Daniel Baril, l’auteur de cet article. Source: Presses de l'Université Laval
Daniel Baril, l’auteur de cet article. Source: Presses de l'Université Laval
La réassignation, à des tâches autres que celle de l’enseignement, d’une musulmane portant le hidjab dans une école de la Commission scolaire Western Québec a créé un véritable psychodrame collectif, notamment au Canada anglais.

Face à ce cas, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a déclaré que les conséquences de la Loi sur la laïcité de l’État ne sont plus « un enjeu théorique ». Il faut expliquer à Justin Trudeau que les enjeux de cette loi n’ont jamais été théoriques. En ont fait foi les témoignages de sept parents qui, avec le Mouvement laïque québécois, ont comparu devant la Cour supérieure du Québec pour défendre la loi 21.

Chacun à leur façon, ces parents ont plaidé que la neutralité religieuse du personnel enseignant était un gage du respect de la liberté de conscience de leurs enfants et de leur propre liberté de religion. L’école étant au service des élèves et non des enseignants, la laïcité accorde la préséance à la liberté de conscience des élèves face au désir illégitime de certains enseignants d’exposer de façon ostentatoire et permanente leurs convictions religieuses dans la classe.

Des parents musulmans ont notamment fait valoir que le port du hidjab en classe constituait pour eux et leurs enfants une incitation à une pratique religieuse intégriste qu’ils réprouvaient de l’islam. Voilà, M. Trudeau, où se situe la véritable atteinte à la liberté de conscience et de religion.

Quoi qu’en dise l’ambassadeur du Canada à l’ONU, Bob Rae, aucune interprétation du droit à la liberté de religion, aucune déclaration internationale à ce sujet, ne conduit à donner à un croyant le droit de pratiquer sa religion au travail. Car c’est bien de pratique religieuse dont il est question et non seulement de tenue vestimentaire. Dans sa déposition devant la Cour supérieure, Mme Ichrak Nourel Kak, principale plaignante contre la loi 21, a déclaré à maintes reprises que retirer son hidjab pour enseigner constituait une négation de « pratiquer sa religion ».

Mme Hak a également déclaré qu’elle le portait par choix personnel. Elle choisit donc de porter son voile plutôt que d’enseigner. La loi 21 respecte ce choix.

Transmettre un message par le signe

Les déclarations de l’enseignante de Chelsea, Mme Fatemeh Anvari, sont elles aussi très révélatrices sur l’impact que peut avoir son hidjab. Elle a affirmé faire du port de son voile un signe de combat idéologique et religieux : « pour moi, (le hijab) est porteur de significations », a-t-elle déclaré. « C’est important pour moi de continuer à le porter, parce que je sais que certaines idéologies ne veulent pas que je le porte. C’est ma résistance », dit-elle.

Ce n’est donc pas un bout de tissu anodin comme on veut nous le faire croire. C’est un vêtement très chargé de signification, qui comporte un message clair, et Mme Avari le porte avec l’intention de transmettre ce message.

C’est précisément ce genre de prosélytisme militant que la Loi sur la laïcité veut prévenir dans les écoles. Si le hidjab est porteur de significations, ces significations entrent en conflit avec le devoir de réserve religieuse et idéologique qu’une enseignante se doit d’adopter face à ses élèves.

Justin Trudeau a également déclaré que son gouvernement n’interviendrait pas en cour afin d’éviter qu’on voit dans une telle intervention une « ingérence du fédéral » dans les lois du Québec. Nous avons tous compris qu’il attendait, pour ce faire, après les élections québécoises d’octobre prochain.

Sa déclaration est fallacieuse puisque le fédéral participe déjà activement à la contestation judiciaire de la loi 21, ne serait-ce que par l’entremise de la Commission canadienne des droits de la personne dont la plainte contre la loi 21 est financée à 100% par les fonds publics du gouvernement fédéral.

Mauvaise foi de Jagmeet Singh

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, s’est pour sa part demandé « comment on peut expliquer à nos enfants que dans une famille musulmane, le frère pourrait enseigner (mais pas la sœur) à cause des vêtements qu’elle porte ? ». Cette question manifeste une naïveté sans borne, voire une mauvaise foi éhontée.

La réponse est toute simple, M. Singh. Si un musulman peut enseigner et pas sa sœur qui porte le hidjab, c’est parce que leur religion, et non la laïcité, impose des normes sociales différentes aux hommes et aux femmes.

Un État démocratique n’a pas à cautionner de telles normes sexistes et discriminatoires envers les femmes. L’égalité des citoyens et citoyennes est l’une des raisons d’être de la Loi sur la laïcité de l’État qui s’applique à tous sans distinction de sexe, d’ethnie ou de religion.

Finalement, certains ont soutenu que la réaffectation de Fatemeh Anvari conduisait à effacer la diversité. La diversité serait donc un fait de tenue vestimentaire. Une école avec du personnel musulman qui ne porte pas de signes religieux serait donc moins diversifiée que la même école avec le même personnel affichant ses croyances.

Si c’était la conclusion à laquelle en arrivait la Cour d’appel dans sa révision du jugement Blanchard sur la loi 21, il faudra voir à ce que tous les enseignants et enseignantes affichent ostensiblement leurs croyances ou leur athéisme par une tenue distinctive permanente, par exemple en portant un teeshirt proclamant que « Dieu n’existe pas ». Les Justin Trudeau et Jagmeet Singh de ce monde comprendraient peut-être alors les bienfaits de la laïcité.

À propos de l’auteur

Daniel Baril est le président du Mouvement laïque québécois.