Anne-Sophie Dupuis. Source: Linkedin
Anne-Sophie Dupuis. Source: Linkedin

Anne-Sophie Dupuis a un parcours singulier. La bachelière de l’Université de Montréal, plutôt que de chasser les gros cabinets, a préféré compléter son stage du Barreau au Centre communautaire juridique Laurentides-Lanaudière.

En partie exaspérée par les outils technologiques « archaïques » de l’aide juridique, elle s’est lancée à son compte en juin dernier en fondant sa propre étude.

Droit-inc lui a offert la parole. Entretien.

Pourquoi se lancer à son compte, après deux ans et demi au Centre communautaire juridique Laurentides-Lanaudières ?

Je travaillais à l'aide juridique, sur la Rive-Nord, et j'avais l'impression que je pouvais faire mieux, que je pouvais aider plus de gens. C'est pour cette raison que j'ai décidé de me lancer à mon compte en prenant majoritairement des mandats d'aide juridique.

Vous avez terminé votre formation en droit en 2017. Est-ce qu'il y a un domaine en particulier dans lequel vous exercez ?

J’en ai fait vraiment plusieurs. Moi, j'étais dans des petits bureaux satellites. J'étais la seule avocate dans le bureau… ce qui impliquait de traiter tout ce qui me tombait sur la tête.

Mon stage, je l'ai fait en santé mentale et en droit du logement. Après ça, j'ai eu un contrat de l'aide juridique de Terrebonne, puis après ça, j'ai eu ma permanence à Lachute. Dans les deux cas, c'est vraiment des bureaux satellites où j'étais la seule avocate qui exerçait.

Mes domaines principaux étaient le droit de la famille et le droit administratif. J’ai aussi fait du droit de la personne, du droit du logement, du droit sur la santé mentale, ainsi qu’un contrat en droit de la jeunesse. Je pense que j'ai touché à pas mal de domaines pour une jeune avocate. J'étais toute seule dans les bureaux d'aide juridique, donc évidemment, j'étais obligée de prendre tous les dossiers qui passaient.

Vous avez touché à plusieurs domaines. Mais qu’est-ce qui vous séduit dans le travail à l’aide juridique ?

C'était l’idée d'aller à la cour... Les domaines que j'ai choisis pour ma pratique privée me permettent d’y aller. C’est tout le temps dans l'urgence. C'est un côté que j'aime beaucoup.

En droit de la famille, ce que j'aimais moins, c'est vraiment tout le côté préparation, remplir des formulaires... Ça, ça ne m'attirait pas beaucoup. C'est pour ça que les domaines que j'ai choisi, c’est vraiment pour être dans l'urgence, à la cour. C'est un peu aussi, je crois, le principe de l'aide juridique : aider le plus de gens possible.

Vous avez lancé votre cabinet en juin dernier. Comment vont les affaires jusqu’à présent ?

Honnêtement, c'est vraiment top. Les domaines que j'ai choisis - droit de la jeunesse, droit du logement et droit de la santé mentale - sont des domaines où il manque d'avocats dans le district de Terrebonne.

Il y a selon moi trop peu d’avocats en pratiques privées qui acceptent des mandats d'aide juridique, c'est vraiment épouvantable. Mon téléphone n'arrête pas de sonner. Je dois déjà faire des choix, malheureusement.

C'est dû au fait qu'il manque d'avocat, d'après moi, dans ces domaines-là. Surtout le droit du logement, où il n'y a personne qui prend des mandats d'aide juridique sur la Rive-Nord. C'est vraiment flagrant.

Quels sont vos objectifs pour la prochaine année ?

J'aimerais ça, d'abord, monter ma clientèle, mais je pense que ça va aller plus vite que je le pensais. Mon objectif, c'est juste de monter ma clientèle en pratique privée.

Je n'ai pas d'objectif particulier sinon d'aider le plus de personnes possible, puis d'être le plus efficace possible dans mes manières de travailler. C'est un peu pour ça aussi que j'ai quitté l'aide juridique : nos outils technologiques étaient tellement archaïques, moi, ça ne me permettait pas d'accomplir mon travail de manière aussi efficace que je peux le faire. J’essaie donc de vraiment travailler sur mes processus pour être le plus efficace possible. Je veux vraiment aider le plus de gens possible en perdant le moins de temps possible avec des programmes archaïques et des pertes de temps.

Est-ce que vous pourriez nous donner quelques exemples concrets d'initiatives que vous avez mis en place dans les dernières semaines, ou que vous comptez mettre en place, pour être plus efficiente ?

Par exemple, j'essaie d'avoir le plus possible de dossiers informatiques. Ça, pour moi, c'est vraiment important. Aussi, ce que je trouvais difficile à l'aide juridique, c'est que les gens pouvaient seulement communiquer avec moi par courriel ou par téléphone. Je n'avais pas de cellulaire.

Ma clientèle cible est composée de personnes qui changent de cellulaire souvent, ils perdent leurs forfaits de cellulaires, ils n'ont pas accès à un ordinateur tout le temps... Tous ces aspects me désavantagent dans mon travail, ça me rendait moins efficace. Là, avec mon cellulaire, ils me textent, je les retexte : c'est beaucoup plus fluide comme ça.

Rêvons un peu, dans cinq ans, où aimeriez-vous vous rendre avec votre cabinet ?

J'aimerais être encore en pratique privée, et peut-être avoir un ou une partenaire en droit criminel. J’espère vraiment être capable de compléter ma pratique. Mon domaine de droit, c'est vraiment le droit social, donc j’aimerais obtenir quelque chose qui soit vraiment relié, qui me permettrait d’offrir vraiment une gamme de services complète à mes clients.

Vous l'avez peut-être remarqué, mais le droit criminel, c'est à peu près la seule chose que je n'ai pas faite, donc quelque chose pour vraiment faire le tour du chapeau et pouvoir offrir un service complet à mes clients - qui se trouvent malheureusement aux prises avec plusieurs problèmes en même temps. Je veux prendre en charge ma clientèle de manière plus complète.

En terminant, qu'est-ce que vous diriez à un jeune avocat ou à un étudiant qui termine son barreau qui hésite à accepter des mandats avec l'aide juridique ?

Je dirais que c'est vraiment valorisant, c'est vraiment gratifiant d'aider les gens. Je sais que ça peut paraître difficile au début, mais ces personnes-là ont vraiment besoin d'avocats issus de la pratique privée. On a besoin d'eux.

Pour les avocats permanents à l'aide juridique, ils ont tellement de caisses lourdes, c’est monstrueux. D’accepter des mandats d’aide juridique c'est un peu notre manière, au Québec, de faire du pro bono. Pour moi, c'est vraiment important au moins d'en prendre un peu, ne serait-ce que pour participer à l'effort de guerre. C'est aussi une bonne façon de se faire les dents. Ça enlève la pression de la fracturation, je trouve, et ça permet de venir en aide à des personnes qui vont être vraiment reconnaissantes d'avoir pu bénéficier de nos connaissances. Pour les jeunes avocats qui débutent leur pratique, je pense que c'est vraiment une bonne alternative.