Me Jean-Frédéric Bleau. Photo : LinkedIn
Me Jean-Frédéric Bleau. Photo : LinkedIn
Me Jean-Frédéric Bleau abandonne sa pratique privée en droit de la santé et sécurité au travail pour rejoindre le cabinet Monette Barakett.

Qu’est-ce qui pousse cet avocat et médiateur à rejoindre le cabinet montréalais? Tour d’horizon de la carrière du juriste et ses motivations.

Vous êtes spécialisé en santé et sécurité au travail. Qu'est-ce qui vous a attiré dans cette branche du droit?

Au départ, c'est un peu le hasard! À mon stage, j'étais au bureau des plaideurs à Québec. Je plaidais plusieurs dossiers chaque semaine. Mais en 1993, c'était une période difficile pour l'embauche au gouvernement. Malheureusement, on ne pouvait me garder.

Mon maître de stage, qui est aujourd'hui juge à la Cour d'appel, Louis Rochette, a pris le téléphone et a appelé à la CSST et a vanté ma candidature. C'est comme ça que j'ai commencé à pratiquer en santé et sécurité au travail, alors que je n'y connaissais presque rien! Je n'avais pas particulièrement apprécié mes cours en SST non plus! (rires)

Mais j'ai appris à découvrir un monde merveilleux, super intéressant. Je ne me suis jamais ennuyé dans cette pratique. On est en relation avec des gens dans toutes sortes de spécialités. On apprend beaucoup dans le médical, les ressources humaines, on apprend à travailler avec la réalité des entreprises. Ce n'est pas juste du droit, c'est très vaste.

Quand on attaque un problème, on ne le regarde pas juste pour aller plaider une cause. On s'attaque à la problématique complète, alors ça peut être de la gestion, de la prévention...

Après vous êtes allé au privé pour le Groupe AST, où vous avez oeuvré pendant près de cinq ans. Qu'est-ce qui vous a amené à prendre le chemin du privé?

J'étais avocat contractuel à Longueuil pour la CSST. Après un litige qui s'est réglé, un avocat d'AST devait prendre ma place à la CSST. Automatiquement, AST m'a contacté parce qu'ils avaient besoin d'un avocat. Ça a comme été un transfert qui s'est fait naturellement. Mais j'adorais travailler à la CSST, j'ai encore de très bonnes relations avec les gens avec qui je travaillais là-bas, même si ça fait longtemps!

Ce n'est pas que le privé m'a attiré en tant que tel, mais j'étais en début de pratique et le marché m'a amené chez Groupe AST. Ça m'a permis de diversifier davantage ma pratique et ma vision de la santé et sécurité au travail. Ça a été une excellente école, avec des pairs de mon âge plein d'ambition. Ça a été une expérience très enrichissante.

Pourquoi avez-vous décidé de pratiquer à votre compte?

Groupe AST a pris une direction où il n'avait pas l'intention de former un contentieux d'avocats, mais plutôt de former des spécialistes pour plaider devant les tribunaux administratifs qui n'étaient pas nécessairement avocats. Je trouvais important de garder ma pratique et de m'afficher comme avocat.

J'ai donc décidé de poursuivre à mon compte. J'avais regardé pour travailler dans certains cabinets à l'époque, mais je me suis rendu compte que la pratique solo m'attirait davantage, et finalement j'ai été à mon compte près de 20 ans.

Quand est-ce que s'est développé votre intérêt pour la médiation?

J'ai toujours essayé d'aller dans des formations du Barreau qui allaient me challenger, qui allaient représenter un défi, me remettre en question. C'est à travers les formations obligatoires que je me suis intéressé à la médiation.

Ça m'appelait beaucoup parce que je traitais des dossiers de harcèlement psychologique. Des fois on les gagnait, des fois on les perdait, mais ce qui me choquait, c'était que je me sentais inutile. Il fallait le plaider, mais je ne réglais pas le problème.

En médiation, on apprend à s'attaquer à la problématique, et elle n'est pas juste légale.

Je suis tombé sur une formation de John Peter Weldon, qui est devenu plus tard un ami. Elle s'adressait justement à la médiation en matière de harcèlement psychologique. Ça m'a challengé beaucoup, parce que la médiation est à l'opposée de ce qu'on fait en tant qu'avocat plaideur. Quand on plaide un dossier, il faut avoir un contrôle sur tout. En médiation, on contrôle le processus, mais on ne contrôle pas les parties. On les aide à s'assumer dans ce processus d'autodétermination. C'était complètement à l'opposé de présenter un dossier pour le plaider.

Il y a tout l'aspect de faire confiance à l'humain, de développer son empathie, ce n'est pas quelque chose qu'on apprend en droit. Ça aide à développer des réflexes, et ça m'a vraiment challengé. Ce ne sont pas des outils de négociation qu'on va utiliser en médiation, on sort de nos bottines. J'ai vraiment eu la piqûre! Depuis ce temps, je me suis formé et je donne maintenant la formation, et je m'amuse énormément.

Faites-vous maintenant plus de médiation que de litige?

Non. J'ai une pratique très active en santé et sécurité. On est dans un processus de transition en ce moment et ce n'est pas tout le monde qui utilise la médiation. Ça devient de plus en plus populaire, particulièrement en relations de travail, mais ça pourrait être encore davantage utilisé.

Je me suis servi de cette formation pour améliorer mes qualités d'avocat, entre autres dans ma préparation de témoins. Au lieu d'avoir ma checklist avec mes questions préétablies, j'ai développé ce que j'appelle une entrevue réflective, pour laquelle j'ai aussi monté une formation du Barreau. C'est-à-dire qu'on fonctionne avec des outils de médiation. On entre en relation avec le client ou le témoin, en ayant une écoute active. Je me suis rendu compte qu'en faisant ça, en à peu près le même temps que de bâtir mes questions et de les poser, je réalisais beaucoup plus d'objectifs pour bien préparer la personne. J'établissais ainsi un meilleur lien de confiance. La personne se sent beaucoup plus libre de se confier à moi et à me livrer des choses qu'elle ne m'aurait pas livrées si j'avais utilisé des questions serrées.

Après 19 ans à développer votre expertise, à avoir fait votre nom, quel est l'avantage aujourd'hui de rejoindre Monette Barakett?

J'avais une expertise connue et reconnue, mais pas nécessairement publicisée. J'étais rendu à une étape où je sentais que j'avais besoin d'un nouveau défi et que j'avais besoin de m'entourer. J’ai été sollicité. J'ai senti que ça m'interpellait et que j'étais rendu à un point de ma carrière où j'avais besoin d'une certaine collégialité, de m'entourer de gens qui me ressemblaient, que j'avais besoin de sortir un peu de mon cocon, malgré qu'on ne soit jamais seul en santé et sécurité.

J'ai cherché dans les bureaux. J'ai été sollicité, mais j'ai aussi appelé de mon côté. Mes démarches ont duré environ un an et demi. J'ai pris le temps d'analyser le pour et le contre. Finalement, j'ai choisi une équipe avec laquelle je me sentais vraiment à l'aise. C'est du nouveau pour moi, je n'ai jamais travaillé en cabinet.

Qu'est-ce qui vous fait sentir « à l'aise » chez Monette Barakett?

Les gens. C'est simplement ça. Je dirais aussi la grosseur de l'équipe. J'étais moins intéressé par les grosses équipes. Je ne suis pas habitué d'avoir un patron, alors une grosse équipe avec trop de hiérarchie, je me serais peut-être senti étourdi ou intimidé par la structure. Je n'aurais pas été à l'aise.

Chez Monette Barakett, l'équipe est à échelle humaine. Ce sont fondamentalement des gens très humains. Ils m'ont laissé le temps de cheminer dans ma réflexion. Je n'ai jamais senti de pression et ça a été apprécié.

Qu'est-ce que c'est qu'un « associé délégué » chez Monette Barakett?

Je n'ai jamais travaillé dans un cabinet, et je crois fondamentalement que ça va fonctionner, et Monette Barakett aussi. Je me sentais plus à l'aise de faire une entente pour voir comment ça fonctionne pendant un an. Après, on va se rasseoir et on va sûrement se dire que c'était le meilleur pour tout le monde. J'avais besoin de cette transition d'un an et on me l'a offerte.