Jovik Fleury, Ismaël Boudissa et Gabriel Alves, les auteurs de cet article. Photos : LinkedIn
Jovik Fleury, Ismaël Boudissa et Gabriel Alves, les auteurs de cet article. Photos : LinkedIn
Avec les journées qui se raccourcissent, notre agenda qui s’alourdit et nos interactions sociales qui se raréfient, la majorité d’entre nous se sent vulnérable. La pléthore de publications et interventions sur la place publique nous laisse croire que le débat sur la santé mentale est bien ancré dans notre société, ce qui n’est pas totalement faux. Cela n’empêche toutefois pas que la situation soit critique.

La pandémie nous a également appris des mots qu’on n’avait jamais entendus : disons que « présentiel » et « asynchrone » ne se glissaient pas aussi bien dans un souper de famille en 2019. Si la pandémie a enrichi notre vocabulaire, elle a malheureusement fragilisé nos esprits.

Nous connaissons tous un.e étudiant.e qui voit sa santé mentale se détériorer avec la pression d’un monde où tout est à distance. Nous connaissons tous un.e étudiant.e qui se sent incapable de garder sa concentration derrière un écran pour un cours à distance, qui quitte son cours Zoom en ayant l’impression de n’avoir rien écouté, seul.e dans sa chambre. Nous connaissons tous un.e étudiant.e qui considère que la charge de travail a augmenté de façon significative dans le quotidien actuel. Nous connaissons tous un.e étudiant.e…

Cet étudiant, cette étudiante, c’est peut-être un.e ami.e, un.e voisin.e, un.e membre de votre famille. C’est peut-être vous et moi. Ce l’est probablement, en fait.

Nous nous sommes donc entretenus avec Jade Marcil, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), association représentant plus de 90 000 membres étudiants partout dans la province pour discuter du sujet. L’UEQ compile présentement les statistiques d’un sondage qu’elle a débuté cet automne mesurant l’état de santé psychologique des étudiant.es et les indicateurs d’une santé affectée par les effets de la pandémie. L’UEQ a fait le même type de sondage en 2018 : 58 % des étudiant.es vivaient de la détresse psychologique et 20 % avaient des symptômes dépressifs suffisamment sévères pour obtenir l’aide d’un professionnel.

Déjà mal en point

Nous étions déjà mal en point il y a deux ans ; les prochains résultats ne seront assurément pas plus agréables à lire…

Il faut se rendre à l’évidence : le gouvernement provincial « pense à nous », mais semble plus timide lorsqu’il est question de mettre des propositions concrètes sur la table. Combien de fois avons-nous entendu les ministres mentionner des mesures par rapport aux écoles primaires et secondaires, sans apporter des accommodements aux programmes postsecondaires ? Les plus jeunes, c’est bien et il faut les protéger à tout prix. Mais ce n’est pas parce que nous sommes aux études postsecondaires que nos besoins devraient être mis au second rang.

Les étudiant.es du postsecondaire font face à de réels problèmes encore plus graves durant cette pandémie et les différentes parties prenantes du monde de l’éducation doivent travailler ensemble pour les soutenir concrètement. Urgemment.

La présidente de l’UEQ mentionne que les mesures mises en place par le gouvernement sont arrivées beaucoup trop tard. Que le gouvernement ait été pris par surprise à la première vague, on le comprend. Mais qu'aucun investissement n'ait été fait en amont de la deuxième vague, soit pendant l'été, et que l'investissement de 75 millions de dollars pour la bonification du soutien et de l’encadrement soit annoncé deux semaines avant le début des sessions d’automne collégiales et universitaires traduit une difficulté à agir de façon vraiment proactive face aux défis qui arrivent souvent beaucoup trop rapidement présentement.

Solidarité

Et les profs, eux.elles ? On ne peut pas les blâmer ni leur en vouloir, mais il est certain que des ajustements pourraient être envisagés. L’UEQ l’a dit haut et fort : ils souhaitent un soutien accru au niveau pédagogique. Le gouvernement parlait d’embaucher des auxiliaires d’enseignement pour diminuer la charge de travail des enseignant.es qui a augmenté de façon exponentielle ces derniers mois ; il faut comprendre que de rester 15 minutes après un cours en présentiel est beaucoup moins demandant que de répondre aux courriels de 40 étudiant.e.s anxieux.ses qui ne veulent pas interrompre une séance virtuelle. Mais encore une fois, les effets quotidiens concrets des fonds de Québec se font toujours attendre.

Alors on fait quoi maintenant ? On se dit « ça va bien aller », « bonne session » et on espère pour le mieux. Oui, il y a des ressources, oui, tout le monde est sensible à cet enjeu de société. Mais hypothéquer ainsi la tête de nos étudiant.es est un jeu dangereux. En attendant des investissements plus importants du gouvernement pour ses universités, en attendant un meilleur plan d'attaque gouvernemental et institutionnel pour permettre à la session d'hiver d'être moins lourde et chaotique que les 3 dernières sessions, nous devons prendre soin les uns des autres.

La Section étudiante invite les associations étudiantes à promouvoir un mouvement de solidarité, que ce soit à travers des partenariats avec des professionnels du domaine juridique ou l’instauration de programmes de mentorat avec d’autres étudiant.e.s. La mise en place d’activités ayant pour objectif de briser l’isolement social entre étudiant.e.s et de sensibiliser la communauté à propos de cet enjeu de taille serait un excellent début en attendant les effets concrets de l’aide gouvernementale.

Nous sommes prêts à jouer un rôle actif et utiliser nos ressources pour nous joindre au mouvement proposé et trouver des solutions pérennes afin de pallier cette problématique.

Outre les établissements, outre le gouvernement et outre les ministres, ce que nous avons de plus précieux, c’est notre prochain. Si l’un d’entre nous coule, nous coulons tous ; nous avons un devoir de nous rendre disponibles pour autrui. Notre éducation vaut beaucoup, mais une tête remplie dans une tête noire est inutile, dénuée de sens. La lumière est là, quelque part, il suffit simplement de la trouver et de s’y accrocher. Vous êtes à un texto, un appel ou un courriel d’avoir un peu de répit pour continuer d’avancer. La lumière n’est pas très loin et bientôt, nous fermerons notre dernier Zoom et danserons tous sous le soleil.*

  • En l’honneur d’Anne-Marie David, collègue et amie, qui nous a quitté.e.s en octobre dernier.

À propos des auteurs

Jovik Fleury, Ismaël Boudissa et Gabriel Alves sont représentants de l’UQAM pour l’Association du Barreau canadien, section étudiante.