Me Fannie St-Cyr. Photo : Site web de Trivium
Me Fannie St-Cyr. Photo : Site web de Trivium
Après avoir cumulé les rôles au petit écran, la comédienne Fannie St-Cyr a décidé de mettre ce métier de côté pour de bon, en 2016, et de se lancer en droit.

Certes, les deux branches demandent certaines habiletés connexes, mais un changement de vocation comme celui-ci – et un retour aux études à temps plein – demande beaucoup de courage, surtout quand on est maman de jeunes enfants (ses deux enfants ont aujourd’hui sept et neuf ans, et elle est aussi la belle-maman d’un adolescent de 14 ans).

Après avoir travaillé comme étudiante en droit chez BLG pendant deux ans, et y avoir fait son stage du Barreau, en pleine pandémie, la diplômée a choisi de pratiquer chez Trivium – un cabinet qui a le vent dans les voiles – où elle a été embauchée comme avocate en litige et en droit du travail à la fin de l’été.

Droit-inc s’est entretenu avec Me St-Cyr pour comprendre ses motivations.

Droit-inc : Qu'est-ce qui vous a incitée à entreprendre des études en droit, en 2016?

J'ai été comédienne pendant plusieurs années, j'avais quand même une carrière intéressante... Mais dès que je suis sortie de l'école de théâtre (NDLR : à l’UQAM), j'ai quand même eu une carrière parallèle en communication. Je travaillais souvent avec des avocats, et une personne avec qui je travaillais beaucoup m'a dit : «tu devrais essayer, tu aimerais ça, le droit!»

Finalement, j’ai fait un certificat en droit à l'UdeM, vraiment pour me donner une contenance; j'envisageais de délaisser ma carrière de comédienne pour aller vers les communications... et bref, je suis tombée dedans. Et une prof m'a dit : «Tu devrais t'essayer pour faire ton droit. La profession a besoin de gens comme toi.»

Il y a des gens qui m'ont référée et je suis rentrée en droit à l’Université d’Ottawa en 2016.

Et pourquoi Ottawa?

Parce qu'il y avait une ouverture pour des candidats particuliers... Parce que j'avais une carrière atypique, des études en théâtre... Et quand j'ai rencontré l'équipe de la doyenne, j'ai vraiment adoré leur attitude, l'environnement, l'équipe en place... Ça me semblait être une option intéressante, même si c'était particulier, parce que bon, j'ai des enfants...

Je vis à Montréal, donc pendant deux ans, j'ai fait... j'appelais ça ma double vie! J'avais deux ou trois jours à Ottawa par semaine, et le reste du temps, j'étudiais à la maison. C'est particulier... mais c'est parfait, parce que moi, les deux ou trois jours où j'étais à Ottawa, je ne faisais qu'étudier, me préparer pour mes cours et mes examens. Ça me permettait vraiment d'avoir un équilibre de vie parfait, pour faire mon cursus et avoir une vie familiale saine!

Vous aviez quel âge, à ce moment-là? Est-ce que ça vous a fait peur?

Début trentaine. Les astres se sont alignés. Tout se mettait en place pour que ça fonctionne, donc je n'ai pas eu le temps... C’est sûr que, je me souviens, quand j'ai eu la lettre officielle d'Ottawa, qui disait : « vous êtes admise », j'ai regardé mon chum et j'ai dit : « ouf, dans quoi on s'embarque?! » Mais lui-même est le premier à dire que c'est le meilleur choix que j'ai fait, et ç'a été quand même une très belle période, dans le sens où j'adore ce que je fais.

Tant d'un point de vue théorique que pratique, c'est un milieu tellement vaste et stimulant!

Ça nous force à travailler, oui, entre avocats, mais aussi avec toutes sortes de gens qui viennent de différents milieux, et je trouve ça extrêmement enrichissant comme vie professionnelle.

À ce moment-là, vous n'aviez plus envie d'être comédienne?

Je dis souvent : j'aimais ça, le théâtre, et j'avais un certain talent... Je ne le regrette pas, j'ai eu des super belles expériences sur des plateaux, j'ai vraiment aimé ce que j'ai fait.

Mais avec le temps... Il y a une série dans laquelle j'avais un rôle important qui n'a pas été renouvelée (NDLR : Kif-Kif), et là, mon occupation était moins intéressante. Je gagnais ma vie, mais j'avais l'impression de travailler pour le chèque. Et ça, pour moi, c'est un concept qui ne fonctionne pas. Alors je me suis mise à faire de plus en plus de communication, de politique...

Quand j'étudiais à temps partiel au certificat, je continuais à faire des contrats comme comédienne, que ce soit de la voix, des corporatifs, des pubs, des auditions... Je continuais, mais je n'avais plus le feu. Et je me considérais très chanceuse, parce que je voyais mes amies qui ne rêvaient que d'une carrière de comédienne et qui avaient très peu d'opportunités...

Quand je suis rentrée à temps plein, pour moi, c'était terminé. Je n'avais plus envie, je me concentrais sur ce que j'avais à faire.

Et est-ce que ça vous manque, des fois?

Oui et non... Je n'ai pas le temps de m'ennuyer en ce moment, parce que je travaille beaucoup! Avant ça, j'ai fait mon stage et j'ai été étudiante en grand cabinet, donc... on peut dire que ça fait cinq ans que j'ai peu de temps libre!

C'est sûr que je m'ennuie de certains collègues, des équipes de travail, de l'effervescence des plateaux de tournage... Mais j'ai gardé des amis, des contacts; ces gens-là, je les vois encore!
Bon... beaucoup moins depuis la COVID (rires)!

Le travail d'équipe, aussi... Oui je travaille en équipe au bureau et j'adore ça, c'est une des mes motivations à venir travailler ici, mais ce n'est pas comme un plateau, où il y a toute l'équipe technique, les comédiens, et que chaque minute compte!

Vos aptitudes de comédienne doivent vous servir en droit...

Oui! Ça, c'est drôle... Quand je faisais des communications et que je postulais pour des bonnes jobs, on me disait : « tu es une candidature super intéressante, mais tu as juste un bac en théâtre! » C'est un peu pour ça que j'allais faire un certificat en droit…

Et là, j'arrive en droit, et tout le monde fait : « quoi, tu as un bac en théâtre? C'est donc ben le fun! »

Au-delà des stéréotypes qui veulent qu'on joue devant le juge – ça, non... Je l'explique souvent aux gens : les juges qui veulent voir un spectacle, ils vont au théâtre.

Mais je pense partir avec une certaine longueur d'avance sur, évidemment, la plaidoirie, mais aussi, j'ai une façon de travailler, acquise par mes expériences comme comédienne, en ce qui concerne la structure et la visualisation de nos mandats, qui me permet de voir le dossier ou la situation du client, en 360 degrés.

Un bon auteur n’écrit jamais deux lignes pour dire la même chose. Quand on joue quelque chose, ou qu'on prépare son rôle, que ce soit au théâtre ou à la télé, il y a une structure dans laquelle on s'installe, on développe ce qu'on joue, les intentions, les émotions... Et on retrouve ça quand on prépare nos plaidoiries, mais aussi les négociations, ou les échanges avec les autres avocats.

Évidemment, on ne joue pas un texte, c'est différent, mais... j'utilise, par déformation professionnelle peut-être (rires), un mode de travail ou une méthodologie qui me donne une structure efficace.

Aussi, quand on prépare des personnages, on se met dans ses souliers : pourquoi il prend cette décision-là? Quand un client m'approche, moi, j'entends tout ça, je le sais, je le vois... Et des fois, ça me permet de départager le factuel de l'émotif, de poser la bonne question au client.

Et pourquoi avez-vous quitté BLG, à la fin de votre stage?

Durant mon stage, j'ai réalisé que ce n'était pas exactement la pratique que je voulais, que j'espérais. Et je n'ai que de bons mots sur BLG, j'ai adoré mon expérience là-bas! J’ai eu la chance d'être soutenue et encadrée par des gens extrêmement talentueux, compétents et très généreux de leur savoir...

Mais avant que le processus d’embauche arrive... je ne voulais pas que des gens s'efforcent de pousser ma candidature, et faire tout le processus en sachant que c'était temporaire, et que ce n'était pas exactement ce que je voulais. J'en ai parlé à ma gestionnaire, elle m'a dit : prends le temps d'y penser...

J'ai réalisé que j'avais envie de travailler avec des petites entreprises, des particuliers, des gens qui ont une réalité peut-être un peu plus près de moi, en termes géographiques...

Donc c'était le grand cabinet qui ne vous convenait pas...

C'est ça. Mais ce n'étaient pas les gens ni le travail... Au contraire, ç'a été déchirant, je vais toujours me rappeler de ce moment où j'annonce à ma gestionnaire que je ne solliciterai pas d'embauche... Parce que j'ai tellement de respect et je suis tellement reconnaissante! Je ne serais pas l'avocate que je suis aujourd'hui - bien, la jeune avocate! -... c'est toute une carrière qui a été meublée par ces années chez BLG.

Et qu'est-ce qui vous a attirée chez Trivium?

Le dynamisme de l'équipe, les valeurs du cabinet : l'accès à la justice, le travail en équipe, l'aspect très humain de l'approche des dossiers. Et évidemment, le type de clientèle : des plus petites entreprises, des particuliers, le fait que le cabinet soit en région aussi - le siège social est à Brossard, mais on est aussi au Saguenay, à Laval, sur la Rive-Nord...

Aussi, le cabinet est impliqué avec l'Union des artistes... Ça, ça me parlait beaucoup!

Et comment ça s'est fait?

Je connais beaucoup de gens chez Trivium depuis 10-15 ans. J'ai été approchée pendant mon stage.

Et les allégations qui sont sorties cet été n'ont pas changé votre décision?

Je n'ai rien à ajouter là-dessus, moi, je peux parler de moi, pour le reste... ce qui avait à se dire a été dit.

La raison pour laquelle j'étais fière de faire partie de l'équipe de Trivium, et qu'on soit intéressé à m'avoir dans l'équipe, c'était vraiment le côté du développement de l'accès à la justice, de trouver des nouveaux projets, des nouvelles façons de faire...

Ça fait quelques mois que je suis ici, et j'ai déjà eu le go pour développer un projet avec des partenaires en ce sens, pour parler aux jeunes... C'est ce qui m'intéresse beaucoup – mais aussi de vulgariser les notions de droit à la population en général, et de permettre aux gens de développer les bons réflexes, sans devenir des avocats, d'être capables de prendre des meilleures décisions, quand ils ont des choix à faire. Et c'était exactement dans les valeurs fondamentales de Trivium.

Et votre pratique, ça ressemble à quoi?

Pour l'instant, je suis surtout en litige commercial et civil. Je n'ai pas eu de mandat à moi en droit du travail, comme tel. J'ai surtout collaboré à des mandats. La catégorie de mandats est variée. Je suis dans le feu de l'action, je suis bien entourée. C'est ça que je trouve fantastique ici : j'ai accès à l'expérience et à la sagesse pour à peu près chaque catégorie de droit; et d'un autre côté, on a aussi l'effervescence des jeunes avocats qui sont super actifs, qui ont plein de choses à m'apporter... j'ai vraiment le meilleur des deux mondes.