François Lamarre était accusé d’agression sexuelle sur au moins 16 victimes. Photo : Radio-Canada
François Lamarre était accusé d’agression sexuelle sur au moins 16 victimes. Photo : Radio-Canada
John Cormier faisait partie des plaignants contre François Lamarre, qui avait été arrêté en décembre 2019 et qui était accusé d’agression sexuelle sur au moins 16 victimes.

L’ancien policier à la Ville de Montréal, qui a été entraîneur de hockey pour la Ville de Greenfield Park (avant les fusions) entre 1970 et 2000, est décédé en juillet dernier, à l’âge de 72 ans.

Puisque la poursuite au criminel n’était désormais plus possible, M. Cormier a évalué ses options légales et a choisi la voie d’une action collective, pour que toutes les victimes puissent être indemnisées, explique son avocat, Me Pierre Boivin, du cabinet Kugler Kandestin.

« M. Cormier savait qu’il y avait d’autres victimes qui s’étaient manifestées… et comme M. Lamarre a été instructeur de hockey pendant 30 ans, tout nous laisse penser qu’il y a énormément de victimes », ajoute-t-il.

Il pourrait même y avoir des centaines de victimes, selon la demande d’action collective déposée cette semaine.

Attouchements et tentatives de viol

Dans la requête, John Cormier soutient avoir subi plusieurs attouchements de la part de l’entraîneur de hockey, qui s’était fait ami avec ses parents, pendant les années 1970.

En plus des attouchements répétés qui sont racontés dans la requête, le requérant allègue également que François Lamarre a tenté de le violer à plus d'une reprise. L’adolescent a finalement abandonné le hockey à 15 ans, pour fuir son agresseur allégué, selon la demande.

Me Pierre Boivin. Photo : Site Web de Kugler Kandestin
Me Pierre Boivin. Photo : Site Web de Kugler Kandestin
« Bien que le requérant excellait en hockey, au point où il a eu l’opportunité de jouer à un niveau exceptionnellement avancé, il a décidé d’être délibérément mauvais pendant le camp d’entraînement pour la prochaine saison de hockey. Il en était venu à la conclusion qu’abandonner le sport qu’il adorait était sa seule chance d’échapper à Lamarre », peut-on lire dans la requête.

M. Cormier affirme également qu’il accompagnait souvent M. Lamarre au poste de police où celui-ci travaillait.

« (Lamarre) lui montrait les cellules et les prisonniers. Le requérant comprend maintenant que cela était fait dans le but de l’intimider afin que le requérant ne le dénonce pas, sinon, il pourrait se retrouver en prison. »

Celui qui est aujourd’hui père de famille estime que ces agressions l’ont hanté toute sa vie, lui causant de l’anxiété, de la peur envers les policiers et les figures d’autorité, des idées suicidaires, ainsi que des problèmes de colère et de consommation d’alcool.

Le requérant estime également que la Ville de Greenfield Park a aussi commis aussi plusieurs fautes.

« Greenfield Park est directement responsable de fautes directes, pour ne pas avoir permis un environnement sécuritaire pour les joueurs de hockey mineurs qui étaient dans (la ligue de François Lamarre), précise Me Boivin. Elle n’a pas établi des balises qui auraient pu éviter ces agressions sexuelles, commises en toute impunité pendant 30 ans. Nous avons aussi certaines informations qui nous confirment que la Ville a fermé les yeux là-dessus. »

Un recours collectif de 10 M$... mais ça pourrait être beaucoup plus

John Cormier demande une indemnisation de 775 000$, en dommages moraux et psychologiques, ainsi que pour une perte de productivité dans sa carrière.

Quant aux dommages punitifs, le montant dépendra du nombre de victimes qui se grefferont à l'action collective. L’avocat a indiqué un montant de 10 725 000$ dans la demande, mais il estime que « ça devrait être beaucoup plus ».

Déjà, depuis la parution de quelques articles à ce sujet mercredi, le cabinet a reçu plusieurs appels.

« Souvent, dans ce genre de dossier, on commence avec une victime, et en bout de ligne, on a 100 ou 200 personnes », détaille Me Boivin, qui a aussi piloté les actions collectives contre les Rédemptoristes et les Clercs de Saint-Viateur du Canada.

Toute personne qui aurait été victime de François Lamarre peut contacter le cabinet Kugler Kandestin en toute confidentialité.