Gabriel Darquenne est sur le point de réaliser son rêve, celui de devenir avocat.
Gabriel Darquenne est sur le point de réaliser son rêve, celui de devenir avocat.
Rien ne prédestinait Gabriel Darquenne à passer un diplôme en droit. Et pourtant, il compte bien devenir avocat dans l'espoir de faciliter la vie à ceux et celles qui, comme lui autrefois, se heurtent à une enfance impossible.

La mort de la fillette de Granby l'a convaincu de la nécessité de raconter son histoire.

S’il vivait une « belle situation familiale », tout a basculé vers l’âge de 8 ans, après la séparation difficile de ses parents : violence conjugale, pauvreté, troubles de comportement, plus d’une dizaine de va-et-vient entre les parents et les foyers et centres d’accueil de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

« C’est de la détention juvénile. Lorsqu’on parle de centre d’accueil fermé, on peut comparer ça à un système militaire, dit l’ancien enfant de la DPJ. (…) La nuit, il y a des agents de sécurité qui regardent avec des flashlight pour voir si tu es toujours dans ta chambre, alors qu’on est entre des murs de béton. »

Gabriel déplore d'ailleurs que rien ne soit fait pour sortir les parents de leur misère. Sa mère était alcoolique et son père a fini par disparaître.

« La DPJ essaie de nous pousser à rester ensemble, mais on devrait rencontrer les parents avec des thérapeutes », suggère-t-il.

Heureusement, à l’école, il se débrouillait, il s’accrochait.

Si bien qu’à 27 ans, Gabriel est sur le point d'obtenir un diplôme en droit de l’Université d’Ottawa. Un grand rêve qu'il réalisera bientôt, après avoir été abandonné à 18 ans par la DPJ et avoir travaillé pendant des années pour subvenir à ses besoins élémentaires.

Aider les jeunes devant les tribunaux

Chaque jour d’école, il fait l’aller-retour en train entre Longueuil et Ottawa. C’est une question de moyens, mais aussi de retrouver une stabilité avec sa copine. Le train lui permet en revanche d’étudier et de réfléchir.

« Il y a beaucoup de situations (en droit) qui m’amènent à penser à ce que j’ai vécu pour pouvoir les mettre en application, mais d’une bonne manière, dit-il. Ce que j’espère vraiment, c’est de pouvoir aider les jeunes lorsqu’ils sont devant les tribunaux pour qu’ils aient une peine avec des avantages pour eux et plus adaptée à leurs besoins. Les jeunes ont besoin d’être mieux soutenus.»

L’autorisation d’un juge pour jouer au basketball

Quand on lui demande si la DPJ a volé son adolescence, il répond sans broncher : « Absolument. Pour faire du sport – je jouais au basketball –, ça me prenait l’autorisation d’un juge. (…) On ne vous élève pas comme un enfant normal. »

Les enfants ont besoin « d’amour », insiste-t-il, « des activités, d’être dehors et encadrés ».

On le sent d’autant plus amer quand il pense à sa soeur, qui a été séparée de lui. « On n’a rien fait pour essayer de nous réunir, elle et moi. »

Une rencontre avec le ministre Carmant

Par un concours de circonstances, Gabriel s’est retrouvé il y a un peu plus d’un mois en tête à tête avec le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, pour lui raconter son histoire.

M. Carmant lui a demandé de nommer une chose qu’il aimerait changer. Sur le coup, il n’a pas su quoi répondre parce qu’il y a tant de choses à améliorer. Après réflexion, il a lancé : « Ce serait la formation des intervenants sociaux. Ils sont avec les jeunes, ce serait important de les aider et de leur trouver plus de ressources. »

La fin tragique de la fillette de Granby lui fait croire, par contre, que le sort des enfants de la DPJ ne fait que s’aggraver. Il évoque une « pente descendante », toujours plus difficile à gravir.

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