Marianne Plamondon, l'auteure de cet article. Source: Site web de Langlois
Marianne Plamondon, l'auteure de cet article. Source: Site web de Langlois
Alors que la levée de la recommandation du télétravail devrait enfin vouloir dire que le monde du travail retrouve sa normalité, la réalité est tout autre. Après plus de 20 mois de pandémie durant lesquels le télétravail a été parfois recommandé et parfois obligé, règles que les employeurs n’avaient assurément pas choisies ni voulues, de nouvelles habitudes se sont ancrées et force est de constater que les modes de travail ne seront plus jamais les mêmes.

Avant la pandémie, les employeurs se montraient encore bien réfractaires au télétravail malgré tous les bienfaits démontrés pour les employés comme pour notre société, mais ils n’ont pas eu le choix d’y adhérer et de le faire fonctionner dans le contexte. Ainsi, la levée de la recommandation du télétravail pose un nouveau casse-tête aux employeurs qui doivent rapidement trouver des solutions.

Certes, la décision quant au lieu dans lequel l’employé exécute ses tâches relève du droit de gérance et, par conséquent, revient entièrement à l’employeur. L’employeur a donc, juridiquement, une pleine marge de manœuvre pour déterminer comment et selon quelles modalités s’effectuera le retour (ou pas) sur les lieux de travail.

La « Grande Démission » complique les choses

Or, avec la pénurie de main-d’œuvre qui bat son plein et le phénomène de la « Grande Démission » qu’ont vécu les employeurs, en plus de taux de roulement qui ont certainement des conséquences sur la productivité, les choses se compliquent sérieusement pour les employeurs et l’utilisation du droit de gérance pour justifier toute décision devient illusoire.

Pour trouver des solutions qui sauront plaire à tous et ne pas causer de départs supplémentaires, les employeurs n’ont d’autre choix que de se lancer dans les sondages d’opinion de leur main-d’œuvre pour déterminer le mode hybride optimal, en plus de faire des aménagements individuels pour accommoder ceux qui ont déménagé loin du travail en pensant que la pandémie n’aurait pas de lendemain.

Ainsi, la levée de la recommandation du télétravail marque assurément une nouvelle ère du monde du travail, celle du sur-mesure, avec des employés qui souhaitent maintenir les acquis obtenus dans le cadre de la crise pandémique à coup de décrets gouvernementaux.

Les contrats de travail n’ont pourtant pas été amendés, mais en réalité, c’est tout comme, car le rapport de force s’est définitivement modifié.

De bonnes nouvelles

Cela implique de bonnes nouvelles pour notre main-d’œuvre qui bénéficie désormais de plus de flexibilité en plus de perdre moins de temps dans les transports, pour ainsi permettre une meilleure conciliation travail et vie personnelle, mais aussi pour notre société en limitant les déplacements et leurs conséquences.

Cela implique également de bonnes nouvelles pour les employeurs s’ils arrivent à mettre sur pied l’équilibre parfait dans le cadre d’une solution hybride télétravail et présentiel où chacun y trouve son compte tout en permettant une efficacité accrue. Voilà une bonne dose de défis pour les employeurs.

Sur l’auteure

Marianne Plamondon, MBA, CRHA, est associée chez Langlois Avocats à Montréal. Elle est spécialisée en droit du travail et de l’emploi, notamment en ce qui concerne l’interprétation et l’application des conventions collectives, la santé et sécurité au travail, le harcèlement psychologique, la protection des renseignements personnels, l’équité salariale, l’assurance-emploi et les droits et libertés de la personne.