Me Jean-Christophe Langlois. Photo : Site Web du Jeune Barreau de Montréal
Me Jean-Christophe Langlois. Photo : Site Web du Jeune Barreau de Montréal
Me Jean-Christophe Langlois, avocat à l’Aide juridique de Montréal, a remporté le Concours international d’art oratoire de la Conférence Internationale des Barreaux de tradition juridique commune.

Droit-inc s’est entretenu avec Me Langlois pour comprendre ce qui fait de lui un orateur de si grande exception…

Comment vous êtes-vous préparé pour ce concours?

Il y a une préparation assez spécifique. Ça m'a sorti de ma zone de confort étant donné que j'étais devant un public composé de confrères européens, africains et aussi des Amériques, entre autres Haïti. Je devais adapter mon discours, je devais être reçu et apprécié de gens qui ont des référents culturels et un vocabulaire qui n'était pas les mêmes que les miens. J'ai fait un effort pour rendre mon français plus normatif. Il faut donc un effort de remise en question.

Pour ce concours, on nous envoie un thème avec une position imposée. On doit écrire un texte qui correspond à une présentation d'environ 10 minutes. On leur envoie ça et une présentation vidéo de trois minutes pour qu'ils voient notre façon de s'exprimer et notre aisance.

La Conférence Internationale des Barreaux de tradition juridique commune, à partir des candidatures qu'ils reçoivent des différents Barreaux francophones, en sélectionne cinq, en plus d'un candidat du Barreau hôte qui était le Tchad cette année. Mon texte a été retenu, alors je l'ai fignolé un peu, j'ai fait quelques ajustements pour des tournures, mais essentiellement ensuite, c'était de prendre le texte de 10 minutes, de le préparer au niveau de la livraison, de l'aisance, au point de vue de l'argumentation, mais aussi de l'humour, du vocabulaire et de l'impression générale.

Quelle était votre stratégie ? Avez-vous relu votre discours devant des collègues?

J'aime bien la retranscription à la main avec lecture à voix haute. Ça me permet de mieux enregistrer dans mon esprit. Ensuite de ça, je me filme pour me revoir, voir s'il y a des tics, des bonnes tournures et des moins bonnes. J'aime le lire devant des collègues aussi, pour voir quels sont les points forts, ce qui pourrait être à retravailler.

Mais sinon, juste de l'écrire et d'affiner certains points, ça se retient mieux qu'un texte qu'on apprendrait, mais qui ne serait pas de nous.

Ça semble être une grosse préparation. Vous y avez mis combien d’heures?

En tout, avec la conception, le fait de le revoir et de le livrer, c'est environ huit à dix heures.

Comment vous vous sentiez, quel était votre état d’esprit, lorsqu’est venu le temps de la finale au Tchad?

J'étais quatrième sur six dans l'ordre de présentation, mais j'aurais préféré être premier parce qu'on a toujours une tension lors de l'attente, un peu comme un coureur sur la ligne de départ qui doit rester sur le qui-vive, à l'affût. Je ne me sentais pas stressé, mais j'étais tendu.

Une fois que la livraison du discours est commencée, ça y va tout seul grâce à la préparation. De prime abord, c'est quand même intimidant d'être devant une foule composée de confrères étrangers, qui ne nous est pas nécessairement acquise, mais n'empêche, l'exercice est le même et avec suffisamment de concentration et de préparation, ça va bien!

Qu’est-ce qui a, selon vous, séduit le jury dans votre discours?

Je pense que j'avais une position bien argumentée, bien explicitée au niveau intellectuel, mais j'ai pris soin que ce ne soit pas trop aride ou académique. J'ai amené de la légèreté, de l'humour et des citations, au travers du discours.

Je pense que notre côté québécois, notre spécificité, peut bien rendre le fait qu'on réponde directement à la question, mais sans partir dans des tournures alambiquées. On demeure terre à terre, et on a une certaine légèreté, ou humilité, dans notre position, je pense que tout ça a séduit le jury.

Avec un tel talent oratoire, vous pourriez sûrement pratiquer dans de grands cabinets et faire un max d'argent. Qu’est-ce qui vous motive d'être à l’Aide juridique de Montréal?

Je suis bien à l'Aide juridique! C'est ma famille professionnelle. Il y a un bon esprit de corps, il y a un bon soutien, c'est ici que je veux travailler et c'est ici que je suis en mesure de me réaliser.

J'ai beaucoup de respect pour mes confrères qui sont en pratique privée. Mais je suis bien à l'Aide juridique et je suis capable de trouver une résonance sociale au travail que j'y fais. Je sens que je suis en mesure de faire une différence.