Me Jimmy Lambert. Photo : Site web de Lambert Avocat Inc.
Me Jimmy Lambert. Photo : Site web de Lambert Avocat Inc.
Sabrina Robert et Christian Nankivell ont déposé une poursuite au civil contre l’obstétricienne qui a faussement conclu que leur foetus était mort, après une échographie.

Malgré leurs objections, la Dre Dominique Aubin aurait recommandé un curetage… Mais c’est plutôt cette opération qui aurait tué le bébé. Le couple, qui a déposé une poursuite au civil à la fin du mois dernier, réclame plus de 142 000$ à la médecin.

« C’est vraiment triste, les dossiers d’erreurs médicales sur des enfants et des foetus, laisse tomber leur avocat, Me Jimmy Lambert, en entrevue avec Droit-inc. Il y a un caractère très émotif… Et, on s’entend, les compensations financières ne rendront jamais justice aux clients. »

Mme Robert est tombée enceinte à l’été 2019, après plus de deux ans de tentatives infructueuses. En août, elle consulte une première obstétricienne, qui lui dit que sa grossesse suit son cours, mais qu’elle a un petit utérus, ce qui peut compliquer plusieurs tests.

Au début du mois de septembre, elle se rend à l’hôpital pour subir sa première échographie. La Dre Aubin ne parvient pas à entendre le coeur; elle demande donc une prise de sang pour Mme Robert, qui indique pourtant un taux élevé d'hormones de grossesse. L’obstétricienne conclut malgré tout que la grossesse s’est interrompue à six semaines.

« Ma cliente a demandé de passer d’autres tests, en expliquant qu’elle avait un petit utérus, ce qui pouvait expliquer qu’on ait de la difficulté à voir le foetus, explique Me Lambert. Elle a parlé notamment de l’échographie endovaginale, qui est plus précise… Mais la Dre Aubin a dit “non”, sèchement. »

La Dre Aubin a ensuite planifié un curetage, le lendemain. Or, la médecin qui a procédé au curetage a affirmé au couple que le foetus avait des bras, des jambes et un thorax… ce qui l’indiquait à croire qu’il était plutôt âgé d’onze semaines, et qu’il était bien vivant au fond de l’utérus. Ce serait donc le curetage qui aurait causé son décès. Elle confirme également qu’une échographie endovaginale aurait pu permettre de confirmer ou d’infirmer le diagnostic.

« Un médecin a l’obligation légale de prendre tous les moyens raisonnables et à sa disposition pour confirmer son diagnostic... ce que la Dre Aubin n'a pas fait », souligne Me Lambert.

Selon lui, ce type d’erreur serait plus fréquent qu’on pourrait le croire… Il plaide que cette procédure (l’échographie endovaginale) devrait être automatique dans tous les cas où une échographie « traditionnelle » à moins de 12 semaines ne permet pas de voir ou d’entendre le foetus. À la suite de ce drame, l’hôpital du Haut-Richelieu aurait d’ailleurs modifié sa façon de faire en ce sens.

« Ma cliente, ce qu’elle recherche, c’est avant tout que les normes soient modifiées », explique Me Lambert.

« Il doit y avoir une prise de conscience chez les obstétriciens-gynécologues, de prendre le temps de confirmer, quand ils croient qu’un foetus est décédé, ajoute-t-il. C’est tellement banal, pour eux… Quelques étapes de plus, et aujourd’hui, ma cliente aurait un bébé dans ses bras; elle ne déposerait pas une poursuite de 140 000$! »

Le couple demande une compensation pour des dommages moraux, ainsi que pour des pertes financières - Mme Robert a entre autres perdu son emploi, à la suite d’un arrêt de travail de plusieurs mois.

Le couple a fait une plainte au Collège des médecins, qui admet que la Dre Aubin a commis une faute, mais qui ne retient aucune mesure disciplinaire. La médecin devra se soumettre à un tutorat, et on lui recommande de suivre une formation.

« La conclusion ne va pas du tout avec la décision », estime Me Lambert, qui a demandé une révision au Collège des médecins.