires, Balarama Holness souhaite recueillir 15 000 signatures pour tenir une consultation publique sur le racisme systémique à Montréal, qui aborderait « les pratiques de recrutement, le profilage racial et la discrimination politique ».

Balarama Holness ne fait pas plus confiance au parti d'opposition. Il qualifie par exemple la réélection de son adversaire Christine Black, mairesse blanche de Montréal-Nord, comme une « hiérarchie raciopolitique qui est reproduite ».