Mamadi Fara Camara s’est confié. Photo : Radio-Canada
Mamadi Fara Camara s’est confié. Photo : Radio-Canada
Mamadi Fara Camara n’a pas beaucoup fermé l'œil depuis la naissance de ses jumeaux, mais il affiche un sourire chaleureux.

Il faut dire que le nouveau papa de 31 ans a vécu des émotions en montagnes russes depuis le début de l’année.

« Les bébés vont très bien! C'est un garçon et une fille. Ils sont en observation en néonatalogie pour quelques semaines. On espère pouvoir rentrer bientôt en famille à la maison », lance Mamadi Camara.

Lorsqu’il était détenu injustement pendant les procédures judiciaires au Centre de détention de Rivière-des-Prairies, il ne cessait de penser à sa femme enceinte de jumeaux.

Au moment où personne ne croyait sa parole lorsqu’il clamait son innocence, il s’accrochait à l’idée qu’il deviendrait un jeune papa.

Puis, il y a cinq jours, son rêve est devenu réalité avec la naissance de ses enfants.

« L’arrivée de ces deux enfants, ça va beaucoup me réconforter. Ça va panser la plaie qui est ouverte », confie-t-il.

Anxieux à la vue des policiers

Même s’il s’est écoulé près de trois mois depuis qu’il a été officiellement disculpé de tout soupçon par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Mamadi Fara Camara est toujours en thérapie.

Toutes ses énergies sont consacrées à surmonter le choc post-traumatique subi lorsqu’il a été détenu et accusé injustement, le 28 janvier dernier, pour la tentative de meurtre contre Sanjay Vig, un policier du SPVM qui l’avait confondu avec l’auteur de l’agression.

Au terme d’une chasse à l’homme de 20 minutes dans Parc-Extension, la police de Montréal mettait en état d'arrestation Mamadi Fara Camara simplement parce qu’il avait été le dernier automobiliste interpellé par l’agent Vig avant que ce dernier ne soit attaqué par derrière.

Les gestes posés par les policiers lors de son arrestation le hantent encore.

« Quand je rencontre des policiers, j’ai réellement peur. Je fais tout mon possible pour ne pas déranger ou ne pas me faire arrêter à nouveau. Je fais très attention pour être discret », affirme-t-il.

« C’est très difficile quand un policier est à côté de moi. Je me méfie beaucoup », ajoute-t-il.

Mamadi Camara a passé six jours en prison pour un crime qu’il n’a pas commis, jusqu’à ce que le directeur aux poursuites criminelles et pénales procède à un arrêt des procédures en réalisant que la preuve du SPVM était sans fondement.

L’injustice qu’il a subie a soulevé l’indignation générale dans la population.

« Déjà, je peux dire que les Montréalais et les Québécois, ils en ont fait beaucoup. J’ai reçu beaucoup de cadeaux pour les bébés, avant même leur naissance. Je sais qu’ils m’ont beaucoup supporté et je les en remercie pour ça », dit-il.

Officiellement disculpé par le directeur du SPVM, Sylvain Caron, Mamadi Camara a reçu les excuses de la police de Montréal pour cette erreur sur la personne.

La rencontre avec le directeur Sylvain Caron a vraiment été un moment apaisant pour moi et ma femme. Chez nous, dans notre culture, quand quelqu’un demande pardon sincèrement, on doit accepter ses excuses, explique-t-il.

Les excuses ne réparent pas tout. Mamadi Camara, qui est chargé de cours et technicien de laboratoire en communication sans fil à l’École polytechnique, n’a pas encore pu reprendre le travail.

« J'essaie de me remettre petit à petit de ce qui s’est passé, partage-t-il. J’essaie de recommencer à avoir confiance en moi. L'École polytechnique m’a fourni beaucoup d'aides, surtout psychologiques. Et mes avocats aussi m’ont soutenu. Donc, j’essaie d’avoir des rencontres en thérapie sur une base régulière. J’espère que ça puisse aller mieux pour reprendre le travail ».

Pourparlers en cours avec la Ville de Montréal

L'option d'une poursuite judiciaire est toujours sur la table. Mamadi Camara affirme que ses avocats ont eu des échanges avec la Ville de Montréal.

« Il y a un bon canal de communication entre la Ville de Montréal et mes avocats, commente-t-il. Je pense que la procédure suit son cours ».

Le jeune père de famille, qui n’a pas l’habitude des procédures en droit civil, souhaiterait que les choses ne s’étirent pas trop en longueur pour pouvoir tourner la page.

« J’aimerais que les choses se règlent à l’amiable », admet Mamadi Camara, qui a confiance en ses avocats. « Je veux me concentrer pour reprendre mes activités. Et je veux rester le plus longtemps possible au Québec avec mes bébés. Et puis continuer mes recherches scientifiques. »

Son statut de résident permanent non réglé

Depuis le 15 mai, le statut d'étudiant étranger de M. Camara est expiré. Il bénéficie temporairement d'une période de grâce pour régler son statut avec Immigration Canada.

Trois mois après des motions pourtant adoptées à l'unanimité à Ottawa et Québec pour octroyer rapidement la résidence permanente à Mamadi Camara, le ministre fédéral de l'Immigration Marco Mendicino n'a visiblement pas utilisé son pouvoir discrétionnaire pour régler le dossier.

Le gouvernement du Québec ne peut offrir de certificat de sélection avant que le fédéral ne prenne de décision.

Il reste donc des batailles à régler pour M. Camara avant de pouvoir aspirer à une vie réellement paisible.

Au terme de l'entrevue, quand on lui souhaite la santé pour lui et sa famille, il répond : « C’est vrai qu’on le dit souvent, mais moi, je dis que c’est la liberté avant. Si tu n’es pas libre, mais en bonne santé, ça ne vaut rien », conclut-il, avant d’aller rejoindre sa famille à l’intérieur du CHU Sainte-Justine.